gruyeresuisse

28/02/2018

Albarran Cabrera à Zurich

cabrera bon.jpgAlbarran Cabrera, “Remembering the future”, Bidhalle, Zurich, à partir du 1er mars.

Le duo Albarran Cabrera (Angel Albarrán et Anna Cabrera) est exposé pour la première fois en Suisse. Il a passé beaucoup de temps au Japon et ce long voyage a beaucoup influencé ses choix esthétiques (prises de vue et impression). Revenant à de vieilles méthodes comme l’argentique, le couple ne s’en contente pas et en invente d’autres pour renouveler un art poétique et sensuel qui laisse aller vers le vertige.

Cabrera 3.jpgAlbarran Cabrera soigne les cadrages et montages. Ils deviennent des intrigues fascinantes : tout semble prêt à partir, à disparaître sans attendre l’ajournement de trop. Un innommable avance comme à la fortune du destin mais tout est habilement « calé » aux confins de présences et selon des plans imprévus dans le ressac lumineux de l’inconcevable silence.

 

Cabrera 2.jpgLe regardeur étonné d’être là devient le rescapé de tels mystères. Chaque image devient un mystère : devant lui les paupières s’ouvrent à plein. Des échos de lumière saisissent l’inconnu au bond. Chaque prise décale et dépayse comme un secret qui nous disperse à fleur de corps ou de paysage. Existent des effractions harmonieuses : elles ne se privent pas d’armer le mystère et d’incarner l’impossible dans la non concordance des temps.

Jean-Paul Gavard-Perret

26/02/2018

Human Chuo : de la contrainte comme principe

Chuo 2.jpgEntre Orient et Occident Human Chuo cultive des images de l'outrage : phallus, utérus sont là dans tout un jeu de désir et de contrainte où sont redistribués les rôles de proies et de limiers. Dans les bondages et les cérémonies martiales comme dans ses dessins la jeune artiste est tout sauf une nature morte. Elle reste un fauve placide qui donne à l'érotisme dans lequel les émois du corps mais aussi ceux du cœur battent dans une chambre d'ombre et d'ambre aux meublés laqués.

Chuo 3.jpgNéanmoins la plasticienne sait rendre soit décent ou drôle les actes les plus impies. Il n'y a rien de trash ou de violent. Preuve que décaler les formes crues ne les trahit pas. L'obscène n'a donc rien d'indigne, de grossier ou de lourd, sauf bien sur aux perclus de rhumatismes mentaux. Ils craignent, la vie redoublant lors de l'activité libidinale, de nouvelles douleurs. Mais celles-ci revigorent récits et prestations scéniques.

Chuo.jpgNul besoin ici de choisir entre Vénus et Mars : la première gobe le second ou s'en amuse. Il devient esclave de celle qui en fut la victime. L'amante même ficelée relève les bras et sa passivité dite originaire n'est plus qu'une vue de l'esprit. La jouissance féminine ignore l'effroi et jouit de ce qui infuse. Nulle terreur dans la pamoison. Les maîtresses de cérémonie se moquent de leurs intrus devenu sex-toys pour leur fornication. La bête nue des fantasmes masculins devient divinité céleste des abysses. Même appât elle se transforme en chasseresse.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/02/2018

Claire Liengme et la poétique du quotidien

Liengme 2.jpgClaire Liengme poursuit une quête originale entre sa Suisse natale et l’étranger. Partout elle capte des instants, collationne des photographies trouvées, monte des diaporamas et crée des cartes postales sur la vie dont elle récupère des fragments et des restes parfois absurdes ou éphémères ou des histoires ordinaires. De tels choix figuraux intempestifs engendrent des réflexions fondamentales sur les espaces, la vie quotidienne. L’anecdote n’est jamais décorative mais significative. Existent une critique implicite du monde tel qu’il est mais aussi la mise en valeur de l’immédiateté et du passage.

Liengme.jpgCela permet de transfigurer des lieux « communs » de la société. Il ne s’agit pas de tromper le regard mais de reconsidérer l’espace en des ambiances ironiques.

 

Liengme 3.jpgL’illusion créée par l’artiste fait écho au leurre d’un système intenable fondé sur la vie à crédit. Le langage plastique devient une lame de fond face aux surfaces incolores du monde. Parfois l’artiste réintroduit de manière parcimonieuse une présence humaine : une lumière filtre d’une fenêtre. Mais la beauté n’a rien de lisse. Elle renvoie à une série d’ambiguïtés soulignées tant par les sujets qu’à ses formes. On y voit s’écouler les heures et les jours. Et tout ce qu’il en reste en des fragments d’histoires à recomposer.

Claire Liengme, « 4 artistes jurassiens », Musée Jurassien des arts de Moutier, du 10 mars au 11 novembre 2018.