gruyeresuisse

24/12/2016

Alain Posture : Badiou et la poésie

Badiou.jpgLe philosophe despote est rarement une lumière : surtout lorsqu’il se mêle de poésie. Badiou prouve combien un ratiocinant n’y comprend sauf bien sûr lorsqu’elle raisonne au lieu de résonner. C’est lorsque le poète est menteur dans un beau bar du sens que le rhéteur bat son beurre et dégoise son financement au culte. Le logos est ici comme les pains à la mode : à la farine d’apôtre. Il faut à l'auteur une poésie non vénale mais vénérable, sans varices et dans les orangeries poétiques aucun zeste déplacé. Bref en ces articles compilés Badiou fait du lui-même : un ramdam des scies belles. Il bat son faire pendant qu’il est chaud mais rien de nouveau sous le soleil du logos. La poésie y parait vieille, maquillée en faux cils. La grotte de la squaw poétique reste impénétrable au penseur. Sous prétexte de faire un tri sélectif il n’offre même pas un déca potable : à peine cinquante nuance d’earl grey digne d’un smart aphone, d’un Alainpérieux aux impérities de notable.

Jean-Paul Gavard-Perret

Alain Badiou, « Que pense le poème », Editions Nous, 2016

23/12/2016

Philippe Fretz : interférences et diffractions


fretz.jpgPhilippe Fretz, « Double-porte I », In medias res, n° 8, décembre 2016, art&fiction, Genève,Lausanne.


On aurait tord de se passer des portes puisqu'elles sont faites pour ça. Quelle qu'en soit la largeur - et à défaut d'épaisseur suffisan(te lorsque l'homme ne les franchit plus - la lumière filtre encore. Comme à travers les fentes de Thomas Young que Philippe reprend à sa "main". Dans les jeux d'ondes une annonciation a lieu. Le jeu des interstices crée des frises auxquels l'artiste concrétise, femme aidant - puisqu'on parle d'Annonciation - des interprétations cosmiques. S'y mirent ex cathedra(le) engloutie d'étranges fluctuations voire des orgies mentales qui sont autant de questions à résoudre sur l’interprétation des images et du monde.

fretz2.jpgPhilippe Fretz y présente in extenso ou presque des panoramiques aux excroissances sourdes : des factures visuelles se succèdent en se gonflant par attroupements intempestifs que la Visitée génère de sa seule présence. Ouverte à l'univers, à ses accidents et autres apocalypses, tocsins et calypsos, elle malaxe le cortex qui parvient au paroxysme d'un défoulement. fretz3.jpg

 

Il y a là de nombreuses morsures qu'entraîne le modus existenci de cette double porte : Marie flitoxée de lumière par la chaleur de Dieu qui est lumière) se prive d’un petit lainage XXL mais offre à la fois entrée et sortie là où comme l’écrit Tim Mareda dans sa postface « les idées à l’image des corps cheminent et interfèrent ».

 

Jean-Paul Gavard-Perret

21/12/2016

Paul Klee : des messieurs pas tranquilles


Klee.jpgPaul Klee and the Surrealists”, Textes de Michael Baumgartner, Anne Sophie Petit-Emptaz, Guitemie Maldonado, Osamu Okuda, Jürgen Pech, Hans-Peter Wittwer, Hatje Cantze, Berlin, 400 p., 49,80 E., 2016.

Le surréalisme français (Louis Aragon, Antonin Artaud, Paul Éluard, Joan Miró, et André Masson) trouva immédiatement et naturellement dans l’œuvre du peintre et maître de Bauhaus Paul Klee un écho. Son gout pour le rêve, le cosmos, sa peinture visionnaire, magique et transcendantale - qui le porta au titre non officiel de « spiritus rector » dans le monde mouvementé de l’entre deux guerres mondiales - furent pour eux en parfaite adéquation avec ce qu’ils demandaient aux arts.

Klee 2.jpgRiche en informations souvent inédites le livre est complété d’un « booklet » principalement en français. Il contient la correspondance entre Klee et les surréalistes ou assimilés (Bataille, Desnos, Duchamp entre autres). L’artiste à l’intelligence de ne pas entrer dans les « guéguerres » qui se montaient entre des protagonistes parfois irascibles. Ils mettaient la pédale douce face à Klee. Celui-ci propose sa recherche et sa vision libre au moment où l’homme était déjà renvoyé à un statut d’automate. Klee envisage l’œuvre d’art et le monde selon divers angles et cadrages. La souffrance est là comme de toujours. Mais rien n’en est « dit ». Tout reste allusif en une sorte d’entente tacite avec l’absurde et la volonté de s’en extraire soulignés par une dérision implicite. Tout Klee est là.

Jean-Paul Gavard-Perret