gruyeresuisse

19/10/2020

L'incertitude des corps "glamoureux" : Kourtney Roy

Roy 3.jpgMaîtresse de la photographie contectuelle, celle qui rappelle combien "Certains contextes indiquent si clairement nos intentions que nous n’avons même pas besoin de les exprimer pour être compris", met en jeu des femmes qui profitent de leurs vacances pour rechercher un mari.

Roy.jpgElles mettent a priori tous les atouts de leurs côtés : bronzage, ongles parfaits, tenues (petites mais coordonnées) font d'elles des sauvageonnes aguicheuses. Le tout dans un monde de simulacres. S'entrevoient ici ou là, quelques fragments de réalité : plages, paquebots voire un alligator criant de vérité. Bref ce livre contient ce qui fait la patte ironique de la créatrice et de ses portraits cinématographiques colorés.

 

Roy 2.jpgMais sous le pastiche chic et classieux, une tension demeure là où les frontières entre la réalité et l’imaginaire se perdent. Il ne s’agit pas du monde que nous rêvions de toucher. Car il existe toujours des éléments perturbateurs propres à casser le glamour. Les clichés se renversent. Sous le nacre le déceptif veille. Le romantisme amoureux est remplacé par des laisons illusoires et rapides : elles sont des coupes faim ou des trompes l'ennui. Le toc domine dans une ironisation délicieuse des idées reçues ou des illusions par avance perdues.

Jean-Paul Gavard-Perret

Kourtney Roy, "The Tourist"André Frères éditions, 2020.

13/10/2020

Paul Graham : on the road again

Graham.pngPaul Graham est un des grands photographes du temps. Il a inspiré bien des photographes couleurs britanniques. De Nick Waplington à Anna Fox, de Richard Billingham à Tom Wood beaucoup ont trouvé en lui le maître d'un paysage et portraitiste capable de donner un impact politique et social à tout ce qu'il suggère.

Graham 2.pngL'Anglais a aujourd'hui plus de 50 expositions à son actif dans le monde entier. Et Mack réédite "A1 - The Great North Road" son premier livre. Celui-ci reste le creuset séminal de toute son oeuvre. Ce livre fut autoédité en 1983. Tout est déjà en germe dans cette oeuvre qui est devenue le booster de la nouvelle photographie "réaliste" anglaise. La photo s'y fait document mais pas seulement.

Graham 3.pngLes êtres, les paysages, les constructions des années 80 deviennent l'occasion d'un reportage passionnant et désormais historique entre l'archaïque et le moderne des années Thatcher et du déclin industriel de l'Angleterre - principalement du nord. Cet album fut complété par "Beyond Caring" (1985) et "Troubled Land" (1986). Une telle trilogie reste sans doute le chef d'oeuvre de ce maître de la photographie"engagée" capable d'exprimer beaucoup plus que des milliers de discours.

Jean-Paul Gavard-Perret

Paul Graham, "A1 - The Great North Road", Mack, Londres, 2020

10/10/2020

L'image dans l'image : Cristina Rizzi Guelfi

guelfi 3.jpgSelon la suissesse Cristina Rizzi Guelfi "nous avons besoin d’un visage " pour assurer notre psyché selon un processus de reprise égocentrée ainsi réassuré. D'où le succès des selfies. Ils deviennent le système de narration et de petite comédie d'une auto-starification du pauvre particulièrement dans une époque où les réseaux sociaux tiennent lieu de communication aussi frénétique qu'illusoire.

guelfi 2.jpgMais toutefois Cristina Rizzi Guelfi détourne le selfie en illustrant à la fois son importance, son leurre, et comment ce dernier peut fonctionner. L'artiste en revéle les possibilités de tricherie de manière volontairement visible et tout autant enjouée. Elle prouve combien ce leurre est non seulement un attrape nigauds mais un attrape-toi toi toi-même. La  serie «nous avons besoin d’un visage [?]» est donc là pour se moquer d'une pratique obsessionnelle et  réparatrice.

guelfi.jpgLa créatrice, en remplaçant les visages par des photographies achetées à une banque d’images d'archives américaines des années 1950 et 1960, montre à la fois que le visage peut devenir ce qu'il est - à savoir un mensonge - et qu'une société mondialisée fondée sur l’apparence et l’image de soi, oblige à une convulsion médiatique liée à une sorte de blessure narcissique. La représentation d'une apparence physique tente de la colmater  au moment où le visage étant celui d'un autre reste néanmoins et par procuration le monograme d'une psyché ironiquement sauvée par la démonstration de la créatrice.

Jean-Paul Gavard-Perret

Cristina Rizzi Guelfi ,«nous avons besoin d’un visage [?]», https://www.instagram.com/cristinarizziguelfi/?hl=it