gruyeresuisse

10/07/2019

Fur Aphrodite : contre toute attente - voire plus.

Aphrodite.jpgEn Arles Fur Aphrodite expose quelques unes de ses photomatons "Toutes les femmes de ta vie", les "Puzzle-Marquise De Sage" où les pièces représentant le sexe de l'artiste sont manquantes et ont été réduites en papier mâché pour faire un suppositoire livré dans le coffret (avec sa notice...), la photographie "l'Oeil" de sa Série Marquise et quelques un de ses tickets à gratter "Le Minou De l'Artiste".

Aphrodite 2.jpgTout bien sûr sent le soufre (enfin c'est une façon de parler). L'artiste ose un radicalisme à divers miroitements, jeux spectraux mais aussi des de faces à faces où le marbre de l'identité n'est pas brisé : il est déplacé là où "ça" respire et où la morale hypocrite est concassée. L'artiste devient son propre avatar afin de brouiller les partitions admises entre épissures, diffractions et rapts.

Aphrodite 3.jpgCe travail reste un des rares à être irrécupérables (un peu comme - mais avec d'autres montrages - que celui de Deborah De Robertis). Existent des trous entre les notes des harmonies classiques. Il s'agit de toucher la pulpe afin de faire surgir de la chair "brute" en divers types de vibrations. Elles modifient l'érotisme ou la pornographie. L'artiste se l'approprie : il n'est plus celui ou celle des autres mais le sien. Elle en joue dans un art poétique où le "ça" n'est en rien une simple vue de l'esprit mais un réalisme neuf et pulsé - et pour certain(e) dissonant. L'artiste devient l'oiseau qui sautille sur des notes d'un dedans que les images creusent. Elles  montent de la basse à l'aigu.

Jean-Paul Gavard-Perret

Fur Aphrodite, Exposition, Galerie L'Impromptu, Arles, du 13 au 20 juillet 2019.

 

08/07/2019

Sketchpad : extension du domaine des images

Sketchap bon.png"SKETCHPAD - Quand nos enfants seront adultes". Topographie de l'art", Paris, du 4 au 27 juillet 2019.

Sketchpad est à l'origine un programme informatique écrit en 1963 pour ouvrir les images. A travers ce titre Barbara Polla et Nicolas Etchenagucia, exposent des artistes choisis à dessein, après avoir présenté certains d’entre eux à Analix Forever (Genève) . Elles et ils créent des essais et des suites de romans visuels bergsoniens du futur. La mémoire volontaire ou non du futur s'y fomente. Il s'agit en fait d'études aussi critiques que visuelles en de "moving images" porteuses d’émotion. Mais quand nos enfants seront adultes, l’évolution des technologies sera telle que le champ de créativité reste un abîme. Ce qui n'empêche pas aux artistes invités de le "combler", et ce,  de la technique la plus simple (le dessin) aux plus sophistiquées.

Sketchap 3.jpgAndreas Angelikadis propose ses cités utopiques et Yves Netzhammer y poursuit aussi ses figurations tandis que Julien Serve se moque de nos complaisances envers ces miroirs magiques que sont devenus nos selfies. Miltos Matenas lui emboîte le pas mais en proposant des fils rouges à l'Internet. Charalambos Margaratis se "replie" sur le fusain pour créer de nouvelles donnes aux masses volumiques tandis que Mounir Fatmi tend ses mandalas hors fixations. Ils deviennent des cordons ombilicaux d'un nouveau genre tandis qu'Eva Magyarosi et Ayce Kartal ramènent à un sortilège de la présence et à un retour à l'enfance (de l'art et de l'existence).

Sketchap.pngCe kaléidoscope crée une architecture des images qui - du fameux "Théâtre Optique" d’Emile Reynaud (1892) à la joie de "faire illusion" du Robot Drafstman - propose des prospectives et des extensions au domaine de l'image. Preuve que tout Sketchpad et quelle qu'en soit la nature, en son essence même, ne se limite pas aux êtres et objets relevant typiquement de la signification commune du quotidien. S'instaure une mythologie où se recensent par avance des situations insolites et des centres de gravités inconnus.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/07/2019

Be Bopp

Dave Bopp.jpgDave Bopp, "Headroom", Galerie Mark Müller, Zurich. Exposition au Kunstverein Friedrichshafen, du 12 juillet au 1er seprembre 2019.

Les oeuvres de Dave Bopp sont de véritables usines à gaz. Elles vont bien dans la ville de Zurich où naquirent bien des effervescences picturales il y a 100 ans déjà du côté du dadaïsme et de l'abstraction. Dans une telle recherche, histoires, anecdotes se trouvent reléguées au rayon des antiquités par un traitement aussi impeccable que surréel de la peinture.

Il existe là des féeries impressionnantes déclinées à travers le point de vue le plus subjectif qui soit. Ici en effet "l'abstraction" n'est pas au service d'une métaphysique mais pour une ronde folle des formes et couleurs afin que jaillissent divers types de hantises de "lieux du lieu" de l'art en une poésie mystérieuse et prégnante, subtile, drôle et acérée. Rehaussées de volumes géométriques les images peuvent servir de cautions au rêve. L’anonymat décliné sous forme de structures crée une énergie festive de têtes folles. Be Bopp A Lula en quelque sorte.

Jean-Paul Gavard-Perret