gruyeresuisse

26/03/2020

Daniela Keiser : le chant des signes

Keiser 2.jpgLes oeuvres de Daniela Keiser font planer l'aigre et le doux,  le donné et l'acquis, l'immense et le petit. L’image - en ses angles de vues et ses sujets - crée des écheveaux et des protubérances. Le réel et ses objets sont saisis dans diverses remises en formes et étagements. Entre gouffres et variations, l'artiste prolonge ce que certains signaux qu'elles montrent induisent (paraboles, antennes) mais aussi le réel tel qu'il est et dont elle fait le rappel.

Keiser.jpgLes mouvements induits sont moins orientés que magnétisés en divers point de fuites, poudroiements, chatoiements, protubérances ou creux. L’artiste cultive au besoin les discontinuités, les éboulis. L’œil en est réduit au doute, au paradoxe, à l'improbabilité d'un centre ou d'un fond dans le croisement de bien des lieux encadrés ou non. L’œuvre ne cesse d’étonner puisque la photographie répond en rien à ce qu’on attend. Il existe des couplages du fond et de la surface, des martingales du provisoire que l'artiste souligne en diverses situations et prises.

Keiser 3.jpgLydie Kaiser fait glisser dans les coulisses des images et des apparences dont elle souligne le frelaté. Nul besoin de glose, de codex ou de clés. L'artiste crée simplement des indications du monde premier et aussi technologique. Le tout par ellipses de plusieurs foyers en des hémorragies de formes et de montages de la transparence comme de l'ombre. Elle fait de en plus de son égo un angle plat. Son absence crée une ouverture encore plus grande afin d'excentrer tout ce qui fait centre de gravité ou circonférence circonstanciée.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/03/2020

Marinka Limat : prélude aux temps de crise

Limat 1.pngPlus que pour bien d'autres le confinement pour la fribourgeoise Marinka Limat n'est pas chose aisée. Celle qui a inséré le "format pèlerinage" dans l'art doit cesser ses périples à la rencontre des officiants qui dirigent ou animent les grandes institutions artistiques publiques ou privées. Sa performance est en arrêt mais elle aura ensuite beaucoup à nous apprendre sur les difficultés du monde artistique après ce cataclysme et plus généralement sur le sens à accorder à la vie.

Limat Bon.pngUtilisant le corps et le chemin comme "outil de travail", la marche aide l'artiste à s’extraire de la société pour mieux la comprendre. Espérons après ces temps difficiles la retrouver avec le "K" sur ton chapeau. La lettre issue de l’allemand car pour Marinka Limat renvoie au kunst (art) mais peut aussi renvoyer à la « Kommunikation », « Kreation » et peut faire référence à l’anarchie ou renvoyer d’un point de vue graphique au chemin. Cette lettre est elle-même un point de rencontre et ce projet sans le savoir est devenue un prélude à notre temps de crise.

Limat 2.pngA chaque étape la pèlerine demande aux acteurs de l'art leur "bénédiction" : "Elles sont comparables à des petites performances dans la grande performance. Certaines personnes disent quelque chose, parfois juste un mot, d’autres accomplissent un geste." Se crée un nouveau lien de l’art et du sacré. Il est vieux comme le monde et sans doute même à l'origine de l'art. Mais il ne s'agit plus de produire des objets (ils nous submergent) mais un lien entre les êtres selon une sorte de confucianisme implicite qu'il faut apprendre à réinventer écrit l'artiste.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/03/2020

Leslie Smith III : pour le plaisir

Smit.jpgLes tableaux découpés de Leslie Smith III créent des émotions particulières par leurs formes et couleurs. Transparait l'héritage autant de Franck Stella et ses assemblages géométriques que d'Ellsworth Kelly ou Kenneth Noland et leurs épures. Mais chez lui l'abstraction reste beaucoup plus sensorielle car chargée de matière en tant que support et surface.

Smit 2.jpgL'artiste manoeuvre dans les deux et sa peinture en n'est que plus altière, joyeuse voire giboyeuses dans toute une série de rencontres . Les pièces pourtant sagement exposées interagissent les unes avec les autres. Si bien qu'une telle abstraction devient fertile et prend valeur de réalité ferme, vivace, colorée.

Smit 3.jpgC’est là un long travail de préparation, revision des principes et activations de nouvelles "carlingues" pour la peinture. S'y envolent les ailes du désir. Le tout dans une irrévérence éloquente à la thématique ludique mais léchée. Ce travail est une fête de l’esprit et des sens dans un mélange de romance et de dérision.

Jean-Paul Gavard-Perret

Leslie Smith III, "Strangers", Galerie Isabelle Gounod, Paris, du 14 mars au 11 avril 2020.