gruyeresuisse

30/05/2019

Jean-François Comment l'obstiné

Comment 2.jpgJean François Comment, "La figuration 1936-1953", Musée de l'Hotel Dieu, Porrentruy, "De la figuration à l'abstraction, 1953-1962"à (Halle des Expositions, Delémont, "L'aventure dans l'abstraction, 1962-2003). Monographie - coédition Fondation J-F Comment, Musées jurrassien des Arts de Moutiers, Musée de l'Hôtel Dieu, Porrentruy, 2019

Comment.pngDu plus précieux à l'intense Jean-François Comment a refaçonné le monde avec obstination par ses gammes de couleurs (du rouge à l'outremer). Dans un exercice de lenteur il a cherché un sens au monde par elles et leur épuisement afin de les harceler jusqu'à l'effacement. Le tout à la recherche d'un dépouillement monastique.

Refusant les règles et modes esthétiques de son époque il poursuivit sa quête, du figuratif à l'abstrait, pour rendre le visible dans sa réalité profonde par ce que la couleur pouvait révéler. Et ce, de reprises en reprises, en des gestes répétés dans l'épaisseur de la matière mais en un rapport charnel avec la nature.

Comment 3.jpgAttelé sans cesse à son travail d'atelier pendant des heures il y déployait, sans besoin de vacances, ses espoirs, ses visions fruits d'une constante méditation. Stylisation des formes, constructions cubistes, abstraction lyrique sont des éléments de son exploration picturale au sein des jeux de transparence que chaque expérimentation nourrissait - du monotype au vitrail. Il s'agissait de lutter contre l'apparence dans un mélange subtil des éléments premiers : terre des forêts du Jura, eau de la Méditerranée. Et le ciel dessus.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/05/2019

Sean Scully en 3 D

Scully.jpgComme avec ses peintures, le Dublinois d'origine Sean Scully reste à travers ses sculptures un créateur spécifique capable de suggérer la suppression et l'anéantissement du monde tout en accordant présence et résistance à l’essence de disparition. Pour lui l'image du réel, dans l’imagination, n'est qu'une ombre passagère. Il s’agit en conséquence de la réduire. L’Irlandais dans son minimalisme abstractif signifie une approche autant du monde que de la métaphysique à travers l'acier, le bronze, la pierre ou l'aluminium coloré.

Scully 2.jpgCe livre présente un grand nombre de ses sculptures et parfois leurs travaux préparatoires. Il est complété de plusieurs essais de Clare Lilley, Peter Murray, Kirsten Claudia Voigt et Jon Wood. Ces approches prouvent que Scully retient avant tout un effacement. Il donne à voir un univers paradoxal qui doit de demeurer, hors lieu, hors temps. Et comme hors d'usage - mais pour mieux suggérer une présence fondamentale.

Jean-Paul Gavard-Perret

Sean Scully, "Sculpture", Hatje Kantz, Berlin, 2019. 338 pp., 65 E..

17/05/2019

Abbou de souffle : vers une nouvelle histoire

Abbou bon.jpgJonathan Abbou crée des portraits étranges, troubles, presque drôles avec une touche de mélancolie et des masques pour cacher des sentiments profonds. Les femmes s'y mêlent à la nature au sein de narrations picturales. Il y a des paysages immenses ou plus étroits pour immerger dans un songe ou une nouvelle histoire. La prétresse de tous les savoirs, Bina, et son disciple Irfane, naïf et doux reconstruisent l'histoire d'Adam et d'Eve selon de nouvelles donnes à travers une journée dans les arbres, des intérieurs bizarres. Les scènes se recomposent selon de nouvelles lois.

Abbou 3.jpgLa vie prend une forme intime et sauvage, se biffent les fausses images entre intériorité, recueillement et loin de ce qui détruit et tue. L'histoire devient un refuge, "anywhere out of the world" aurait dit Baudelaire. Mais aussi dedans. L'homme glisse des illusions subies à celles consenties que la femme offre au sein de la Nature. Il n'est plus question de lui faire porter les péchés d'Israël. Les principes de vilenies, les jeux qui font de la femme l'origine du mal disparaissent là où Jonathan Abbou joue avec les standards des figurations draînées par des siècles de civilisations douteuses et d'humiliations.

Abbou 2.jpgUne révolte insidieuse suit son cours. Le mâle n'est plus qu'une pâle figure. Il faut qu'il retrouve d'autres assises et laisse à la femme la place qui lui revient. Le premier a suffisamment faussé les cartes du tendre  en les transformant en cartographies de mort. A travers la femme se dessine de nouveaux avatars et une sauvegarde. Il y a là un appel à une nouvel idéal. La dystopie fait place à une recomposition du temps et de l'histoire dans une phénoménologie et une cosmogonie reprises et corrigées.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jonathan Abbou, "Oneiros", Dumerchez editions, 2019, 124 p..