gruyeresuisse

18/06/2019

Romain Tièche l'inquiétant

Tieche.pngRomain Tièche, "Oi Thanatoi", Espace d'art contemporain (Les Halles), Porrentruy, du 23 juin au 25 aout 2019.

Via le groupe de réflexion "Ars Industrialis", Romain Tièche revisite nos croyances populaires et le rôle qu'y joue la technologie sur l'esthétique et les savoirs. « Toute technologie est un pharmakon, c'est-à-dire à la fois remède et poison » écrit-il au moment où il  présente à Porrentruy des situations ou des objets qui rapprochent de la toxicité et que souligne le titre en grec ancien de l'exposition ("Les mortels").

Tieche 2.jpgRomain Tièche a écrit pour son affiche ce mot sur une vitre posée sur une photo en utilisant le blanc de Meudon fait pour masquer la devanture d'un lieu commercial en faillite. L'exposition se compose de vidéos. Citons entre autres : "It has been raining outside (take 1)" : c'est un plan fixe de 71 minutes où une bouche léche le vide jusqu'à l'épuisement. Dans la vidéo "Pig in a supermarket" , un homme rouge essaie de changer de couleur sans utiliser ses mains. Dans la performance "Masque" le performeur raconte une expérience émotionnelle à travers un masque qui est relié à des ordinateurs : ils traduisent son discours dans une autre langue.

Tieche 3.jpgPour cette exposition, Romain Tièche a surtout introduit le concept de "l'organogenèse exosomatique"  proposé pour la première fois en 1945 par le mathématicien et statisticien américain Alfred J. Lotka. En  biologie, ce concept caractérise la capacité de l’Homme à inventer et utiliser un instrument dont son organisme ne dispose pas et aussi différent qu'une arme, une paire de bas, le marketing ou l’intelligence artificielle. Et à sa manière l'artiste décline selon divers formulations esthétiques cette genèse.

Jean-Paul Gavard-Perret

16/06/2019

Let's Dance - Fondation Fluxum

Danse 2.jpg"Danser Brut - Le corps instrument", Fondation Fluxum, Genève, jusqu'au 16 juin 2019.

La Fondation Fluxum présente une nouvelle version de son exposition "Danser Brut" de l'automne 2018 à Villeneuve-d'Ascq. Ce regard inédit et transversal sur la danse est illustré à partir de l'art contemporain (brut ou non) et du cinéma. Elle interroge les images sous le prisme du geste et du mouvement et de l'expressivité du corps lorsqu'il devient facteur de liberté et de résistance.

Les oeuvres sont multiples. Elles sont créés par des chorégraphes eux-mêmes ou des grands  cinéastes et photographes. Citons entre autres Charlie Chaplin, Merce Cunningham, Fernand Deligny, Martine Deyres, Albert londe, Vaslav Nijinski, Wilhelm Pabst, Arnulf Rainer.

Danse.jpgL'ensemble illustre combien le corps ouvre le réel . Il est débordé - comme les mots pour le dire. La danse offre une autre écriture. Elle repousse les réponses de la littérature et leur misérable grandeur. La tension du corps suspendu dans l'air rend le monde mobile. Non seulement il dit faire mais diffère. Ses mouvements ne correspondent pas forcément à l'attente : ils inventent des circulations, des errances. Une fois de plus ils tentent de rejoindre ce qui n’a pas encore de nom.

Jean-Paul Gavard-Perret

14/06/2019

Tristan Lavoyer : art et cinéma

Lavoyer.jpgTristan Lavoyer, "Ulysse l'handicapé", Quark, Genève, mai-juin 2019.

Tristan Lavoyer explore la part encore en cours des relations entre l’art et le cinéma. Ses images racontent ce qui est resté en des suites ou une mémoire d'un mythe pour en relever soit de l’utopie de certaines amnésies ou de divers types de ses "symptômes". C'est aussi la manière de changer la fonction du cinéma pour l'obliger à composer avec d'autres histoires et mediums qui dépassent les cadres historiquement admis. Le tout dans le but de provoquer la coexistence d’un temps historique (celui d'Ulysse) avec la période contemporaine.

Lavoyer 2.jpgIl s'agit moins de créer de nouveaux objets que de les réinventer en les distordant au moyen d’une histoire reprise, déboîtée. Lavoyer crée son propre "cinéma d’exposition" ou "troisième cinéma" dans une déflagration du présent dans le passé et vice-versa. Le spectateur est contraint à quitter la salle de cinéma et son dispositif pour une généalogie troublée de la représentation déplacée en lieu d'exposition. L’imaginaire est au service d'une transition fluide entre deux époques nettement différenciées dans ce qui tient ici à la fois de dénis de l'histoire d'Ulysse mais aussi de sa sur-vivance par les dispositifs artistiques et filmiques.

Lavoyer renoue avec une dimension performative en rapprochant l’entre-deux qui sépare les médiums jusqu'à transformer un mythe littéraire en métahistoire là où le temps prescrit d’une séance plus ou moins collective, est remplacée par une autre expérience de perception et de mémoire.

Jean-Paul Gavard-Perret