gruyeresuisse

14/07/2020

Julie Poncet : le poisson rouge dans son bocal.

poncet 3.jpgJulie Poncet remet la femme au centre de "son" image. Cette femme est obsédée par son apparence. Jusqu'au jour où une couleur - le rouge - l'appelle. Sa série raconte cette transformation ou ce tranfert. Du vert tout passe au rouge. Peu à peu non seulement son personnage mais son environnement glisse dans cette couleur obsédante et qui se fait forcément oppressante.

poncer.pngEt ce n'est pas jusqu'aux murs à se révolter contre le traitement que l'héroïne leur fait subir. Le tout à l'abri des regards indiscrets jusqu'au moment où Julie Poncet permet leur intrusion. Entre narration et auto-représentation l'artiste - ou sa créature - à la fois veut se fondre dans le décor, se camoufler, se mutiler mais aussi exister.

poncet é.pngPasser au rouge c'est comme s'arracher une à une les dents, béante bouche, nerfs retirés, creuser ou repeindre ce qui doit surgir et jaillir d'abord par lambeaux puis de manière plus ample et de plus en plus impressionnane. C'est aussi inventer un alphabet visuel bouleversé. C'est enfin rêver d'un jardin à l'orée du grand vide de l'apparence pour sortir de la lourdeur d' être loin d'être. Pour se retrouver. Celle qui semble repliée sur elle même - en se niant et en biffant le monde - amorce ainsi une sortie du bocal où elle tourne en rond. Et la série reste à ce titre passionnante.

Jean-Paul Gavard-Perret

Julie Poncet : "Wall Flower" et "Comme un poisson", Little Big Galerie.

Mario Del Curto : extension du domaine botanique

Curto 2.jpgMario Del Curto est un photographe et réalisateur vaudois. L’idée de cette série est née il y a plus de dix ans. Après un premier travail autour de la notion de « Mondes miroirs » et les univers hors du commun d’artistes « bruts », lartistepropose un projet autour des jardins utopiques parfois étranges.

Curto 3.jpgLe créateur envisage le jardin - qui marque la volonté de l’être humain d’exercer son emprise sur la nature - comme milieu fabriqué, clos et maîtrisé. Il embrasse un tel sujet de la manière la plus vaste qui soit en une sorte d'extension de la notion même de jardin.

Pour Del Curto les jardins répondent aux grands problèmes du temps et la perte de repère et de contact avec notre environnement originel au moment où l'écosystème se transforme sous le joug des changements climatiques et la diminution des ressources énergétiques.

Curto.jpgL'artiste étend ainsi la notion de jardin et il la pousse vers ceux qui semblent les plus imprévus comme par exemple celui - botanique - de Nantes où se rassemblent sur un terrain réduit des spécimens qui ne cohabitent pas à l’état sauvage, et proviennent parfois des quatre coins du globe pour le reproduire à une échelle gérable, administrable.

Jean-Paul Gavard-Perret

Mario Del Curto : Humanité Végétale, Editions Actes Sud, 2020, 480 p., Exposition au Centre de culture contemporaine de Nantes, jusqu’au 30 aout 2020.

12/07/2020

La fantaisie insolente de Marcos Carrasquer

carrasquer 2.jpgDécouvrir l'univers de Marcos Carrasquer c'est entrer dans un monde aussi postmoderne par les thèmes que classique dans la maîtrise du graphisme. S'y retrouve - en une certaine pratique à la fois du confinement et de Durer à Daumier, toute une tradition revue, corrigée et surtout enjouée dans ce qui tient parfois d'une sorte de journal intime fantasmé et politisé. Il jouxte un certain chaos, ne l’ordonne pas mais l’atomise: ça sent l’huile rance, l'alcool, le sexe. 

Carrasquer 4.jpgOn mate ce qu’on peut dans le brouhahas des lignes mais il ne faut surtout pas aller trop vite. Il convient de savoir laisser le regard savourer TOUS les moindres détails. Cela suinte d’un gai savoir hétérosexuel parfois surjoué. Il n’y a du trop plein et du léger volontairement emphatiques. Les femmes sont appétissantes et elles auront "chose faite" de quoi s'occuper question ménage... Mais on se doute qu'elles ne sont pas venues pour un tel ouvrage.

carrasquer 3.jpgTout dans ces "vignettes"  brille de perfection par imperfections notoires. Ou si l'on préfère l'impeccabilité passe par le capharnaüm. Rien de glauque pour autant. Il y a - en cherchant bien - quelques groseilles à maquereaux. Mais les héros ne sont en rien d'un tel lignage. Ils ne roulent sans doute pas dans des berlines allemandes. carrasquer.jpgIls tournent au besoin des joints qui ne sont pas de culasse. Après trois ou quatre coïts le sommeil prend de tels don juan venus parfois du fond des âges ou de la science-fiction. Pendant les plages de veille, ils s’empiffrent devant la télé en attendant des seins lourds comme un dictionnaire en deux volumes. Bref il ont de la lecture et l'on comprend que la vaisselle va ne cesser de s'entasser dans l'évier.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marcos Carrasquer, "Et si c'est pas maintenant, quand ?", Centre d'Art Contemporain André Malraux, Colmar, du 15 juillet au 25 octobre 2020. Et en permanence Galerie Polaris, Paris.