gruyeresuisse

24/12/2020

Ella Walker et les portraits énigmes


Ella.jpgElla Walker mélange les cultures, leurs mythes et les systèmes de représentation. Son travail devient une méditation et une exaltation unissant un mouvement de dilatation à celui de la concentration. Se lient l’infime le spectaculaire et le spéculaire dans un post expressionnisme  et surréaliste - jusqu’au leurre de tout effet de remise figurale. C’est en cela que son oeuvre fascine  puisqu’elle réunit les contraires en une harmonie où il s’agit de s’abîmer dans une extase ambiguë.

Ella 2.jpgSurgit un  espace particulier où le voyeur recherche plus son âme qu'un réservoir de fantasmes. Ella Walker fait en ce sens, du spectateur, un "névrosé" d'un genre particulier. Ma névrose est ici non pathologique mais saine. Loin d'une signification incestueuse à la jouissance de l’Autre, le regardant que façonne l'artiste se met " dans la conséquence de la perte"  selon la formule de Lacan à travers des images qui signalent l’inconsistance, l’inexistence du monde tant leur signifiant devient équivoque. 
Ella 3.jpgMais cette vision d'œuvres désamorcées de leur sens premier permet d'en jouir mentalement et dans l’imaginaire,  puisque ces images détournées sont tout à fait réelles et possèdent des effets de réel perverti. Nous pouvons  parler à propos de telles œuvres de  "disapparition" (selon la formule de N.J. Woo) au coeur d'une écriture plastique qui  fait  des images que nous connaissons des figurations "inconsistantes". L'oeuvre fait de l'univers de la représentation traditionnelle une marge ou un hors-lieu. L'imaginaire s’accordant au réel de la jouissance, l'écarte d'une jouissance du réel tel qu'habituellement il est donné à voir.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ellla Walker, Huxley Parlour, Londres.

20/12/2020

Clovis Paul : photographie et contre pouvoir

Clovis 2.jpgNé à Vevey Clovis Paul fut d'abord attiré par la recherche historique et documentaire mais se retrouve ouvrier dans l’industrie et la logistique, avant de devenir photographe professionnel en 2012. Il s'intéresse d'emblée aux mouvements sociaux et aux situations des déshérités et il révèle des situations limites qui soulignent bien des ruptures et des antagonismes.

Clovis.jpgSes reportages le mènent d'abord à Bruxelles pour montrer le mouvement «No Border», actif envers les discriminations faites aux personnes immigrées et le second sur le squat du Gesù, et le logement de personnes précaires ou déclassées. Se dirigeant vers le phénomène migratoire il va ensuite en Sicile , retourne en Suisse (Lausanne, Chiasso) puis va en France pour montrer le mouvement des "Gilets jaunes" et à Calais où les émigrés demeurent autant en carafe qu'en transit.

Clovis 3.jpgAxés sur les mouvements de protestations et après un stage de perfectionnement  à  l’Ecole supérieure de photographie de Vevey il a conquis de nouveaux outils pratiques et a élaboré des stratégies théoriques propres au champ de l’art conceptuel critique et politique. Il trouve désormais un langage propre à renforcer son travail. La photographie est donc pour lui un contre-pouvoir face à toutes les idéologies qui entretiennent séparatismes et inégalités sociales.

Jean-Paul Gavard-Perret

19/12/2020

Dan Hayon : éloge de la mauvaise photo

Hayon 2.jpgLa série « Hommage à Paula Rego » est créée à partir d’authentiques mauvaises photos. "Il est important de prendre de mauvaises photos" écrit l'artiste. Il ajoute "elles ont à voir avec ce que je n’ai jamais fait auparavant. L’authenticité est inestimable; l’originalité est inexistante." D'où cette approche d'une forme de collapsologie ou de ravage.

Hayon.jpgChacun de ces ratages contient son propre secret sur un secret que l'artiste lui-même ignore. C'est pour cela que leur supposé "plus" nous en apprend toujours moins. L'artiste a modulé ces photographies en des collages dans lesquels l’humour - mais pas la dérision désobligeante - est présente.

Hayon 3.jpgC'est une manière -  proche du surréalisme et de Ersnt - pour ne pas trop prendre le monde au sérieux. L'artiste lutte contre l'ennui mais pour participer à la décadence de l’homme d’aujourd’hui. C'est dit-il encore "une tâche divertissante et la seule qui m’intéresse". Mais c'est aussi un hommage à la Portugaise Paula Rego qui regarda le monde comme le fait Hayon : à savoir selon une radicalité qui se moque des prétentions à un art classieux et qui veut donner des leçons. Ici c'est au regardeur d'y loger sa propre interprétation.

Jean-Paul Gavard-Perret

Dan Hayon, « Hommage à Paula Rego », 2020, https://hayon.typepad.fr