gruyeresuisse

10/03/2021

David Lynch photographe surréaliste

Lynch 2.jpgDavid Lynch - «Infinite Deep», IPFO House of Photography, Olten à  partir du 26 mars 2021
 
Organisée par l'historienne de l’art spécialisée dans l’histoire de la photographie, directrice du musée des Beaux-Arts du Locle Nathalie Herschdorfer et  en collaboration avec le commissaire Christian Nørgaard, cette exposition (la première en Suisse de telles oeuvres) prouve que le réalisateur de «Eraserhead», «Blue Velvet» ou «Mulholland Drive», développe aussi dans ses photographies  sa propre vision surréaliste.
 
Lynch 3.jpgCelui qui désormais se consacre moins au cinéma pour cultiver le dessin, l’impression d’art, la sculpture, la musique et  la photographie illustre particulièrement sa maîtrise dans ce dernier médium. Depuis près de vingt ans, et après sa fameuse série des bonhommes de neige inquiétants, il fait souvent de chaque image fixe une image en mouvement. L’intime n’y est paradoxalement que suggéré sous forme d’énigme. Il existe là un baroque concret mais aussi un classicisme.
 
Lynch.jpgIl applique d'ailleurs les mêmes règles à la photographie qu'au cinéma. En témoignent le souci du détail, la composition et la lumière. Le nu féminin y possède une grande part. Mais il n'est pas pour Lynch une boîte à chimères ou aux fantasmes. Le corps devient mystérieux par les effets de plan et d'éclairage dans ce qui souvent bouge toujours un peu sans altérer la précision de la vision. La magie onirique rappelle l'univers de "Twin Peaks". L'énigmatique reste de rigueur dans le noir et blanc comme dans la couleur. Si bien que Lynch invente un langage sombre et intemporel. Il cherche à l'érotiser plus que la femme elle-même.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

09/03/2021

Décomptes de fée - Ericka Beckman

Beckman.jpgEricka Beckman, "Cinderella"; Médiathèque -  fonds d'art contemprain de la ville de Genève, mars 2021/
 
Ericka Beckman (1951) est une réalisatrice américaine qui commence à faire des films dans les années 1970 au sein du cadre de "The Pictures Generation". Ses films traitent de la relation entre les gens et les images, et de la façon dont les images structurent la perception des personnes d'elles-mêmes et de la réalité.
 
Beckman 2.jpgSon film de 30 minutes en narration non-linéaire Cinderella (1986) reste son chef d'oeuvre. Le personnage du conte de fées devient une partie d'un jeu comme une métaphore des restrictions de la société sur les femmes. Les personnages se déplacent dans la chorégraphie en mouvement constant en interagissant avec leur environnement d'une histoire politique qui leur mène une vie dure.
 
Beckman 3.jpgÀ l'instar d'autres créations des artistes de Pictures Generation, les films de Beckman se concentrent sur la manière dont les stéréotypes forment l'image de soi d'un individu élevé sur les médias de masse. Là où tout devient une chorégraphie activiste et poétique d'un nouveau genre.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

08/03/2021

Nicole Schweizer sur les traces d'Anne Rochat

Schweizer.jpgNicole Schweizer, "Anne Rochat - In Corpore", art&fction, Lausanne, mars 2021, 152 p.

 
Née en 1982 dans la Vallée de Joux, basée à Berlin, Anne Rochat vit et travaille le plus souvent en fonction des lieux de résidence déterminant sa pratique artistique et vice versa. Diplômée de l’École cantonale d’art de Lausanne (2004-2008), elle développe un travail essentiellement performatif  et vidéographique centré sur le corps, ses limites, ses possibilités physiques et psychiques.
 
Schweizer 3.jpgElle explore son propre rapport à l’espace et au temps par un néo-actionnisme radical. Elle a effectué des performances et participé à de nombreuses expositions en Suisse et à l’étranger. Et ce livre  offre  un panorama du travail pendant ces dix dernières années. Comme l'artiste l'écrit: «Mes lieux de résidence, éphémères depuis dix ans, ont toujours été l’essence et l’objet de mes travaux. Fondamentalement, ma pratique consiste à faire l’expérience sensible du déplacement, de l’inconfort, de l’exotique, du dérangeant ou de l’étonnant puis de chercher à en restituer la substance dans une forme incarnée dans un corps, généralement le mien.»
 
Scweizer 4.jpgLe livre - qui  paraît à l’occasion de l’exposition «Anne Rochat. In Corpore"  au Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne (décembre 2020 - février 2021) insiste fort justement sur le travail performatif. Il fait se correspondre les images des éléments d’un récit. Il est complété par deux textes de Jean Rochat et d’Olivier Kaeser  ainsi que des photographies de Mathieu Gafsou. Cet ensemble permet de comprendre comment Anne Rochat détourne des objets de leur usage quotidien, dans une atmosphère entre le burlesque et l'inquiétant où le souffle de vie d’un corps plongé dans le contexte particulier d'expériences sensorielles est constant.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

 
Nicole Schweizer, "Anne Rochat - In Copore", art&fction, Lausanne, mars 2021, 152 p.