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20/03/2018

Macadam Cowgirl : l’art et sa “pratique”

sex machine 2.jpgLe Museum of Sex de New York ne se contente pas de présenter un arsenal libidinal parfois délicieusement voluptueux et propre à caresser les fantasmes des voyeurs. Le lieu s’adresse aussi aux pratiquants. Il entame un pas (si l’on peut dire) de plus avec sa nouvelle production. Une Belle de cas d’X très légèrement vêtue et chaussée d’un grand chapeau noir devient la cowgirl prestataire ou démonstratrice du plus sophistiqué des sex-toys  : une selle articulée sophistiquée et des plus design.

Un rodéo d’un genre nouveau est proposé. Il ne se pratique pas dans les corrals du Nouveau-Mexique mais en chambre. La monture vibrante, en cuir naturel est équipée de deux éléments phalliques au choix (« Rawhide » ou « Wild West ») pour orgasmes inédits. L’Ouest Sauvage prend une nouvelle dimension en plein Manhattan. Le musée de la damnation offre à qui le souhaite un test « grandeur nature » auquel peuvent assister les visiteurs. Le directeur du musée poursuit donc son apostolat : offrir un art provocateur afin de faire perdre leurs inhibitions aux pratiquants comme aux voyeurs.

Sex Machine.jpgIl renverse la règle inhérente aux musées classiques : « interdiction de toucher ». Le lieu est tactile. Les frontières entre art et sex-toy, exhibition et voyeurisme se dissolvent. Ajoutons que ce nouvel objet d’art dard est vendu dans Musée pour 2000 dollars. Le Musée engage cependant les acheteurs à venir préalablement le tester. Existent lors de l’utilisation deux types de risques : une extase très bruyante (elle oblige parfois le personnel à évacuer le public) mais aussi l’apparition de rougeurs importantes… Tout est néanmoins fait pour assurer l’hygiène sinon mentale du moins physique des utilisateurs de cet art singulier. Ce dernier n’est pas seulement une fin en lui-même mais un moyen. Manière de reposer le sens de l'esthétique qu’Hegel pensait inébranlable…

Jean-Paul Gavard-Perret

08:51 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

18/03/2018

Derrière les marches : Alison McCauley


Cauley 2.jpgA l’origine c’est par hasard qu’Alison McCauley photographie pour la première fois le Festival de Cannes. Son seul objectif : la curiosité. Celle-ci est bonne conseillère. Poussée par le désir autant de voir que de savoir, la jeune photographe découvre le dessous des cartes. Un tel évènement cinématographique demande une organisation impressionnante et tout azimut : l’artiste est très impressionnée. Elle n’est pas loin d’imaginer que si toute la France était structurée de la même façon le pays serait le plus efficace du monde…

Cauley.jpgLa photographe n’en était pas à son coup d’essai. Elle a individuellement exposé en France et en Suisse et collectivement aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Géorgie. Ses photographies ont été publiées par Al Jazeera, BBC News in Pictures, France 24, Courrier International, The Daily Mail, Houston Chronicle, The Hindu, etc. et elle contribue régulièrement à Carnet d’Art qui publie ce livre. C’est pourquoi un tel ensemble est un coup de maitre(sse).

Cauley 3.jpgAprès sa première expérience festivalière en 2013. La fête mondiale de cinéma  devient pour elle sinon un guet-apens du moins une addiction. Stimulée par l’ambiance et l’énergie de l’événement elle y revient. Désormais avec un but plus précis. Pendant cinq ans elle en capte l’atmosphère autant dans les rues, les marches du Palais que dans les hôtels, plages et lieux de fête. Elle shoote les stars, les professionnels et le vulgum pécus - les body-guards, les play-boys, les starlettes et call-girls, les fans et les vacanciers.

Cauley 4.jpgDe telles photos proposent une vision coruscante et originale. L’artiste édite des instantanés parfois surréalistes, souvent absurdes ou drôles. Elle ouvre une sorte de back stage pour montrer ce qui habituellement demeure caché. C’est d’ailleurs ce qui constitue l’originalité de toute son esthétique. Dans son précédent livre et au sein d’un lieu et d’une problématique bien différente ( "Temps d'attente - Tant de vie", sur la vie des requérants d’asile à Genève) elle montrait déjà un autre dessous des cartes. L’enchantement fragile de certaines luttes sourdes ou de certaines mises en scène spectaculaires comme la banalité commune de la vie ordinaire sont exhaussés à l’état de signes visuels afin de suggérer de divers types d’emprises.

Jean-Paul Gavard-Perret

Alison McCauley, « Another Cannes », Editions Carnet d’Art, Aix les Bains, 2018, 25 E. En prévente sur le site des éditions : http://www.carnetdart.com/

 

14/03/2018

Jean-Claude Bélégou : « dire » les corps ou la communauté avouable

Belegou 2.jpgJean-Claude Bélégou lorsqu’il saisit les corps nus, les sort de l’anecdote sexuelle. Il pose la question insondable du lieu où finit l’âme et où le corps commence. Il prouve aussi et combien il n’existe pour autant jamais, là, de frontière précise.

C’est sans doute pourquoi réside en de telles prises la « pietas » romaine bien différente de la piété qui en a découlé. La première est le lien majeur, un sentiment de tendresse, un dévouement réciproque, une communion. Dans de telles photos celle-ci se noue.

Belegou 3.jpgLa chasteté n’existe plus sans pour autant que la lubricité s’empare de sa place. Nulle « souillure » mais le respect, l’abandon, une délivrance en rien obscène ou obséquieuse. Le corps devient pratiquement une cosa mentale mais  va bien au-delà. Emergent l’expression quasi « morale » de l’âme par le corps et l’émanation d’une forme de disposition psychique à l’instant du partage. Bélégou reste donc un des rares photographes à présenter l’invisible dans le visible au sein de l’hospitalité mutuelle de l’amour.

Jean-Paul Gavard-Perret