gruyeresuisse

04/01/2019

Sylvie Mermoud et Pierre Bonard : au dessus du volcan

Mermoud.jpgSylvie Mermoud et Pierre Bonard, "A quatre mains", Club d'art contemporain, Lausanne, 11 janvier au 16 fevrier 2019, "Sylvie Mermoud Pierre Bonard", Aart&fiction , Lausanne.

 

Dans le jeu esthétique du couple chacun prépare le terrain de l'autre et répond à ce qu'il vient de proposer. C'est un rituel en répons, entre nature et culture, minéral et végétal, plein et déplié - chacun ayant soin de ne pas maculer ou biffer le travail de l'autre. Mermoud Bon 2.jpgSouple et lumineux, drôle ou tragique, fluide et liquide tout est prêt à basculer dans les précipices d'un volcan faussement endormi. Aux imaginaires d’imaginer encore là où les deux créateurs multiplient les indices de vestimentures et d'architectures où la chair du monde revient à la rencontre du voyeur sans qu’il ne soit rassasié de ce qui est montré.

 

Mermoud 3.jpgLe double ne mutile pas la créativité mais l'affine et la fait rebondir en une masse d'indices qui sont autant de pierres d'appel. Un ruban ou un nuage vole par le ruissellement d'un quatre mains animées. Elles mêlent la séduction au vide dans l'escarpement du vallon ou de végétaux là où le soupir s'éternise et entraîne la fracture irréductible mais l'union aussi. La tentation devient pressante : soit calfeutrer les portes, soit reprendre une place dans le trafic des espérances - sans songer aux déceptions toujours possibles.

 

Mermoun bon 3.jpgUne rivière de miel annonce un torrent de foudre. Et sous des pluies de braises l’infini du ciel demeure présent. Des combinaisons se conjuguent vagues contre vagues en intrépides gerbes. Le partage des délices reste en sursis, en attente d’instants aussi charnels que mystiques. Les artistes en construisent la provisoire dérobade et l'abécédaire dans un bâti de force et de fragilité. Chaque image semble déjà s'échapper en aveux incontrôlés.

Jean-Paul Gavard-Perret

03/01/2019

Swiss kiss et autres smacks : Joie Panique

Baiser.jpgPrivilégiant dans l'absolu les images, les éditions Joie Panique ne lésinent pas sur la marchandise. Il y a dans leur nouvel opus des baisers de roman, des baisers de ciné, des baisers qui préfèrent l'ombre à la lumière (et vice versa), des baisers orgeat, des baisers orgiaques. Sans oublier les baisers girophares, les baisers décapsuleurs de jarretelles, les baisers à l’huile d’amende si douce, les baisers de quais de gare ou des brunes mais aussi des baisers cloueurs de bec, des baisers tuent lippes et des baisers déboutonneurs de soutifs.

 

Baiser 2.jpgGrâce à Flore Kunst, Nine Antico, Joël Hubaut et quelques autres spécialistes les baisers sont à sourire plus qu'à pleurer - sinon d'émotions. Ils sont aussi d'amour ou à malices dans des scénographies exquises et qui grisent par leur rouge émis (même en noir et blanc). Sont-ils plus fantasmés que vraiment éprouvés ? Pas sûr. Il y a là des corps accords. Nul doute là dessus.

Baiser 3.jpgDe l'air y passe. Et surtout du désir. Ces baisers sans être à mère donc incestueux n'ont rien d'amères. Ils sont toujours amènes avant que la messe soit dite (ou faite) après un dernier Amen. Le tout histoire de pousser le "bouchons" un peu plus loin : entre autre sur l'oreiller des songes télescopiques. Dans tous les cas ils n'ont pas leurs langues dans leurs poches et sont à barbes ou à buisson ardent. Jamais veufs de guère ou de guerres lasses ce sont des revenez-y ou des beaux "venezyvoir" sur des peaux d'ivoire. Mais les plus ambrées peuvent y trouver de quoi grimper aux rideaux tant ils médusent. Et ce jusqu'aux hermaphrodites.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

"Baiser", Collectif, Editions Joie Panique.

 

02/01/2019

Rêveries du promeneur non solitaire : Alain Nahum

Nahum.jpg

La fascination de Nahum pour la notion de trace dans "le coeur de la ville" (Baudelaire) est révélatrice de son travail. Le promeneur ne rêve pas, il est attentif à tout ce qui fait signe, revient éventuellement sur ses pas, capte avec son appareil photo moins pour montrer que pour nous apprendre à voir. C'est lors d’un voyage en 2014 qu'il découvre Tokyo. Il est fasciné par la beauté énigmatique des visages et l’élégance des corps, il observe les passants qui demeurent pour lui impénétrables, énigmatiques.

Nahum 3.jpgPour saisir ce « peuple-photographe » et faire ressurgir son mystère il se veut ni spectateur, ni témoin mais créateur de regards croisés entre deux continents. Se mêlant à la foule il choisit de photographier "à hauteur des visages" sans " jamais cadrer en mettant l’œil dans le viseur" afin de rester en contact avec le regard de l'autre.

Nahum 2.jpgL’arrêt sur image est remplacé par un "arrêt par l’image" à l'instant de la rencontre avec l'inattendu qui devient une évidence. Jaillit chaque fois de l'insolite là où ce qui reste hors cadre devient une diégèse. Elle nourrit l'évidence. Une émotion soudaine frappe soudain. Nahum fait passer de l’ordre du dehors  au désordre du dedans et vice-versa. Ce qui s’inscrit n’est plus de l’ordre de la représentation mais de la présentation à laquelle il faut se confronter avec empathie afin de comprendre ce que ça cache.

Jean-Paul Gavard-Perret

Alain Nahum, "Tokyo Eyes" avec les Firebox de Richer Meier, Halle Saint Pierre, janvier 2019.