gruyeresuisse

22/12/2019

Les émancipations d'Antigoni Papantoni

Papantoni.jpgAntigoni Papantoni est une jeune phorographe grecque qui vit à Lausanne depuis 2011. Après des études en informatique elle travaille dans le cinéma ( entre autre pour le Réel Documentary Film Festival). En 2014 elle est déplomée de l'école de photographie de Vevey. Son travail se concentre sur le portrait humain et ses racines sociales.

Papantoni 2.jpgElle cultive par ce qui est devenu une double culture à la fois athénienne et vaudoise une sorte de distanciation géographique et temporelle. Elle joue moins sur la nostalgie que l’appréhension critique dans des constructions où le corps garde une prégnance incontestable.

Papantoni 3.jpgC’est pour l’artiste une manière de mettre en abîme - sans jamais s'éloigner de l'une et de l'autre - la vie vaudoise et athénienne. Un tel travail ouvre des réflexions non seulement sur la condition féminine, mais sur rapport au corps, sur la transgression, l'émancipation, la liberté, l’enfermement fantasmatique et la présence à la nature.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

21/12/2019

Les déambulations de Larry Sultan

Sumtan 1.pngLarry Sultan s’attarde là où la vie se fomente. Le tout dans une conception quasi métaphorique non seulement de vivre mais de photographier. Il propose et les modèles disposent. L'inverse est vrai aussi...Sa série la plus célèbre reste « Pictures from Home » commencée en 1982 lorsqu’il allait rendre visite à ses parents âgés dans la « réserve » pour vieillards que constitue Palm Spring et son désert (d’ennui). Il a mixé ces photographies avec celles de leur jeunesse à Brooklyn et a monté l’ensemble pour redonner un sens à l’existence de son père et recréer son histoire. Ce fut aussi sa manière de savoir qui il était.

Sultan 2.pngSon autobiographie se prolonge par "The Valley"  une série sur des artistes de porn-movie en une scénographie théâtrale et documentaire. Le titre est tiré du nom de la vallée où son père installa sa famille après guerre avant que ce lieu devienne la capitale du cinéma porno en raison de sa proximité avec Hollywood. Ces photographies sont plus belles que les films eux-mêmes. Tout est plié, réarticulé, distribué dans un expressionnisme ailé et plein d'humour.

Sultan 3.jpgLe réel demeure mais sa mise en scène diffère dans un certain "phrasé" de situations ambigues. Larry Sultan est aussi insolent que doux en se moquant des modes de l’époque  - y compris de l’autofiction. Dans ses déambulations poétiques le photographe offre le proche du lointain en un exercice de rééquilibrage et d’admiration jusqu’à la préhension de ce qu’il nomme la « juste distance » que beaucoup estimeraient mauvaise - mais ils auraient tord.

Jean-Paul Gavard-Perret

Larry Sultan : Domestic Theater", Yancey Richardson Gallery, New-York, 2019.

20/12/2019

Katia Gehrung : voies et voix des silencieuses

Katia 2.jpgLe monde de Katia Gehrung saisit par ses déphasages empreints d'humour et de gravité. L'intelligence est toujours au rendez-vous dans ce qui veut paraître des "exercices d'imbécilité" (Novarina). Et ce n’est pas un hasard si Vénus sort de l’eau ou se plante au milieu de route à ses risques et périls. Néanmoins les voyeurs courent les même danger là où l'artiste forge sa propre symbolique et sa lutte. Elle est à la fois toutes les femmes et la nageuse d’une confrontation où le monde ne connaît que le féminin et ses mémoires silencieuses que la créatrice réanime.

Katia.jpgCette quête reste un combat. Les narrations et leurs actrices en impriment l’impulsion là où le propre «je» de l'artiste piste celle qui il est pour un devenir germinatif au sein de propositions qui restent des insurrections. Katia Gehrung évoque la femme sans faire de sermons. Et elle multiplie les apparitions intempestives pour faire sortir du silence celles qui ont servi de torchon ou de repos du guerrier. Le féminin avance là où le gouffre de l’être se transforme en une maison aux mythes et empreintes aussi archaïques qu’utopiques. L'artiste ose une forme d’ «incompossible», le passage à la conscience comme au désir qui lisse jusqu’au creux du ventre où se fatigue la salive d’une langue récoltée.

Katia 3.jpgIl n'existe dans de telles mises en scène ni haine ou amertume. Juste la puissance de la poésie surréaliste comme alternative aux statuts-quo. Le féminin imprime des vagues dont Katia Gehrung prolonge les ondes et l'écume loin de tout caractère impressionniste ou expressionniste. L'artiste ne crée pas "sur" les femmes, ce sont elles qui semblent inventer l'image - même si l'officiante est bien au commande. C'est pourquoi la représentation réaliste - perdant pied - avance vers ce qui se voudrait énigme mais peut modifier les leçons de l’histoire écrite jusque là par les mâles. C'est une manière de réinventer l'occident.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir le site de l'artiste.