gruyeresuisse

12/08/2019

Pierre-Alain Münger : Boum !

Munger.pngEnfant Pierre-Alain Munger aimait casser ses jouets à l'aide de marteaux. Fidèle à ses premières "déconstructions" il continue à produire des crash-tests... Etudiant de près ces phénomènes de destruction et avec l'appui de documentations techniques et scientifiques il s'intéresse à la puissance des forces cinétiques aussi invisible que prégnantes et ce à travers divers médiums.

Munger 2.pngIl produit lui même des collisions frontales. Elles réclament de nombreuses heures de préparation et de planification. Existe une véritable expérimentation de la part de celui qui fut assistant d'un autre sculpteur suisse - Carlo Borer - pendant 15 ans. Son élève ne cesse de rendre visibles les déformations des formes des voitures comme d'autres objets (lampadaires, signalisations, arbres). Par ses sculptures, études sur papier et peintures il met à nu de tels phénomènes qui le fascinent.

Munger 3.pngHyperréalistes ses oeuvres restent néanmoins poétiques, austères mais jubilatoires grâce à l’élan de telles rencontres et de leurs évidences d’un débordement des berges de la normalité pour ramener par la bande vers une approche des plus paradoxalement "existentielles" qui soient.

Jean-Paul Gavard-Perret

Galerie Soon, Berne.

10/08/2019

Les polyphonies de Pierre-Alain Mauron

Mauron.jpgPierre-Alain Mauron vit et travaille à Signèse et à Sainte-Croix. Diplômé de l’Ecole des arts appliqués de Vevey, il poursuit depuis longtemps sa pratique picturales sous formes de collages, gouaches, graphites, encres et craies. L'exposition de Saint Maurice qui vient de se terminer abordait différents travaux inspirés par des oeuvres littéraires : Joyce, Duras, Gary et Lewis Carroll. D'autant que le livre comme la cimaise et l'architecture sont au centre de l'expérimentation du Valaisan.

Mauron 2.jpgElle est toujours en mouvement et allègre. L'artiste laisse donner libre cours à son imagination et sa fantaisie à partir du thème qu'il a choisi d'évoquer. Abstraite, sa peinture est lumineuse et riches d'irisations là où les éléments premiers se mêlent sur une matrice que le modeleur rehausse ou métamorphose.

 

Mauron 3.jpgSes mains cherchent des sortes de fondations à des pages ou des façades englouties sous formes des tatouages sauvages. Sommes nous du côté de la chimère ou de la vérité ? Les deux sans doute car elles ne sont pas incompatibles. Tout reste de l’ordre de l’énigme et du mystère. Pas question de donner des clés au regardeur sinon celles que les indices offerts indiquent sous forme de dérives. La peinture devient l'histoire d'une accession au livre et - par l'intermédiaire de la première - une accession à soi.

Jean-Paul Gavard-Perret

L'artiste vient d'exposer à la Galerie Oblique, Saint Maurice (Vs) "gouaches nécessaires".

08/08/2019

Aleksey d'Havlcyon complice d'elle-même et de son passé

Alekesey.pngLorsque Aleksey d'Havlcyon fut baptisée, quelques jours avant Noël, le curé plaça le bébé au sexe maudit et détesté par l'église dans le berceau du Christ. Et on la surnomma  "La Madone". Car bien sûr (et pour cause...)  on ne connaissait pas encore la nature sulfureuse de ses futures photos...  De cette épisode elle ne regrette qu'une chose : " mon frère de berceau et voisin, baptisé en même temps que moi, n'a pas eu droit au lit du petit Jésus. Il était pourtant beau comme un Jésus".  Mais celle qui fut comme elle l'écrit encore  " Immergée dans les croyances, habillée en garçon les cheveux courts, parfois en robe éclatante avec des petites chaussette au rebord en dentelle"  en est sortie telle une prêtresse suave et sulfureuse de l'étrange.

Alekesey 4.jpgAu moment où son autoportrait et collage "La transe de la Bacchante" fait désormais partie de la collection du Musée Quinta Da Cruz Viseu au Portugal, Aleksey d'Havlcyon expose 10 photographies réunies sous le thème "Conjurer". Ce sont des autoportraits analogiques et numériques, parfois accompagné de son frère et issues de ses séries en cours sur la mémoire collective et familiale, et sur les autoportraits "El Encantador" inspirés par les mythiques "Cante Jondo" et "Romancero Gitano" de Federico Garcia Lorca. Et si l'artiste reste une Madone elle transforme les vieilles images en images vivantes. Ces apparitions sentent la chair et le stupre des enfers. Mais nul âme pour s'en plaindre.

Alekesey 3.pngNéanmoins la créatrice remplace la vision de "voyeur" par un regard plus intérieur. Elle sait tisser, dépasser les lignes d'ombres pour atteindre le ventre chaud de certains équateurs. Ces images radicales n'ont toutefois rien d'un film interdit, d'un cinéma X ni  de celui des amantes de Duras coupées du monde. Une telle oeuvre, par ce qu'elle rameute de passé comme de sensualité, empêche de succomber dans la nuit absolue et la dépression organisée. Alekesey 2.jpgRestent l’émanation et l’aspiration poétiques portées dans une vitalité juvénile - ce qui n’empêche pas une certaine gravité - au moment où la femme devient complice d'elle même. Des pensées troublent se lèvent. La femme blanche danse un Orfeu Negro, une serenata negra. Il en faudrait peu pour que du café au lait nous passions au café noir.

Jean-Paul Gavard-Perret

Aleksey d'Havlcyon, "Arcana 17", Zahav Gallery, rooftop de l'édifice LIVINNX, Bogota, Colombie, à partir du 10 aout 2019.