gruyeresuisse

19/05/2020

Pavel Schmidt par dessus bords

sch.jpgPeintre, dessinateur, sculpteur et poète Pavel Schmidt est un artiste itinérant, il a voyagé entre l’ancienne Tchécoslovaquie d’où il est originaire, le Mexique, la Suisse, l’Allemagne, le Canada, la France et l’Italie, avant de s’établir finalement en Suisse en 1968, à Soleure où il vit actuellement.

Il fut dans les années 80 l’assistant de l’artiste Daniel Spoerri. Sans atelier fixe, il créé ses œuvres là où il se retrouve : chambres d’hôtel, ateliers d’emprunt, restoroutes, etc.. Ses déplacements sont le reflet de sa curiosité et de sa stratégie esthétique tant sur le plan de l’histoire de l'art et de son rôle que de la critique culturelle.

Schmidt 3.jpgD'où une oeuvre toujours incertaine et imprévisible au fil du temps, des rencontres, des parcours. Chaque fois un autre "paysage" apparaît dans le paysage parmi les ombres appesanties. Car chaque oeuvre est une surprise alléchante, drôle, critique. Au stigmate du je, pas de clef  mais un gain par  les manières de transformer ce que l'artiste voit. Ce "je" devient autre. Il pose une série de questions dont personne (pas même l'artiste) possède la clé. L’incomplétude demeure mais c'est ce qui donne à l'oeuvre son mystère et son originalité.

Jean-Paul Gavard-Perret

18/05/2020

Laurence Boissier au jour le jour

Boissier.jpgLaurence Boissier est une narratrice qui au besoin scénarise son quotidien pour mieux nous rappeler le nôtre. Ses "carnets de lecture" sur le site d'"art&fiction" nous rappellent avec humour combien certains raisonnements sont aussi spécieux qu'irréfutables. Leur concision philosophique - dans le cas de sa fille - est des plus abrupte : "Après". Si bien, ajoute la mère éplorée, que "le porte-à-faux existentiel est garanti avec toutes celles et tous ceux qui ne s’alignent pas sur cette logique.".

 

 

Boissier 2.jpgSes chroniques sont des petis bijoux. Laurence Boissier épingle ce qui nous parasite et sur lequel nous ne pouvons pas grand chose. Mais l'auteure en démine le stress en tentant de rire - sinon de tout - du moins de ce qui est possible. Histoire aussi de décoder non seulement la psychologie des adolescents mais celle des adultes dont le mari de l'auteure devient le parangon.

 

 

Boissier 3.pngSa mère n'est pas oubliée pour autant. Bonne fille Laurence Boissier lui fait du thé tandis qu'elle lit sur l'écran de sa liseuse aux caractères démesurés des aventures extraordinaires. La fille est oubliée : la mère est plongée en une histoire indienne "dans la poussière du fort de Lucknow assiégé par les rebelles". Le thé croupit dans la tasse et "les roues d’un tracteur passant sous ses fenêtres sont celles du char qui transporte les morts vers la fosse". La pauvre fille ne fait pas le poids. Pour preurve elle s'éclipse avant de revenir plus tard vers nous pour évoquer d'autres moments drôles, émouvants, incisifs. C'est un régal.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir aussi : "Safari" et "Fonds d'écran d'artistes",  art&fiction, Lausanne, 2020.

17/05/2020

Jean-Luc Manz : réduire pour ajouter

Manz 3.jpgJean-Luc Manz, "Une promenade de ce côté", Skopia, Genève, du 2 juin au 4 juillet 2020.

Les peintures abstraites de Jean-Luc Manz ouvrent par l’ "usure" des formes, symboles,  couleurs à une sorte d’immense puzzle. Ce ne sont plus ici des histoires qui sont montrées ou racontées mais plutôt leurs traces. L’idée est donc non d’identifier celui qui "fait" mais de se rapprocher sans qu’aucune réponse ne soit donnée à travers ce qui est présenté et non représenté puisque s’il n’est que représentation l’art n’est que "cette hypocrisie merveilleuse dans lequel il se perd lui-même" selon l’expression de D. Mémoire.

Manz 2.jpgJean-Luc Manz ouvre de la sorte à une relation d’incertitude, la seule qui peut convenir (et Platon nous l’a appris depuis bien longtemps) à l’être humain prisonnier de sa caverne et qui par son essence même est donc un être de fiction. L'objectif et la finitude d'une telle "promenade" est non de l’ordre de la mollesse mais de la " pointe" capable de permettre l’apparition de phénomènes qui sans elle demeurerait inaperçue. Un tel parcours  permet de désembusquer des pans de l’identité cachée car comme le souligne Winnicot : "Où se trouve l’identité sinon dans les images qu’on ignore".

Manz 4.jpg

A la recherche de constellations fondamentales, J-L Manz permet par les ouvertures qu’elles proposent de voir, de comprendre autrement. Il laisse apparaître des états intermédiaires ou plutot premiers qui nous arrachent au cerclage de la divinité de l’image telle qu’elle est le plus souvent offerte.

 

Jean-Paul Gavard-Perret