gruyeresuisse

14/11/2019

Roger Plaschy : le corps et son interprétation

Plaschy bon.jpgRoger Plaschy crée un langage qui repose sur le mouvement du corps. Ses panoptiques proposent des mises en scènes qui sont autant de mises en abîmes dans tout un jeu de circulations à la fois ludiques et archétypales. Le monde se transforme en narrations qui n'ignorent en rien le mouvement des sylphides.

Plaschy.jpgLes panoptiques étirent le temps le plus court par leur effet de segmentation mais aussi de suite. Le réel à la fois paraît et disparaît dans une interperpration du réel autant par les scènes, que les séries. Un éloignement du point de contact possible avec un réel "donné" se crée là où ce qui est présent semble toujours au delà de ce qui est donné à voir.

Plaschy 3.jpgExiste d'une prise à l'autre un phénomène de contamination qui oblige le regard à sortir de son assurance. Cela n'induit pas pour autant une frustration. Un inassouvissement, oui. Là où rien n'est "sage comme une image"  le réel se met à flotter dans le flou où des fantômes érotiques hantent le regard afin que son histoire refuse d'atteindre une beauté "droite" pour aller moins vers le fantasme  comme un taureau à la vache que dans une poésie de l'espace.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

Claude Minière : Pascal débridé

Minière.jpgClaude Minière sort Pascal de l'hibernation. Il demande au lecteur de ne pas refuser ce que l'auteur des Pensées offrit car en fidélité à sa logique et à sa foi il osa l'impossible bien avant Mallarmé et afin qu'à l'inverse de Stéphane son coup de dés abolisse le hasard. Le destin s'en mêla pour une telle réussite. De son projet d'"Apologie de la religion chrétienne" ne restent que les fragments et les ruines à savoir comme l'écrit Minière "versets, canons musicaux, sentences suspendues".

Tout a été préservé – par cet mouture embryonnaire – de la verve de celui qui sut créer des illuminations scientifiques et verbales. Il aura donc inventé la machine à calculer, les transports collectifs et le livre qui sera - selon Lautréamont-Ducasse son "tapis de jeu" où s'étale "la balance des contraires." L'adepte des calculs et des démonstrations accorda à la croyance non évidente ses propres prédictions et hypothèses dans le jeu de hasard capable d'assurer une certitude. Là où "il n 'y a qu'un point invisible qui soit le véritable lieu" reste en conséquence  "le lieu du lieu" mallarméen pour peu que le lecteur cher à Stéphane ne soit pas trop regardant et chipoteur sur son Pari.

Minière 2.jpgCe qui n'est pas le cas de Minière. Il avance dans sa propre démonstration, n'hésitant pas à appeler un chat un chat et un miracle un miracle en ramenant à sa rescousse les créateurs qui ont saisi l'ampleur de la quête de Pascal. Il s'éloigne de ceux qui  ne virent dans ses notes qu'un fatras et se rapproche des voyants. Ce fut la cas de Balzac qui comprit – vu les immenses recherches de l'apologiste – qu'à deux pas des abîmes il ne pouvait "se passer de deux chaises de chaque côté de la sienne". Mais Minière de rectifier : non pas des chaises mais "un feu de joie, la fulgurance, la nudité"  et un saut non en mais au dessus du vide par une ascension propre à une mise où tous les gains semblent possibles.

Jean-Paul Gavard-Perret

Claude Minière, Un coup de dés, coll. Tinbad Essai, éditions Tinbad, novembre 2019, 56 p., 11,50 €

13/11/2019

Inez & Vinoodh : vaisseaux fantômes

Inez 4.jpgCréées selon un certain nombre de clichés américains, en les soulignant ou les "ramollissant" dans des espaces et des temps suspendus au dessus du vide, les oeuvres photographiques traitées par le numérique d'Inez & Vinoodh transforment les êtres en vaisseaux fantômes ironiques. Ils portent sur eux sentiments et émotions dans la société contemporaine dont les deux artistes suivent l'évolution.

 

Inez.jpg

 

Dans l'esprit d'un Norman Rockwell comme des grands photographes de mode, américains mais en jouant des clichés des uns et des autres et en fusionnant peinture et photographie, les deux créateurs sous couvert d'une représentation directe de la réalité créent des distorsions optiques. Le voir devient un entrevoir ou un croire voire.

 

 

 

 

 

 

Inez 3.jpgSéries de mode, portraits ou natures mortes montés sur de grands panneaux d’affichage permettent aux deux artistes de considérer les rues comme leur espace d’art public. Le couple y impose d'étranges présences. Elles semblent nous saisir bien au delà de la pensée humaine pour nous porter vers une autre forme de perception plus sauvage où les instinsts refoulés semblent - en pleine cité -  nous rebondir à la face.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Inez & Vinoodh, Hi-Lo Transformers", Palazzo Reale, du 31 octobre au 13 novembre 2019.