gruyeresuisse

10/05/2021

Gérard Macé compagnon de route de ses semblables

Macé.jpgC'est en pensant (comme tout un chacun - mais pas n'importe comment ni pour dire n'importe quoi) que les poètes nous intimident et nous enchantent en rendant possible l'avenir de l'être et de la langue. Preuve qu'ils pensent en société au sein même de leur solitude. Pour autant cette pensée souvent verticale ne se laisse pas facilement appréhender dans leur création.
 
 
Macé 2.jpgA l'inverse, leurs textes  "annexes" permettent de comprendre ce qu'ils propagent comme pensée selon des formes inédites dégagées du pur logos. Macé rompt ainsi le "silence" de ce qui échappe aux mots de la tribu pour mettre à nu des processus capables d'ouvrir à la langue  pour la faire croître et multiplier la pensée.
 
Macé 3.jpgQuittant le giron du moi pour rejoindre une altérité - celle de ses pairs -  il donne la parole à ceux comme Mallarmé, habitués au rêve, viennent nous parler de la façon dont ils interpellent l'être, le monde et la langue. Par de tels commentaires - l'inverse d'un "comment taire" - les auteurs revisitent leur création. Macé établi une relation de fraternité avec eux. Elle repose moins sur une ressemblance que sur le partage d’une expérience. Elle répond à l'affirmation "nous ne saurons jamais". Par eux l'auteur rappelle  ce que - grâce à leurs plongées dans les gouffres- nous savons aujourd’hui.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Gérard Macé, "La pensée des poètes - Anthologie", coll. Inédit Essais Folio, Gallimard, Paris, 12 mai 2021, 386 p., 8,60 E..

09/05/2021

Les enchantements rigoureux de Francesca Di Bonito

Di Bonito 2.jpgFrancesca Di Bonito puise dans ses études artistiques et dans son expérience du reportage la matière d’une œuvre hybride et protéiforme. Photographe et plasticienne, elle interroge les dynamiques sociétales au centre des enjeux contemporains. Elle utilise surtout la photographie (mais pas seulement) comme narration de ses récits métisses. Dans "Organic Selfies", par exemple, elle se regarde dans le miroir "vérifie sa conformité, enregistre les différences qui définissent une identité : le passage du temps sur la peau marque les signes d'une inexorable avancée."  
 
Di Bonito.jpgElle inscrit par ses prises et leurs rehaussements le quotidien du corps et certaines métamorphoses  de l'intime. Et ce au moment où l'appréhension tactile disparaît par l'anonymisation des corps qui suit son cours et augmente. Pour la créatrice il s'agit de passer outre par sa propre image au-delà du simple paraître ou de l’embellissement. Certes l'artiste d'une certaine manière se cache là où l'épiderme est ironiquement encadré par des motifs et des effets numériques. 
 
Di bonito 3.jpgSurgissent des apparitions jouissives  sur des peaux anonymes où est proposé une variation sur le thème de l'identité. L’anatomie humaine reste présente selon des procédés d’intervention artisanale sur la matière photographique. D'où dans toutes ses séries une narration  par métamorphoses du réel ou de statues et d'objets vernaculaires dans une oeuvre polysémique.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Voir le site de l'artiste.

08/05/2021

Walter Vopava : l'horizon plus clair du noir

Vopava.jpgWalter Vopava, exposition, Galerie Mezzanin, Genève, jusqu'au 22 mai 2021
 
Walter Vopava vit et travaille à Vienne et à Berlin. il a étudié à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne  Il  a aussi trouvé son accès à la peinture par le biais d’études de nature. Mais à partir de la fin des années 1980, il abandonne dans son travail tout rudiments figuratifs au profit de l’abstraction pure. Les images et les oppositions du clair et de l’obscurité, de l’espace et de l’espace, de la masse et du vide entrèrent de plus en plus au premier plan de son travail. Si bien que la réalité a été progressivement transformée et occultée dans ses œuvres.
 
Vopava 2.jpgEn conséquence à partir de 2000, Vopava se consacre principalement à la construction de l’espace pictural et évitait toute association à l’objet. La couleur noire forme une grande constante dans ses images émergentes, parfois monumentales. Sa peinture abstraite n’est pas nécessairement pour lui un moyen de style, mais lui offre la possibilité d’explorer les origines de cette forme d’art. Dans son travail, il se concentre sur l’essentiel et exclut toute restriction.
 
Vopava 3.jpgL'oeuvre ressemble à un work in progress mais les états sont moins provisoires et en état de latence  qu'il n'y paraît. Rien n'a lieu que le lieu de la peinture ou de la sculpture. C'est là renoncer à l'empire d’assourdissement du réel en passant à la création d'image propre à offrir un nouveau genre d'émotion. Le dévoilement dérobe, les enrobages dévoilent. Le tout sous un état de solitude et comme un silence assourdissant . Les oeuvres en sont le miroir là où demeure un enchantement optique.
 
Jean-Paul Gavard-Perret