gruyeresuisse

03/02/2021

"Quoi de neuf pussyhat ?" - la vie des autres

Pussy.jpgCinquante ans après l’instauration du suffrage féminin en Suisse et malgré des avancées réelles, l’égalité entre femmes et hommes reste plus que douteuse  sur les plans du salaire, de l'évolution de carrière, de légitimité de parole, de liberté du paraître et bien sûr de partage des tâches domestiques.
 Certes l’évolution de la société tend vers plus d’inclusivité. Mais normes et stéréotypes continuent à peser sur les représentations de genre et conditionne toujours les femmes.  Le mouvement #MeToo, la marche des femmes et la grève du 14 juin 2019 prouvent la multiplicité des attentes et des revendications portées par un renouveau féministe qui a besoin de différencier et diversifier ses assises.
 
Pussy  2.jpgLe Musée Historique Lausanne va illustrer ce vaste programme dans sa nouvelle exposition temporaire "Quoi de neuf pussyhat ?" Il s'agit d'une vaste une réflexion sur la construction des rôles et des identités de chacun.e.  L'exposition sera enrichie par des conférences, une visite guidée à l'heure du déjeuner ainsi que des visites flash consacrées à une œuvre.  L'exposition prouvera aussi que les inégalités de genre touchent aussi les médias.
 
Et en guise d'introduction, le mercredi 11 février Valérie Vuille, Directrice de DécadréE, experte en étude genre présentera une conférence : "Femmes et médias, les clichés ont la vie dure". Elle illustrera comment dans la représentation des femmes  ou dans la façon dont on parle d’elles les stéréotypes sont encore bien présents, perdurent et parfois même se renforcent.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Musée Historique de Lausanne, mars-avril 2021.

19/01/2021

Philippe Lipcare : propédeutique esthétique pour temps de crise 

Lipcare.jpgPhilippe Lipcare, "Inframince et hyperlié", art&fiction, Lausanne,  janvier 2021,  CHF14.90

Qui aime l’art contemporain doit toujours se  souvenir du soupir  de Winnie dans Oh les beaux jours de Beckett : « Assez les images ». L’auteur dans « Peintre de l’effacement » (repris dans « Le Monde et le Pantalon »)  en appelle à ce que Diderot écrivait déjà dans ses Salons : « l'image, dans mon imagination, n'est qu'une ombre passagère ». Afin qu’elle se réduise encore, tout un pan de l’art s’est voulu abstracteur de quintessence en quittant non seulement la figuration mais l’abstraction. L'objectif est de privilégier une sorte de fonte que rejoint aujourd’hui de tout jeunes artistes tels que le Suisse Frédéric Gabioud. L’image ne fonctionne plus comme un piège à regard : elle l’ouvre..

Et le livre de Lipcare enfonce le clou  à travers divers exemples. Parfois probants parfois de l'ordre d'un superfétatoire qui nuit au propos de l'auteur. L'essai est pourtant une approche importante d'un art de l'infra-mince, du suspend et de l'introuvable qui définit l’art contemporain (comme parfois le monde) que l'on retrouve chez ceux que l'essayiste (Michael Rampa, Gerhard Richter, Stéphane Zaech, etc).  S’agit-il d’éviter le rapport trop étroit de la peinture avec l'émotion ? Pas forcément. Le propos est plus profond. Retirer de  l’image dans l’image n’est pas synonyme de disparition des affects mais devient la manière de les solliciter autrement. Défaite l'image la plus forte, c'est l'image de rien, de personne. Seule cette image "idéale" de l'extinction de toute visibilité permet d’atteindre ce que Schopenhauer demandait à l’art : « la suppression et l'anéantissement du monde » . 

Jean-Paul Gavard-Perret

18/01/2021

Feux secrets de Maud Chablais - du visage au portrait

Chablais.jpgSpécialisée dans la photographie documentaire et d'événements culturels, Maud Chablais  travaille pour des entreprises privées, des médias et poursuit en parallèle des travaux personnels. Elle donne à ses portraits photographiques une puissance particulière. Ils permettent d’atteindre une vérité qui n'est pas d'apparence mais d'incorporation temporelle. 

Chablais 2.jpgDans leur diversité ils proposent par effet de série un déplacement de la fonction d’instantané, d’encoche figurative, de marque fixe pour retenir le temps en dépassant l’ordre de la mélancolie. L'artiste cristallise des instants tout en ne cessant d'en déplacer la tonalité physiologique et phénoménologique.

Chablais 3.jpgLe portrait n'engendre pas le monde de l'hypnose mais de la gestation. La féminité semble s’appuyer sur l’éclat du noir et blanc ou de la couleur.  Peu à peu le visage transforme les épreuves en "tableaux".  Amasseuse de visages, l’artiste est capable de souligner les gouffres sous la présence et de faire surgir des abîmes en lieu au sein de féeries. Mais l'inverse est vrai aussi. Et le voyeur passe de l'endroit où  tout (croit-il) se laisse voir vers un espace où tout se perd. Soudain est offert un profil particulier au temps. Un temps pulsé  et étanche qui se dégage du temps non pulsé.  

Jean-Paul Gavard-Perret
https://maud-chablais.com/