gruyeresuisse

13/03/2021

Mirko Baselgia : réinsuffler son souffle à la matière

Baselgia.jpgMirko Baselgia, « Imagine a white with irregular black post" , Galerie Heinzer-Reszler, Lausanne, mars-avril 2021.
 
Mirko Baselgia tire le monde de son tissu  afin d'en relever des morceaux et pans pour en souligner les pliures d’ombre et des chemins tapissés de gris. Les coupes sombres ici se distordent selon de nouvelles normes.
 
Baselgia 3.jpgTout s’offre, s’étoffe, montre sa « jupe ». La raison vole en ce qui tient en fragments fixes mais tout autant de suites  moins ajourées qu'hirsutes car chevelues. Il faut bien sûr l'imagination (que l'artiste demande au regardeur) pour retrouver sous de tels "black spots" la surface blanche.
 
Baseilgia2.jpgSe succèdent des passages étranges. Au regard d’en franchir le seuil avec une frénésie nécessaire à de telles transgressions. Là où il n'existe jamais d'esbroufe mais une nécessité face à ce qui nous étouffe et dont le créateur fait sourdre des sortes de sous-entendus.
 

Jean-Paul Gavard-Perret.

12/03/2021

Les mots et leur matière : Gilles Furtwängler

Furtwangler.jpgGilles Furtwängler, "Mon parfum, c'est l'odeur du bois qui brûle", Skopia, Genève, du 21 mars au 1er mai 2021.
 
A Lausanne et à Johannesburg Gilles Furtwängler interpelle par ses oeuvres le regardeur. Il s'adresse à lui en l'invectivant (non sans humour)  Interpellations, questions, vérités ou contre-vérités, cynisme, absurdité, contradictions tout est bon pour les coups de semonce qui s'ensemencent sur la surface des supports.
 
Furtwangler 2.jpgTout est mis en forme pour une communication objective et abstraite, ironique et morale, avant tout poétique où les textes jouent par effets de lignes, de caractères, d'extension ou d'écrasement. Mais le créateur pratique aussi des prestations orales sur le même principe. La base des textes et des mots provient des écrits de l'auteur mais aussi de tout ce qu'il entend et parfois écoute.
Furtwangler 3.jpgLe tout dans un volontaire exercice de banalité bien choyé dans les conversations de comptoirs (lorsque les bars sont ouverts) et qui - écrit Fürtwangler - "nivellent les hiérarchies, rapprochent l’art et la chirurgie dentaire, l’art et le massage suédois, l’art et la dette mondiale et la plomberie". Bref l'artiste parle plus d'humour que d'amour ce qui n'empêche pas le second - en tant que pulsion bien naturelle - d'être un rien privilégié.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

08/03/2021

Nicole Schweizer sur les traces d'Anne Rochat

Schweizer.jpgNicole Schweizer, "Anne Rochat - In Corpore", art&fction, Lausanne, mars 2021, 152 p.

 
Née en 1982 dans la Vallée de Joux, basée à Berlin, Anne Rochat vit et travaille le plus souvent en fonction des lieux de résidence déterminant sa pratique artistique et vice versa. Diplômée de l’École cantonale d’art de Lausanne (2004-2008), elle développe un travail essentiellement performatif  et vidéographique centré sur le corps, ses limites, ses possibilités physiques et psychiques.
 
Schweizer 3.jpgElle explore son propre rapport à l’espace et au temps par un néo-actionnisme radical. Elle a effectué des performances et participé à de nombreuses expositions en Suisse et à l’étranger. Et ce livre  offre  un panorama du travail pendant ces dix dernières années. Comme l'artiste l'écrit: «Mes lieux de résidence, éphémères depuis dix ans, ont toujours été l’essence et l’objet de mes travaux. Fondamentalement, ma pratique consiste à faire l’expérience sensible du déplacement, de l’inconfort, de l’exotique, du dérangeant ou de l’étonnant puis de chercher à en restituer la substance dans une forme incarnée dans un corps, généralement le mien.»
 
Scweizer 4.jpgLe livre - qui  paraît à l’occasion de l’exposition «Anne Rochat. In Corpore"  au Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne (décembre 2020 - février 2021) insiste fort justement sur le travail performatif. Il fait se correspondre les images des éléments d’un récit. Il est complété par deux textes de Jean Rochat et d’Olivier Kaeser  ainsi que des photographies de Mathieu Gafsou. Cet ensemble permet de comprendre comment Anne Rochat détourne des objets de leur usage quotidien, dans une atmosphère entre le burlesque et l'inquiétant où le souffle de vie d’un corps plongé dans le contexte particulier d'expériences sensorielles est constant.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

 
Nicole Schweizer, "Anne Rochat - In Copore", art&fction, Lausanne, mars 2021, 152 p.