gruyeresuisse

19/05/2021

De Rock Me à Come Back Baby - Flynn Maria Bergmann

Edition_Flynn.jpegAu cours de la manifestation de la Nuit des Musées  (22 mai 2021) le Centre d’art contemporain d’Yverdon-les-Bains invite au volet "arts visuels" de Rock me Baby. Y sont réunies les œuvres d’une vingtaine d’artistes suisses et internationaux dont le travail s’articule autour de la machine à écrire. Celle-ci peut intervenir en tant qu’outil de création, représentation ou être l’objet d’un détournement ou de pensées sarcelles d'un ballet mécanique qui enlace les pucelles aux catins.

 
Flynn.jpgLe carnet  "Come back Baby" reproduit des techniques mixtes sur papier et des textes originaux réalisés par le poète et plasticien vaudois Flynn Maria Bergmann. C'est le fruit des recherches qu’il a menées pendant la carte blanche offerte par le CACY en février 2021. De cette expérience immersive naissent une installation in situ et l’envie d’une édition, concrétisée dans cet ouvrage d'un tango carminé.
 
Tel un ange délinquant le créateur s'y amuse à faire fourcher nos langues dans une superbe algarade et mises en scène d'échos des oeuvres où sans forcément vouloir jouir des quatre vérités, plasticiens et poètes repassent la vie et son écume. Flynn Maria Bergmann y marche comme sur l'eau : celles des flaques dont aborder les rivages est l'unique sagesse plutôt que de vouloir y patauger ouvert aux quatre éléments. Dessin et littérature suffisent.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

15/05/2021

Domaines de la lutte de Mathieu Bernard-Raymond

Bernard.jpgMathieu Bernard-Raymond, "Domaine", Galerie Heinzer Resler, Lausanne, du 20 mai au 3 juillet 2021

Mathieu Bernard-Reymond est un photographe franco-suisse. Il vit et travaille à Lausanne et est diplômé de l'Institut d'études politiques de Grenoble. Ses études devaient le mener vers le journalisme mais il a bifurqué. Il manipule l'image pour construire une poétique étrange et renouveler les codes visuels de la photographie.  Utilisant avec maestria la technologie numérique et sur une base classique et rigoureuse propre à une "leçon" de photographie contemporaine de paysage, il met en scène de petits événements impossibles.
 
Bernard 2.jpgAvec ses multiples prises, assemblées numériquement, il analyse le comportement humain dans l'espace, en reconstruisant les traces de la présence, des déplacements, des relations interpersonnelles. Ses images, qui font à tous l'effet de véritables photographies, jouent sur le concept du temps et de l'espace, soulignant l'ambiguïté originelle de la représentation de la réalité et en abordant la question du paysage entre réalité et d'imagination.
 
Bernard 3.jpgFace au sacré accordé aux images il propose une déviance en une série d’images dans l’image en faisant tout entrer dans sa propre grille d’interprétation et son langage. Piétinant les visions des grands maîtres il devient l’âne de ces Buridan : il s’amuse tout en donnant de subtiles leçons d’interprétation pour transformer la notion même de représentation.  Son travail dessine les contours de montages face à la réalité à laquelle il propose une alternative, une vision personnelle    souvent à l'aide de surimpressions afin de mixer des événements différents et contradictoires et pour livrer une sélection onirique. Au besoin il utilise des courbes d’investissement, des taux, des données chiffrées pour fabriquer des constructions dont le rôle est autant politique que plastique.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Mathieu Bernard-Raymond a publié deux monographies : "Vous êtes ici, Actes Sud (2003) et "TV", Hatje Cantz (2008).

11/05/2021

Alina Frieske : portraits du subconscient

Frieske 3.jpgAlina Frieske, "Can you see me better now?", Galerie Fabienne Levy, Lausanne, 20 mars au 29 mai 2021. 

Presque "décomposés" et en diffraction les portraits et autoportraits d'Alina Frieske créent un labyrinthe optique fascinant. Un tel "geste" refuse toute régression passéiste. Elle découle du questionnement mis en place par l'artiste d'une manière aussi ironiquement  glamour qu'iconoclaste mais sans provocation inutile. Surgit de cette quête de l'identité  un éros particulier et subtil dans une dissémination des signes qui viennent mettre à mal toute production futile afin de porter quelque chose qui permet de repenser sans cesse ce que montre un portrait.

Frieske 4.jpegC'est pourquoi si pour la créatrice il n'y a pas d'avènement à la peinture sans un certain sens du rite celui-ci au sein-même de l'exhibition du visage et du corps n’est pas affaire de peau mais d'âme. Elle se traduit par des jeux de masques métaphoriques ou réels mais qui adressent comme un appel au visiteur. 

Frieske.jpgIl faut retenir cette approche comme un phénomène avènementiel dans la manière  de créer une beauté pénétrante et sans fards qui ne doit rien au marketing pictural. Le portrait devient  l'ombre lumineuse d'un songe qui nous échappent mais - qui sait ? où les fantasmes repoussent moins comme du chiendent qu'une succession de bouquets. La question demeure ouverte par une poétique visuelle d'une qualité rare.

Jean-Paul Gavard-Perret