gruyeresuisse

12/12/2020

Les enceintes vitales de Philippe Fretz

fretz 4.jpgPhilippe Fretz, "Tours et enceintes II", In media res, n°11, art&fiction, Lausanne, 2020

 

Philippe Fretz à travers tours et enceintes trouve un moyen de mesurer le temps, un temps qui n’est plus nôtre mais qu’il faut néanmoins habiter. C'est pourquoi - comme le texte de Matthieu Mégevand qui accompagne ce nouveau numéro de "In media res" le rappelle, elles doivent être majestueuses, imposantes et vastes - surtout en un temps bien présent où nous sommes cloitrés par un virus.

Fretz 3.jpgC'est une manière de nous aérer dans des surfaces de verdure (jardin, terrain de golf) si bien que - de facto - de telles enceintes ne nous enferment pas : elles nous protègent du dehors. Dans un jeu de couleurs vives et de structures, Philippe Fretz s'emploie afin que la vie revienne selon une épiphanie d'un genre particulier.

Fretz 2.jpgNotre nouveau Warburg (par ses planches où se croisent les époques) doublé d'un créateur original qui rapproche d'un Moyen-Age finissant où Dante rôde. L'inexprimable se réinvente par des géométries en plates bandes parfaitement rehaussées pour fomenter des merveilles. Elles élèvent l'affect par leurs érections aussi douces qu'acidulées.  Une unité vitale est tracée derrière des murs qui entourent et ouvrent afin que - de l'enceinte hexagonale d'une Jérusalem descendue du ciel - le soleil et l'agneau premier (de "l'innocence immolée") s'enlacent. Et ce, dans une figuration,  partant d'un temps qui ignorait la perspective, rapproche de présences subtilement post-modernes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

05/12/2020

Adrien Couvrat : organisation de la couleur

Couvrat.jpgAdrien Couvrat, "Paragonie I", Galerie Heinzer Reszler, Lausanne, du 6 décembre 2020 au 12 février 2021.

 

 

Les peintures d'Adrien Couvrat attirent par de subtils jeux de juxtapositions de couleurs. Elles créent des effets de mouvementes et d’ondulations et donnent l’impression de volume par les variations de teintes et une forme d'art cinétique en trompe l'oeil.

 

 

Couvrat 3.pngChaque toile est une expérience à travers les gestes de création et les associations de couleurs. Celles-ci semblent à la fois être empruntées à des paysages naturels ou à des phénomènes optiques. Les rayons de lumière suggèrent la fuite, l’espoir, une ouverture par immersion dans des champs colorés. Ils  possèdent parfois - souvent même - une dimension sculpturale.

 

Couvrat.pngCelle-ci accentue les jeux d’illusions et l’impression d’un au-delà du tableau. Elle interroge la relation entre la peinture et la sculpture selon une exaltation particulière. L’œuvre sort la peinture de son confinement sans rien céder de ses secrets. L’innommable, l’indicible sont présents. Une disponibilité entière saisit là où tout est en place et où rien n’habite pleinement tant l’insaisissable domine et laisse volontairement le regardeur en attente.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

04/12/2020

Jérôme Stettler : Hue Topie !

Stetter 3 bon.jpgJérôme Stettler, "Topia. Un voyage dessiné", Graphisme photolitographie de Claire Goodyear, coll. Sonar, art&fiction, Lausanne, 2020, 160 p., CHF 27.

 

Jérôme Stettler s’intéresse principalement à la construction d’espaces imaginaires au moyen de projections, d’objets, de peintures, etc. Se développent de la sorte des bribes d’histoires entre un présent en constante métamorphose et un futur incertain mais où un passé quasiment préhistorique n'est pas oublié : des rochers deviennent des voiliers et qui de leur socle se moquent des rares étendues aquatiques.

Stetter 2.jpgLe dessin prend une  place majeure dans sa pratique, présenté tour à tour au mur ou dans l’espace du livre. En celui-ci, celui-là ressemble à une série de notes visuelles prises lors de divagations selon des temps obliques. S'y traverse une topographie des plus dystopiques et qui ressemblent aussi aux  paysages désertiques  de fins de parties à la Beckett.

 

 

Stetter.jpgEntre ellipse et errance les dessins deviennent "tout ce qui reste" mais aussi une sorte d'advenir d'un monde pas forcément rassurant. Néanmoins la merveille garde sa juste part entre le proche et le lointain là où toutes les peurs contemporaines de catastrophes et de fin des temps sont induites. Mais dans ce déjà au-delà,  jaillissent de nouvelles formes de vie avec  lesquelles va falloir apprendre à pactiser.

Jean-Paul Gavard-Perret