gruyeresuisse

20/03/2020

Lorsque Gustave Roud se sentait plus léger

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Ce livre rassemble les chroniques que Roud donna à la revue suisse "Aujourd’hui" où étaient présents à ses côtés  Ramuz et Cingria. Les 3 ans que durèrent la revue (1929-1931) épousent les moments les plus apaisés de l'auteur et y apparaît un sourire que le reste de l'oeuvre ignore. Qu'on pense par exemple à 'Haut-Jorat" où l'auteur révèle des secrets à voix obsccure mais dont le mystère reste caché.

 

 

Roud 3.pngIci tout est plus léger. Le jeu littéraire se situe au-delà de la zone des sentiments et se sert du temps de l'époque comme matériel là où le poète engage n’engage que son esprit. Sans faire de concession à ses exigences, il s'extrait des miasmes qui le hantent. L’admirable traducteur des romantiques allemand et poète avance ici d'un pas plus léger. C'est une manière de retrouver, par la bande et en chemins d'écart, une oeuvre qui reste confidentielle et presque secrète autant dans ses poèmes que ses photographies.

Roud 2.jpgSurgit - pour un temps  - la promesse d'un autre horizon, d'une autre aventure à la fois plastique et existentielle. Les textes engendrent des ouvertures et offrent un moment pour la légèreté , un autre pour la réflexion là où Gustave Roud apprend à filer provisoirement à l’anglaise au delà de ses tourments.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gustave Roud, "Écrit à Carrouge", editions Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 112 p.

Alice Jaquet : fées du logis et autres rêveries

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Née à Bâle en 1916 et décédée à Genève en 1990, Alice Jaquet fut peintre, dessinatrice et illustratrice dont l'expression se rapproche d'un art volontairement naïf et surréaliste parfois afin de conserver toute la fraicheur aux portraits comme aux natures mortes.

 

Jaquet 2.pngSes femmes sont légères - mais à la manière des nymphes et ses hommes n'ont rien de ces guerriers assis devant une table dressée avant de solliciter, après leur repas, le dessert escompté... En cela l’artiste est l’héritière des sorcières surréalistes. Au besoin elle caresse les chimères, s'amuse , découpe, séduit plus qu'elle n'inquiète.

 

Jaquet 3.pngElle fait abstraction des normes et des convenances dans ses visions et merveilles. Le quotidien devient un petit traité de fantaisie aux images moins dilatées qu'elliptiques. Tout est là de manière crue mais jamais "sexhibitionniste". Les images en leur dé-dire et délire montrent ce que bien d’autres cachent. Elles engendrent des ouvertures et offrent un temps pour le rire, un autre pour la réflexion. C'est pourquoi ici l’image ne se vide jamais de sa substance et permet de ranimer les fées du logis qui ne sont pas réduites à l’état de fantômes au sein d’une révolte féministe implicite et fantaisiste.

Jean-Paul Gavard-Perret

19/03/2020

Charles-Albert Cingria poète émerveillé de Paris

Cingria.jpgCelui qui se nommait «chat sauvage» ou encore «monsieur en complet gris suivant les nuages» semblait écrire à la va comme je te pousse. Il pouvait multiplier plusieurs versions d'un même texte sans que puisse être découvert laquelle était la définitive : preuve que l'auteur était un virtuose des mots.

Inclassable et paradoxal, pédaleur encore plus véloce que Jarry, ami de Claudel, Jouhandeau, Max Jacob, de Cocteau et de combien d'artistes, il fut considéré par Jean Starobinski comme "un des meilleurs peintres de Paris". Aria del Mese le prouve. Après avoir voyagé en Europe et en Afrique et avant de retrouver sa Suisse natale, Cingria s'établit dans la capitale française où il. publie des chroniques dans La Nouvelle Revue Française. Dans ce texte il décrit Paris commme "une ville où on voit tout d’un coup des choses comme ça : un papillon qui sort du cerveau d’une statue, puis s’élève d’un lourd vol vaseux, puis plane."

Cingria 2.jpgLa ville est plus belle dans ses évocations qu'elle ne l'était réellement à l'époque. Cingria y voit de l'or sur les façades et "de l’herbe tendre, de belles meules éternelles" pas très loin de là. Voire... Mais se retrouve là son aptitude aux évocations émerveillées qui rendent son monde et son écriture incomparables."Aria del Mese" devient une boîte à surprise sur une table de nuit. Mais elle contient bien autre chose que des babioles. Sous un ciel magnanime s'y découvre d’étranges fleurs plantées dans le désordre. Sous l'eau tarie des fuites des toits de Paris les odeurs stagnent en mille sources d'inspiration.

Jean-Paul Gavard-Perret

Charles-Albert Cingria, "Aria del mese, Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 80 p.

(dessin d'Alechensky pour "Carnet du chat sauvage").