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16/06/2021

"Supernature" : refondations

Supernature.jpg"Supernature" - Centre d'Art, Yverdon, 27 juin au 12 septembre 2021.

Cette exposition résonne comme un appel face à l'abandon de la nature. Pour autant les artistes réunis ici affrontent ce problème de manière plus métaphorique que fractale, et c'est ce qui est astucieux. Car si la nature reste un  mystère, les artistes s’abandonnent à son mouvement et se laissent prendre par le vent. La fragilité côtoie ici la force de la nature. 
Pascal Berthoud, Sarah Carp, Noémie Doge, David Gagnebin-de Bons, Vidya Gastaldon, Shannon Guerrico, Romy Colombe. K, Miguel Menezes, Nusser Glazova, Stefan Rinck, Maya Rochat, Léonie Vanay, chacun à leur manière et sans bric-à-brac propose divers jeux de motifs qui donnent une perspective autant poétique que symbolique à un problème majeur. Ils  réveillent l’instinct de survie et le besoin de lutter pour le vivant. 
Existe le rapport de l'image et du récit, de l'expérience personnelle et générale.  Tout ce qui a priori semble anodin devient signifiant. Le spectateur se laisse emporter par ce que chaque image propose de partage et dont les créateurs varient les postulations.

Jean-Paul Gavard-Perret

Danaé Panchaud : une amazone ailée aux destinées du C.P.G.

Panchaud.jpgPour succéder à Jouerg Berg qui a dirigé le CPG pendant vingt ans il fallait une femme d'envergure. D'autant que vont être entrepris des grands travaux de rénovation du bâtiment d’art contemporain qui regroupe le Mamco, le Centre d’Art Contemporain et le CPG.  Un tel déploiement ne pouvant être mené à bien que par une personne au fait du  contexte artistique et muséal genevois et plus largement suisse, la Vaudoise Danaé Panchaud a été retenue.
 
Panchaud 2.jpgFormée à l’École de photographie de Vevey puis spécialisée dans les pratiques de curation et de cybermédia  à la HEAD de Genève, elle a poursuivi sa formation à Londres. Elle a travaillé ensuite dans plusieurs institutions suisses d’art contemporain (CAPG, Centre, Galerie Saks, Mudac de Lausanne). En tant que commissaire indépendante, elle a organisé des expositions pour divers musées et galeries et a écrit des textes pour des monographies d’artistes contemporains. Elle a enseigné à l’École de photographie de Vevey. Depuis 2018 elle est directrice et curatrice du Photoforum Pasquart de Bienne et présidente de l’association "Spectrum / Photography in Switzerland".
 
Panchaud 3.jpgNulle plus qu'une ou un autre ne pouvait répondre aussi bien à ce qu'attend une institution comme le Centre de la photographie de Genève. A la fois pour la capacité de la nouvelle directrice à gérer de tels lieux que par son travail de curatrice intéressée par les pratiques émergentes de la photographique contemporaine  ainsi que sur les usages vernaculaires et sociaux de l’image.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Photo 1 par Olga Cafiero

08/06/2021

Tante Odette de Mollens

Papy 3.jpgLes histoires c’est pas mon truc. Sinon celle où je n’y comprends que couic. Y’en a sans doute beaucoup d'autres mais très vite je mélange tout. Les lieux et les personnes. Comme dans ma vie. Dans la rue. Quand on me présente une personne j’ai beau faire attention je ne sais plus s’il s’agit d’un autre ou de moi. Je dois me débrouiller, tenter des repérages. Mais comme je ne me regarde jamais dans un miroir et que je n’ai pas de carte d’identité - sinon une trop vieille de mes 18 ans - j’ignore tout de mon visage. Tante Odette me dit que je devrais faire plus attention et elle s'étonne que la douane me laisse passer lorsque je prends le bateau entre Evian et Lausanne. Mais je me débrouille avec mon attirail, je tire quelques plans et hop ! Elle me croit pour cela bricoleur, mais c’est à peine si je suis débrouillard. Ni dans la vie. Ni dans les livres. Et en plus je raconte mal.  Dans ma tête c’est du mascarpone. Alors j’ai appris à ne pas trop réfléchir et à me coucher tard. Même si dès que je dors je me débats avec mes diables. Depuis des années ils ne changent pas. Je ne peux échapper de tout ça. Tante Odette à l'âme humide doit y être pour quelque chose. Mais je ne vais pas l’embêter avec ça. Je sens que vous voudriez que j’en parle. De ça et de mon existence. Mais ça vous ennuierait horriblement. Encore plus que moi. Alors évitons ce laïus. Evitons ça le plus possible. Je l'ai même dit à Odette pour qu’elle ne se sente pas coupable. Et pour m’en débarrasser, pour n'avoir pas à revenir sur tout ça. Odette.jpgLe passé mythique. Car il y a toujours de l’imaginaire dans les détails les plus réels. Même si on croit que c’est arrivé hier. De toute façon le passé empiète. On croit changer de sujet, on s’impatiente mais on reste toujours dans la merdouille, les embrouilles. C’est la loi du Léman. Pas le temps d’essayer autre chose, de faire autrement. Ce n'est pas ce que je voulais faire. Mais après tout cette vie formera un paquet comme un autre à jeter dans le lac. Il finira par y sombrer en casse-croûte aux silures, aux brochets. Bon ça pour les quenelles. Et ce n'est même pas une image, je ne devrais pas le dire comme ça. Mais c'est ainsi que ça se passe. Pour moi, pour les autres. Pour tante Odette de Lausanne. Son existence dans une valise, ou un sac. Cela ne change pas. On perd son temps à empaqueter des trucs, à les redéballe puis on remet tout en place. Faut que rien ne dépasse. Ni pour moi. Ni pour Odette. Un jour je vous raconterai son histoire. Mais je dois d’abord apprendre à le faire. D’autant qu’il y a tant de choses qui ne collent pas. Des choses qui ne tiennent pas en place. Plus tard je raconterai l’histoire. Si Dieu me prête vie ou qu’un autre m'en loue une à sa place. Car pour l'heure je ne me souviens pas qui reste. Je ou un autre. A ce point je ne peux dire qui est quoi, si je suis où s’il y a quelqu’un d’autre en moi. Odette peut-être. Peut-être pas. Un jour peut-être l’avenir le dira.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
(Photo 2 :  Mathilde Coq)

09:12 Publié dans Humour, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)