gruyeresuisse

14/08/2021

Du cocon à l'envol : les métamorphoses de Katharina Rüll

ruel.jpgKatharina Rüll crée des installations axées autour de la notion de fiction. Elle est nourrie de nombreux accessoires, décors et costumes que l'artiste trouve en se promenant dans les alentours de Bâle. L'histoire de ces objets, leur recherche et leur recyclage fait partie intégrante de ses œuvres à mi-chemin entre science-fiction et mystique.
 
Ruel 3.jpg"Transformations"concentre une série de représentations de performance qui traitent du thème de la métamorphose. Les processus de changement sont représentés entre autres dans le langage des formes de la biologie et de la mythologie. Le papillon émerge sans cesse du cocon. Celui-ci est l'endroit où l’isolement puis la  transformation de l’intérieur peut avoir lieu.
 
 
 
 
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La femme dans le cocon est isolée du monde extérieur pour arriver à elle-même. Comme dans le conte de fées, le lieu de transformation se trouve à une altitude inaccessible aux hommes. Cela symbolise la solitude nécessaire à cette transformation intérieure. Parfois le cocon semble appartenir à un paysage lunaire (propre à la symbolique du féminin) jusqu’à ce qu’il commence à bouger lentement... C'est donc la "réécriture" de la vie qui se distingue.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

http://katharina-ruell.com

13/08/2021

Marius Margot : récit des récits (et vice-versa)

margot.jpgMarius Margot, "Récits", Boabooks, Genève, 2021, 412 p., 37 CHF.
 
Livre de peintures et  peinture d’un livre, "Récits" par son titre même reste  un roman graphique. Marius Margot y partage ses nombreux styles et explorations dans ses techniques tout en racontant un récit post-apocalyptique inspiré de la science-fiction. Par cette hybridation de style surgit une évocation des feuilletons de littérature classique, des romans graphiques et des mangas japonais. Apparaissent de pages en pages des peintures de très grand format et de minuscules détails et croquis.
 
margot 2.jpgLe lecteur doit y déchiffrer même au sein d'abstractions,  des histoires croisées où se découvrent les différentes influences de Marius Margot : Piero de la Francesca, Hokusai, Edward Hopper et bien d'autres.  Le lecteur-regardeur plonge dans un monde imaginaire, peuplé de rencontres étranges et fantastiques entre créatures mythiques plus ou moins reconnaissables.
 
Margot 3.jpgCette narration est accompagnée d'une sélection de croquis et de dessins.  Ils illustrent les processus de recherche du créateur. Et même si ces images restent en dehors du fil narratif du livre, elles fonctionnent elle-même comme un récit dans le récit.  Celui qui enfant adorait les fables de La Fontaine transforme ici cigale et fourmi en une dystopie  pour qu'elles survivent en des monstres à la  Ridley Scott.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

12/08/2021

Al Varlez, Collages / Mont(r)ages : tout ce qui reste

Varlez 2.jpg

 

De plus en plus Al (Robert) Varlez (créateur dans les années 70 d'un des derniers bastions de ce qui se nommait encore l'avant garde : la revue 25)  s’oriente de plus en plus vers une scénographie où se mêlent autant le frisson que l'humour. Existe en un transfert poétique tout ce que l'avenir de la planète lui inspire d'inquiétude

 

Varlez 4.jpgL'émotion passe par un tel filtre pour paraître encore plus incisive. La retenue esthétique et celle du jeu deviennent de rigueur. D’où l’apparition d’un lyrisme étrange, qu'on pourrait nommer  wagnérien. Mais ici  la pompe des images est toujours cassée car les circonstances de s'y prêtent plus. Le fantasme sexuel y est associé parfois selon une artificialité ludique liée à la représentation du corps. Son  démontage ou dépeçage accentue la puissance critique d'un tel travail.

Varlez 3.jpgLes éléments rapportés sont donc moins là pour dissocier le fantasme érotique du réel que pour permettre une oscillation entre réel et imaginaire. L'esthétique du collage décalant tout point d'appui, les montages permettent d'entrevoir l'essentiel sans que Varlez se transforme en père la morale. Néanmoins ce qui paraît roc se creuse, se volatilise pour laisser place à un fleuve intempestif dont le créateur voudrait ralentir le courant.

Jean-Paul Gavard-Perret

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