gruyeresuisse

22/08/2021

Léa Kloos : portraits de femmes

Kloos 1.jpgPrendre l’amour quand il passe c’est rêver haut l’espace jusqu’au cœur de la nuit. A fleur de peau et dans la nef du désir pour le grand départ du plaisir. Il se donne sans compter et se met à brûler à fleur de souffle et de ciel. Bref le démon du paradis tient la lumière par la presque  nudité. Et les photos de Léa Kloos  reviennent à vivre plusieurs vies à la fois. La créatrice les tisse. Elle sait dépasser les lignes d'ombres  pour donner de la chair au ventre chaud des équateurs. Accord tacite. A corps partagés - du moins dans le fantasme. Dans le regard tactile le toucher est lueur. Même assis les corps circulent. Ils ont besoin de place. 

Kloos 2.jpgJour après jour l'artiste enfonce dans ses images. Et leurs paysages nous traversent en nous rapelant qu'amour bouillu n’est pas foutu.  Lors de ses prises des jambes se croisent et se décroisent. Dansent parfois un Orfeu Negro, una sarenata negra.  Parfois elles restent statiques. De chaque sourire les frémissements frangent des lèvres.Une femme plus mutine que les autres semble dire : « si tu ne me trouves pas je suis caché dans le jardin". Un acquiescement insolite au monde s'éclaircit. Par tous les angles l'artiste en apprivoise la surface. L’image retient, disperse en poussière narrative. 

6719ae_a275195f57fa497bb53b6b953b6ffd88_mv2.jpgPlan fixe, mouvements. Raison vole. Le corps des Sirènes si reines flotte, coule, roucoule, gourmand de sa gourmandise. Chaque femme est d’un ailleurs mais reste proche quoiqu'effacée de la fresque commune par le choix de Léa Kloos. Il s'agit d'étreindre le corps fuyant du mystère. Femmes  au bois mordant. Feu sous la cendre, nuit sur la nuque. Montez rideaux : la photographe tire les ficelles. Les femmes sont les diablesses de la sainte chapelle. Leur corps est disposé de façon à glisser dans la région où la pensée n’est que panier percé. Pliures d’ombre, chemin frayé  par degrés autour des cuisses sabrant l’azur pour mieux suivre leur cours.

Jean-Paul Gavard-Perret

www.leakloos.com/

Lémanique - Mary Shelley

Shelley 2.jpgTu ouvres la fenêtre. Du bout des lèvres tu happes la lune. Tu la laisses fondre sous la langue avant de manger la nuit. Elle envahit ta bouche qui bondit de remous secret. Tu n'oublies pas de recracher les étoiles. Puis tu fais ta prière : "Que vienne la relève des nouveaux dieux barbares qui marqueront nos lèvres d'une sève profane". Feu, averse, traversée de l'entre-deux mondes. Tu sens la force des sillons, la chaleur des ventres, la rougeur organique des flux et de la peur.
Shelley.jpgTu restes l'enfant romantique qui veut plaire et qui chantait des airs dont le parfum te faisait pleurer lorsque étaient murmurés les mots "Déjeuner en paix". Tu es capable  d'ouvrir, d'accueillir, de fondre à un tel appel. L'amour est pour toi le mot mouillé de croissants et d'insolence. Quand il y en a plus tu en veux encore. Tu es la sirène qui se coule dans le courant d'une nappe blanche. Tu trouves la paix sur les ailes d'un délire bleu. Ton sourire s'étire comme un chat. L'œil vif. Du sucre sur tes lèvres.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

14:47 Publié dans Culture, Femmes | Lien permanent | Commentaires (0)

Visitations et variations  de Thomas Huber

Huber.jpgThomas Huber, Skopia, Genève, du 3 septembre au 23 octobre 2021.
 
Jamais éloignés de l’impressionnisme les paysages que Huber "dévisage" sont toujours poussés au delà du réel par des effets de reprises aux couleurs tranchées, tendues et détendues de manière imposante. Aquarelles et peintures s’apparentent à une sorte de «Visitation» non de l'extérieur à l'intérieur mais l'inverse en une  belle autorité d’altération ironique ou voluptueuse et une puissance énigmatique. La manière de saisir le paysage se dégage des règles antérieures de la représentation. Et les portes et fenêtres ouvertes transforment parfois le paysage segmenté en apostilles.
 
Huber 2.jpgL'expérimentation ne tient pas seulement de la seule nouveauté technique mais d’une destruction / reconstruction. Elle demande un degré supplémentaire d'attention au regardeur pour apprécier de subtiles déformations qui nourrissent l’imaginaire et désenclavent l’œuvre entière de tout risque d’impasse. Le regard doit muer comme celui de l'artiste. L'image fait se correspondre un acte "trivial" et un devoir de magie.
 

Jean-Paul Gavard-Perret