gruyeresuisse

12/08/2021

Toi le venin : douce violence de Cornelia Parker

parker.jpgCornelia Parker, "Being and Un-being", Wilde, Bâle, septembre-octobre 2021

 
 
La machinerie désirante de l’art  joue d'étranges parties avec Cornelia Parker. Elle ne cesse de transformer la matière afin de la sublimer même par écrasement comme dans ses pièces d'argenterie en suspension afin de provoquer une élévation particulière.
 
 
 
parker2.jpgUsant au besoin de poison et contre poison ou de balles comme matière première tout devient néanmoins beau et léger. Le voyeur est rendu à ses vertiges  face à de telles équivoques. Elles ne sont pas pour alimenter son fantasme. Car l'artiste possède d'autres objectifs. Si bien que la rage et le venin ouvrent à des spectacles ni équivoques ou dérisoires.
 
parker3.jpgChaque fois une beauté précieuse est au rendez-vous. Ne s’y trousse pas du passé : un saut dans l’inconnu se produit. Soudain le dessin ou le montage oblige à un regard autre, oblique. L'artiste accepte de nous engager dans les impasses nécessaires loin des poses et des illusions d’une proximité trop vite atteinte par la perfection de tels paradoxaux accomplissements.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

11/08/2021

Fabrice Gygi l'explorateur

Gigi.jpgFabrice Gygi, "Une longue vacance",  Salle Crosnier, Palais de l'Athénée, Genève, du 6 septembre au 16 octobre 2021.
 
Sous la direction d’Eveline Notter, le Prix de la Société des Arts de Genève vient d'être attribué à Patrice Gygi qui succède à Renée Levi (2019).Ce prix distingue un·e artiste confirmé·e suisse ou établi·e en Suisse dont le travail a déjà été remarqué sur la scène suisse et internationale.  D'où la consécration de Fabrice Gygi, un des artistes suisses majeurs de sa génération. Depuis plus de trente ans, il explore l’ambivalence des artefacts qu’il produit – entre objets fonctionnels et œuvres d’art et ce en totale liberté par rapport aux normes et pouvoirs.
 
Gigi 3.JPGFormé au Centre genevois de gravure contemporaine puis aux Beaux-Arts de Genève, il s'est fait connaître à la fin des années 1980, par les gravures et performances où il explorait les limites de son propre corps. Quittant l'intime, il a élargi sa  vision  à la société pour pointer les mécanismes autoritaires de l’environnement quotidien dans leurs aspects à la fois triviaux et pervers. C'est le moyen de scruter l’ordre réel des choses et la sphère sociale entre autres par des structures sculpturales de bâche, d’acier, de bois et de tubes qui sous-tendent une forme de violence, de répression. 
 
Gigi 2.jpgSon formalisme minimaliste est emprunté aux infrastructures urbaines et aux objets usuels pour les détourner  de leurs fonctions premières afin d'obliger à réviser l’obéissance civile et  l’idéal occidental de liberté. Depuis 10 ans l'artiste se consacre à l’abstraction géométrique. Il a créé  des bijoux, qui composent de microarchitectures transformées en sculptures et en bas-reliefs et des aquarelles grands formats au chromatisme restreint. S'y inventent un rapport tendu entre le matériau, son emploi rigoureux et contrôlé ainsi que le motif sériel. De telles oeuvres  produisent des émotions complexes là où les tensions s’expriment par une sorte de formalisme qui joue sur la rémanence de principes premiers au détriment de tout ce qui serait secondaire et décoratif.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

10/08/2021

Léo Barthe : chien de vie

JBarthe.jpgacques Abeille (aka Léo Barthe)  propose une fiction aussi obscène que littéraire comme il en a le secret. Il prouve que les "choses" les plus osées peuvent se dire avec élégance. L'auteur ne se perd pas dans une pornographie de bas étiage. Mieux il propose une leçon de tolérance et de liberté qui est toujours - écrit l'auteur - une "provocation".
 
Tout devient carne à val. C'est une saison arrachée au gris, noir sur blanc. Dans des bijoux qui sont ceux d'une "famille"  pour le moins imprévue. Les sens prennent un chemin dangereux et en toute errance au nom des caprices qui s'empilent dans la boîte crânienne. Mais pas que.  Car lorsque le couple héros du livre se voit offrir la garde d'un chien par un duo d'amis, le toutou se montre très affectueux et quittera avec peine les jupes de sa maîtresse provisoire. Elle-même éprouve à son égard des sensations qu’elle a oubliées depuis longtemps. Si bien qu' une relation se noue mais doit se distendre lorsque les amis reviennent.  Tout prend fin avec le départ définitif des propriétaires du chien,  mais l'héroïne aura enfin compris ce qui lui permet d'atteindre l’extase et l’épanouissement.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Leo Barthe, "L'animal de compagnie", La Musardine, Paris, 2020, 16 E..