gruyeresuisse

28/04/2021

Alain Daussin : portraits de femmes

Daussin.jpgAlain Daussin, Galerie Krisal, Carouge-Genève.
 
 
Si le corps féminin ne prend part qu'au déséquilibre, le photographe accorde à sa façon de le saisir une belle harmonie. Si bien que ses photos gardent un charme particulier. Les formes s’envolent sous feulements qu'indiquent le jeu des courbes et des lumières.
 
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Chaque égérie avance avec un port de reine et cultive sinon une indifférence du moins une certaine froideur. Adossées en divers lieux, connues et inconnues deviennent plus stars italiennes qu'hollywoodiennes.
 
 
Ces égéries deviennent des icônes.  Et qu'importe ceux qui parlent dans leur dos : lorsqu'elles se retournent leurs yeux les assassinent.  
 
 
 
 
Daussin 2.jpgLe corps en représentation devient le sujet sublimé moins de la tentation que de la reconnaissance. C’est pourquoi de telles prises sont des appels avant que d’être des pièges à fantasmes. Le tout en un jeu de vérité et de leurre. Existent une langue iconographique de feu piégée jusque dans ses angles morts pour un nouveau messidor maquillé d'induites connivences. 
 
Jean-Paul Gavard-Perret

27/04/2021

Jean Genet : le souffle d'une voix vouée aux fournaises

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Ignorer Genet s'est un peu ne connaître du monde qu'une pellicule. Sous des lampes sans grâce ni clarté l'auteur a cherché dans le noir un sceptre pour régner. L'abject à portée de main il est resté l'ange délinquant soufflant sur nos braises.
 
 
Genet 2.jpgDans son inversion du monde il a fait par ses romans et poèmes (restitués ici dans leur version première) fourcher la langue loin des parodies littéraires ontologiquement niaises. Mais contrairement aux radicaux réalistes américains il a su conserver à la langue de boue ce qu'il lui faut d'étoiles.  Le tout en y trouvant une stratégie de survie plus qu'en roulant des pelles à ses compagnons échos.
 
Genet 4.jpgNous devons à Sartre la reconnaissance de l'auteur. Son  "Saint Genet, comédien et martyr" constitua l'introduction à ses œuvres complètes.  Certes l'auteur des "Mots" n'a pas embrassé (si l'on peut dire) l'auteur dans sa totalité. Mais il a compris que les interprétations psychanalytiques et marxistes ne pouvaient expliquer ce fantastique exercice littéraire d'une liberté. Elle d'abord écrasée par la fatalité d'un destin. Mais l'auteur sut la retourner et ce dans une écriture d'exception dont il est possible avec le temps d'apprécier la force imageante.
 
Genet 3.jpgPour exprimer la vie, ses miasmes et son écume Genet a créé un royaume littéraire qui donne son poids à tout ce qui pèse et un souffle à tout ce qui peut déplacer le monde. Et ce, dans ce qui tient d'une métempsychose. Un tel auteur resurgit non seulement en chair et os ni désincarné mais dans son improbable vie ou contre-vie avec ce qu'elle a de pur et d'impur, d'indu, d'insoluble et ignés mais aussi en les diamants purs d'un langage issue d'une voix ténébreuse et obscène mais où l'âme rampait.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Jean Genet, "Romans et poèmes", coll. La Pléiade, Gallimard, avril 2021, Paris, 1648 p., 71E.

Nan Goldin : femmes entre elles

Goldin 2.jpgLes oeuvres de Nan Goldin résonnent  comme  une suite de portraits de famille. Elle touche toutes les générations et tous les rôles voire les addictions.  Si bien qu'un journal intime au fil des ans se transforme en une révélation poétique de la vie des femmes et les fortes  relations et secrets qu'elles partagent.

Goldin 3.jpgTout un univers d'âmes et de corps est créé en une succession  de  scènes intimes, détails, moments d'émotions de calme ou de profondeur. Existe  entre la photographe et le sujet une union implicite. S'y découvre  la puissance autant des femmes que celle du médium photographique.

Goldin.jpgLes émotions figées dans les images représentent la mémoire qui ne sera pas perdue. L’histoire continuera. La photographe oeuvre vers  un point de vue plus universel par l'attention et la délicatesse du regard. Et ce jusqu'au milieu des terreurs et des limites de la pandémie mondiale. Goldin arrive à un endroit où le temps est cristallisé par la présence, le calme et l’intimité.


Jean-Paul Gavard-Perret

Nan Goldin : Memory Lost,  Marian Goodman Gallery, NewYork,  du 27 avril au 12 juin 2021.