gruyeresuisse

12/03/2021

Est-ce que tu le sais ? - Pascale Bouhénic

bouhenic.pngL'auteur grande amatrice passionnée de la célèbre collection encyclopédique des P.U.F. "Que sais-je ?" en profite pour y réactiver  sa réflexion philosophique et sa vie. Chaque titre lui ouvre un passage. Par exemple en son premier "petit loft blanc" où des loups venaient la visiter sous prétexte  de leur proposer ce qu'on appelait encore des danses de salon.
 
A leur côté (enfin presque) il y a tous les modèles de l'auteure dont les poètes du temps disparu mais aussi ceux qui arpentent encore en piétons de Paris ou d'ailleurs le bitume. Si bien que les nuits de la créatrice sont moins inhumaines que celles d'Hölderlin et elle n'a pas besoin d'errer en doux délire. Dans ses vacations farcesques Pascale Bouhénic  laisse pénétrer ses pensées de rimes en rimes dans un monde qui pendule. Il est moins irréel que somnambule. Et c'est comme si la lampe de Reverdy éclairait la poétesse dans ce qui sous la parodie cache une vérité là où l'égo ne prend jamais le dessus.
 
Pascale.jpgEn un tel puzzle (chaque titre d'un "Que sais-je?" jouant le rôle de déclencheur ou de shifter dévorant) elle fait le ménage en technicienne de surfaces poétiques réparatrices entre ce qu'il faut oublier et ce qu'il faut retenir. Les 76 poèmes de formes très diverses que l'auteure prend plaisir à définir crée un autoportrait plein d'humour et de vie. Qui connaît un peu ou beaucoup Pascale Bouhénic la reconnaîtra facilement dans son habileté à faire circuler le sang du sens avec effervescence.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
 
Pascale Bouhénic, "76 façons d'entrer", Coll. L'arbalète/Gallimard, Gallimard, 11 mars 2021, 224 p
 
 
 

11/03/2021

S'âme sue fit  (homme âge bec est tien)

Beckett 2.jpgTout sue, cornu, gens bond col hé sûr lie k ré. Maint pan dû,  hou verte. Mûrs murs à penne. Tas long juin.  Challe heure. Bing haut kan la jouy saille. Rang contre pour tant hein probable. Sa raie Yonne en soie.  De or, deux dent. Gout pillon, nid va pa demain morte. Fouille i. Hippe Hoppe. Jus coco hit. Raie scie. Saut de loup bli. Gène eric en em barra taxi nomique sans  thé au riz. Allez gros, ankore un nez fort. Lit bride plu poure l'on tend. Hein trigue super flux. Tord tueuse fa d'aise du met fils tôt fait d'aise. Chat kun sa franchi de pro thèse. Met coupon houx bond voue semble l'hein prompt tu. En levant un mord sot ai peau cible : chaque un peu ce re trou V cent penne.
 
(Faune éthique, 8)
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Ce travail en cours où toute faune est tique,  tente de transformer la langue en pure sonorité par dérivation et sans chercher les jeux de mots lacaniens. Ce qui retient doit rester la pure sonorité en rébus et dans une perspective non sensique.(note de l'auteur)

10/03/2021

David Lynch photographe surréaliste

Lynch 2.jpgDavid Lynch - «Infinite Deep», IPFO House of Photography, Olten à  partir du 26 mars 2021
 
Organisée par l'historienne de l’art spécialisée dans l’histoire de la photographie, directrice du musée des Beaux-Arts du Locle Nathalie Herschdorfer et  en collaboration avec le commissaire Christian Nørgaard, cette exposition (la première en Suisse de telles oeuvres) prouve que le réalisateur de «Eraserhead», «Blue Velvet» ou «Mulholland Drive», développe aussi dans ses photographies  sa propre vision surréaliste.
 
Lynch 3.jpgCelui qui désormais se consacre moins au cinéma pour cultiver le dessin, l’impression d’art, la sculpture, la musique et  la photographie illustre particulièrement sa maîtrise dans ce dernier médium. Depuis près de vingt ans, et après sa fameuse série des bonhommes de neige inquiétants, il fait souvent de chaque image fixe une image en mouvement. L’intime n’y est paradoxalement que suggéré sous forme d’énigme. Il existe là un baroque concret mais aussi un classicisme.
 
Lynch.jpgIl applique d'ailleurs les mêmes règles à la photographie qu'au cinéma. En témoignent le souci du détail, la composition et la lumière. Le nu féminin y possède une grande part. Mais il n'est pas pour Lynch une boîte à chimères ou aux fantasmes. Le corps devient mystérieux par les effets de plan et d'éclairage dans ce qui souvent bouge toujours un peu sans altérer la précision de la vision. La magie onirique rappelle l'univers de "Twin Peaks". L'énigmatique reste de rigueur dans le noir et blanc comme dans la couleur. Si bien que Lynch invente un langage sombre et intemporel. Il cherche à l'érotiser plus que la femme elle-même.
 
Jean-Paul Gavard-Perret