gruyeresuisse

17/02/2021

Quand le rideau se lève  - Claude Louis Combet

Combet bon.jpgSur "la lumière des tripes", Nomah lève le voile. Celui qui fut d'abord chirurgien, en entrant dans la peinture, a créé d'autres opérations - entendez ouvertures. Il s'est enfoncé en passant du rouge sang à "la blanche ouverture de l'être qui préside aux enfantements et aux figurations" pour de nouveaux accouchements.

 
Sans prétendre épuiser l'indistinction et le chaos, il accorde à l'"informe" ce que Louis-Combet nomme  "l'infinité des compositions de la vie" et ce pour permettre de rentrer davantage dans le rêve comme dans la profusion de la nuit originaire de l'être qui enveloppe la création et la protège.
 
Combet bon 2.jpgLa main de l'artiste prolonge celle du chirurgien pour compresser, ouvrir et mettre à nu l'énigme irrésolue de la vie.  Sortant de la fente, de l'interstice de l'horizon de chaque toile émane des "étendues plus sombres, moins éclatantes" qui laissent entendre néanmoins que l'existence l'emporte. Et c'est "comme tirer une âme de la constellation des organes" dans une reconquête. Que demander de plus à l'art ?
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Claude Louis-Combet, "Aube des chairs et viscères", Illustrations de Nomah, coll. Scalps, Fata Morgana, 2021, 56 p., 14 E.

Paul-Armand Gette : ce que "ça" cache

Gette.jpgPaul Armand Gette en sait beaucoup sur la bêtise des censeurs qui en art (et pas seulement) privent les femmes de leur sexe.  Celui proposé par Houdon fut estimé trop naturaliste, donc rebouché et comblé par des tiges de bronze en réponse au système des monothéismes qui ne cessent de réduire les femmes en les culpabilisant.
 
Gette 2.jpgCertes les voyeurs affectent d'apprécier la beauté du corps des sylphides, mais leur sexe de même que ses menstrues restent des signes d'impureté et à ce titre suspendus et cachés. L'artiste a monté toute son oeuvre comme - écrit-il - "protestation contre ces idées et un appel à la liberté".  Si bien que ce livre est d'abord un hommage envers les artistes qui ont bravé cet interdit de Houdon à Rodin, de Courbet à Duchamp.
 
Gette 3.jpgMais il est aussi l'histoire du suspens d'un tel sinistre. Le tout en cherchant à faire sourire mais en rappelant surtout que les femmes ne peuvent être réduites à leur sexe. Toutefois il convient de leur redonner ce que les religions leur ont confisqué. Que ces dessins ne soient pas encadrés n'a rien de fortuit.  Ils demeurent suspendus à un fil. Celui-ci assure un "string" déplacé aux peintures "pariétales"  qui rappellent ce qui fut jusque là trop occultée et que Paul-Armand Gette fait bouger.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Paul-Armand Gette, "Dessins suspendus", Al Dante coll. "Sauvage; Presses du réel, Paris.

16/02/2021

De Bâle à Paris - Jean Tinguely

Tinguely bon.jpg"Impasse Ronsin. Meurtre, amour et art au coeur de Paris", Museum Tinguely, jusqu'au 9 mai 2021
 
Dans l'oasis de l’impasse Ronsin, au milieu du quartier Montparnasse de Paris, qui regroupait  une colonie d’artistes uniques, fut connue comme un lieu de fête, d’innovation, de création. Jean Tinguely y a eu son premier atelier, à partir de 1955. Il y jeta les bases de toute son œuvre, ses premières sculptures en fil de fer motorisé comme les "Meta-Herbins" et ses sculptures sonores cinétiques comme "Mes étoiles". Il y collabora avec Yves Klein et y rencontra Niki de Saint Phalle. Il s'y sépare d’Eva Aeppli, qui avait déménagé avec lui de Suisse à Paris en 1952.
 
Tinguely.jpgAvec «Impasse Ronsin. Meurtre, amour et art au cœur de Paris », le Musée Tinguely consacre la première exposition à ce réseau insolite qui faisait souvent la une des journaux. S'y redécouvrent   plus de 200 œuvres d’artistes divers :  Constantin Brancusi, Max Ernst, Marta Minujin, Eva Aeppli, Niki de Saint Phalle, Larry Rivers, Andre Almo Del Debbio et Alfred Laliberte. Le plan de l’exposition est basé sur le plan architectural d'une telle colonie non pénitencière et creuset d'un art cosmopolite.
 
Tinguely 2.jpgL’impasse Ronsin est connue aussi en tant que théâtre de l’Affaire Steinheil, mystérieux crime passionnel. Le double meurtre, commis en 1908 dans le seul grand bâtiment formel de l’impasse. Il créa des liens avec une histoire salace sur la mort du président français Félix Faure près d’une décennie plus tôt et alimente toujours la légende de l’impasse. Cet espace d’ateliers prit fin en 1971 avec le départ du dernier artiste, le sculpteur Andre Almo Del Debbio, laissant la place à la construction d'une extension de l’hôpital Necker adjacent. L’exposition du Musée Tinguely vise à refléter cette diversité d'un  lieu souvent décrit comme minable, sale et précaire, mais qui offrait aussi la liberté totale aux artistes.
 
Jean-Paul Gavard-Perret