gruyeresuisse

08/12/2020

Des bonbons pour les yeux : Samson Pollen

Samson.jpgLa galerie Daniel Cooney présente 13 peintures de Samson Pollen. Dès sa jeunesse il est considéré par ses pairs comme un réel créateur. Mais sa carrière connut un tour exponentiel en 1950 lors de la guerre de Corée où il devint l'illustrateur du "Coast Guard magazine" il allait devenir peintre mais aussi photographe de ses propres modèles (Louisa Moritz, Ellyn Burstyn et Shere Hite). Les 13 peintures furent des illustrations extraordinaires pour les "Men’s Action Magazines (MAM)" du groupe créé par Martin Goodman et de sa pléthore de titres créés entre autres pour les 16 millions de vétérans de retour chez eux. Ces publications contenaient des récits d'aventures et une noria de pin-up. C'était alors l'âge d'or de tels magazine. Et les kiosques à journaux étaient remplis de tels "bonbons pour les yeux"

Samson Polley 2.pngLes oeuvres de Pollen était bien au-dessus de la concurrence. Créant des visions accrocheuses voire racoleuses il apportait de la vie aux histoires écrites par des écrivains tels que Norman Mailer, Richard Wright, Ed McBain, Mario Puzo, etc.. Sans pouvoir bénéficier de les lire en premier et n'ayant pour tout viatique quelques lignes de leur script, Pollen a néanmoins tissé des récits visuels envoûtants pour des histoires avec des titres comme "Nights of a Nympho Nurse". C'était là un challenge que peu d'artitstes réussirent à tenir. Pollen le fit à merveille.

Samson Polley.pngVisualisant les scènes en son imaginaire, il s'intégrait à ses histoires, les vivait comme acteur à la fois éveillé et rêveur. Il créa son propre style qui s'imposa comme un courant majeur de la narration plastique populaire. Hommes virils, femmes fatales sont au service d'une sexualite particulière. Les secondes sont dangereuses et puissantes, sexuellement agressives et ne sont jamais des victimes impuissantes du désir masculin. Une telle œuvre luxuriante et picturale était conçue pour attirer l’attention, intriguer, provoquer et attiser le désir nécessaire pour inciter à la vente du magazine. Bien qu'un tel art commercial n’ait pas été accepté par le monde de l’art au milieu du XXe siècle, l’œuvre de Pollen est désormais considérée comme une expression majeure de l’art de son époque qu'elle dépasse par ce que Proust nomma "l' éternité du style.

Jean-Paul Gavard-Perret

Samson Pollen, "Action", Daniel Cooney; New York, hiver 2020-2021

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07/12/2020

L'empirique et le sensible : Josiane Dias

Dias.pngJosiane Dias, "Art Party", Espace L, Genève, du 9 au 12 décembre 2020.

La photographe brésilienne Josiane Dias vit et travaille entre Genève et New York. Son parcours passe par ces deux villes mais aussi par Tokyo et Tel-Aviv. Diverses cultures influencent son approche photographique. Elle est inspirée par le paysage urbain - mais pas seulement - et ce, à la recherche du détail inaperçu , de l'éphémère, et d'une poétique des espaces et des lieux.

Dias 2.jpgDe telles prises ne sont jamais réductibles à l’apparence. Mais elles ne se limitent pas plus au domaine du l’illusion et du trompe l’œil. Elles ne sont en rien un simple résidu sensible. Mélodieuses parfois plus âpres les formes créent des vagues de lumière. Elles mordent les âmes. Effleurements, silence, origine du tout par le peu. Les propositions plastiques deviennent des voix muettes dans les profondeurs de la lumière là où tout est trace et mélopée.

Dias 3.jpgSurgissent des visions mystérieuses en ce qui tient d’un exercice spirituel mais qui au départ prend racine dans la chair des volumes et des couleurs. Josiane Dias maîtrise, épouse les surfaces en mettant la main dessus par ses inductions poétiques et techniques. Face aux destructions du temps elle impose ses ouvertures où l’errance reste toujours axée vers la présence sourde de l’inépuisable.

Jean-Paul Gavard-Perret

06/12/2020

L'objet et sa représentation : Laurence Bertrand Dorléac.

Dorleac.jpgLe concept esthétique de "nature morte" date du XVIIème. Mais ce type de représentation, comme le rappelle Laurence Bertrand-Dorléac, remonte à l'aube de l'humanité où un dialogue commence entre une "communauté morte-vivante". La dernière exposition sur le genre eut lieu en France en 1952 sous la curation de Charles Streling comme pour en signifier la fin (apparente) au moment où l'objet était soudain montré de manière exhaustive par le naissant "Pop art".

Dorleac 2.pngL'auteure remonte le temps pour expliquer comment un tel genre est l'expression de l'émotion d'un créateur mais reste tout autant le fruit d'un temps, d'une mode, d'une idéologie. En effet, suivant les époques et les cultures, l'attachement à la représentation de l'objet est bien différent.

Dorleac 3.pngNéanmoins du VI ème au XVI ème siècle, la nature morte disparaît en Europe. Laurence Bertrand-Dorléac montre que dans ce laps de temps l'objet n'est qu'un signe. Il accompagne la figuration de Dieu et autres saints. Il faudra donc attendre 1000 ans pour qu'il devienne la glorification de l'humble et sorte l'art du monumental et de tout statut de majesté pour exprimer le sens du moindre par des "fruits classés X" éloignés d'une allégorie des dieux. La Nature Morte s'impose alors comme fétiche du fétiche et prouve que derrière la chose et sa reproduction il n'y a pas rien mais tout. Ou si l'on préfère le rien du tout, son fantôme, sa pétrification dans une sorte de défi que relève près de nous et par exemple Andrès Serrano , Jan Fabre, Jean-Pierre Formica.

Jean-Paul Gavard-Perret

Laurence Bertrand Dorléac, Pour en finir avec la nature morte, coll. Art et Artistes, Gallimard, 2020, 220 p.-, 26 €