gruyeresuisse

10/11/2020

Victor Segalen et la recherche du sublime

Segalen.jpgChacun des livres de Segalen est une rencontre : avec les autres, avec le monde,  avec des œuvres et avec lui-même bien qu'il ne cesse de se fuir. Mais pour se retrouver. C'est pourquoi les deux tomes de cette édition sont ordonnés  judicieusement par Christian Doume dans le mouvement des forces qui anime les œuvres et leurs marges au fil du temps.

Segalen 2.jpgL'exotisme s'y taille la part de lion. Mais qu'on ne s'y trompe pas. Il n'a rien ici de superfétatoire ou de platement touristique. D'autant que Segalen a horreur des écrivailleurs qui flattent le lecteur. Ordre et désordre vont ici de paire. Ou plutôt demeure l'ordre du désir contre la répétition, bref le désordre et l'inassouvissement. En ce sens l’un et l’autre nous disent la précarité et l’incertitude. Mais la beauté du monde aussi.

 

Segalen 3.jpgPrédateur de l'éphèmère contre l'effet-mère qu'il dut supporter, Segalen ne cessa d'écrire autant dans l’urgence que dans le recueillement. Le poids de l’existence en ses déplacements sont là pour que l'auteur en reste le complice. En son "apprend-tissage" il est allé au bord inespéré de vies inconnues pour éclairer l'orage par la parole et devant de multiples horizons. C'est aussi pénétrer dans un champ intérieur où se reforment d'autres rêves d'existence contre la solitude dont ses "Odes" restent le témoignage.

J-Paul Gavard-Perret

Victor Segalen, "Oeuvres 1 et 2", Editions de Christian Doumet, Bibliothèque de la Pléiade Gallimard, 2020.Chaque exmplaire 67,50 E. 62, 50 E. avant le 31. 08. 2021. Parution le 12 novembre 2020.

Aimée Hoving : l'art du portrait.

Hoving.jpgD'origine belge Aimée Hoving a étudié à l'ECAL de Lausanne où elle s'est installée avant d'être naturalisée dans sa nouvelle patrie. Elle a participé à plusieurs expositions internationales . Elle a été  entre autre lauréate du "Swiss Design Award " et a gagné le "Leenards Foundation Award". Une telle créarice attentive entretient un rapport particulier avec langage visuel dans ses traversées des miroirs

 

 

Hoving 2.jpgPrécise et douée d'un regard particulier, Aimée Hoving est à sa manière  une héritière de la peinture hollandaise et espagnole. On pense parfois avec elle aux portraits de Velásquez comme à la lumière d'un Vermeer. Ses travaux possèdent un pouvoir particulier. Car elle est capable de saisir l'immensité d'une vie en un simple cliché. L’axe des vies y oscille dans les choix judicieux de celle qui approche ses sujets avec tendresse.

Hoving 3.jpgDans ce but elle se confronte à ses propres ombres pour porter en elles la lumière. D'où la force alchimique de tels clichés. L'artiste s'attache toujours aux êtres qui ont une histoire à raconter et qu'elle rapporte selon ses propres interprétations. C'est pourquoi elle aime avant tout photographier sa famille et ses amis souvent dans leurs propres lieux de vie.

Jean-Paul Gavard-Perret

https://aimeehoving.com/

09/11/2020

Emilie Gafner : parti-pris des lieux

Gafner.jpgEmilie Gafner, après un diplôme en arts visuels (ECAV, EDHEA) la Suissesse s'est installée à Paris où elle travailla comme assistante mise en scène en cinéma tout en menant un travail artistique en photographie. A travers les années, elle a développé ses projets dans le domaine de l’image. Depuis 2017, elle vit à nouveau en Suisse.

Gafner2.jpgLa créatrice possède une manière particulière de consommer la lumière par l'art de l'ensemble et du détail.  Et ses éclairements ne sont évidemment pas de l’éclairage. La lumière «physique» est le signe d’une lumière intérieure. C’est inséparable, comme la forme spatiale qui n’est pas forme tout en étant une le demeure. Le regard est saisi par des jaillissements et tensions.

Gafner 3.jpgPar les propagations d’atmosphère nous percevons - même par fragments - l'étendue d'un espace. La notion de milieu devient perceptible. S’ensuit un plaisir intérieur d’être dans l’élément spatial. La relation au monde en est métamorphosée . Le regard devient comme l’espace: agent d’unité. Même si les lieux sont souvent rendus à leurs doutes. Ces derniers font partie du projet car ils éveillent le contact.

Jean-Paul Gavard-Perret