gruyeresuisse

15/09/2020

Alberto Vieceli : synthèse de l'acte photographique

AViecelli 2.jpglberto Vieceli, "Holding the Camera", Musée suisse de l’appareil photographique, Place, du 5 septembre 2020 au 24 janvier 2021 en collaboration avec le Festival Images Vevey (5-27 septembre 2020)

Alberto Vieceli tient à Zurich un studio de graphisme avec Sebastian Cremers. Ils proposent livres, marqueurs graphiques, vidéos, expositions et installations. De 2015 à 2019, le graphiste a collecté plus de 700 images dans des manuels, prospectus, brochures, magazines photographiques des années50 et 60. Elles sont faites pour illuster la manière idéale de tenir un appareil photographique quel qu'en soit le format.

DViecelli 3.pngans l'exposition et son montage, le didactisme initial se double d'un aspect plus ludique. D'où cet inventaire d’archives qui illustre - comme l'écrit Luc Debraine - "le conservatoire des bons gestes à l’époque de la photo argentique". Le tout dans une variation sur le même geste là les photographes eux-mêmes sont saisis parfois dans des visions innocemment saugrenues ou pertinentes.

 

viecelli.pngLe spectateur est mis au centre de l’acte photographique. Alberto Vieceli condense cet effet visuel comme le firent auparavant mais selon d'autres axes et propos Hans Peter Feldmann, Erik Kessels ou Peter Piller. Le thème du livre d'origine et désormais de l'exposition demeure donc inédit : regrouper ces images en 26 groupes (qui correspondent aux 26 lettres de l’alphabet) permet de les cataloguer et d'en constituer les chapitres harmonieux d'une déclinaison astucieuse.

Jean-Paul Gavard-Perret

13/09/2020

Nicole Hardouin : mots dits pour une maudite

Hardouin.jpgAu centre de l’échiquier des poèmes de Nicole Hardouin s'ouvre toujours la crypte de mystères. Dans ce livre ceux de Lilith et de ses prétendus péchés de chair. L'auteure n'en a cure et elle devient sa "complice" afin d'en porter la puissance du cri et des actes : clarté en deçà, obscur au-delà. Mais d’une frontière qui ne cesse de bouger. Et ce pour une raison majeure : la poétesse dé-lie son "modèle" dans un mélange de raison et d'utopie. L'égérie n'est plus seulement dans son là-bas comme l'auteure ne se contente pas de son ici même. Si bien que l’écriture s’engendre au seuil de la venue ( à savoir du retour ) de Lilith pour laquelle les mots de Nicole Hardouin ne sont pas de simples abris. Elle hisse la prétresse sulfureuse au-dessus de son mutisme. A démembrer la course du grouillement des mots, se décèle le dire du ventre de l'héroïne éternelle comme se fragmente l’émeute d’intimes rassemblements

Hadouin 3.jpgY-a-t-il un périmètre à l’insurrection ? Le corps est-il une éphémère installation ? Pour répondre les mots de la créatrice deviennent des plantes-grimpantes. De celles qui courbent les sortilèges avant que les chimères ne griffent l’ombre blanche du miroir. Mais toutefois la femme fatale revient mais pour mieux se "lover dans la planète de Vénus, refuge dans ses lumineux abysses." Les mots-talismans sont désormais présents pour sortir la monstresse de son "reflet brisé (qui) n'est plus que l'ombre blanche du silence" et tisser les lueurs de son apparition depuis l'univers mésopotamien. Ils deviennent aussi des calices pour un offertoire "théoriquement" interdit. Leurs sirops sulfureux percent les ombres. Et celle qui au sein du stupre et de la fornication palpitait d’étincelles qu'on croyait éteintes se rapproche de notre monde.

Hardouin 2.jpgFidèle à sa poétique Nicole Hardouin navigue dans les dérives des traces d’un passé dont surgissent des dentelures d'un pubis que convoitaient des sexes avides. Entre lyrisme et parfois son contraire, l'auteure rappelle que pour les femmes aussi l’amour est sensuel mais qu'elles possèdent une âme. Il est regrettable que certains hommes n’en veulent pas. Certains pour s'en tirer la cache dans la sciure d’étoiles mais c'est pourquoi, bien plus que Lilith, ils agonisent dans des lames de ténèbres. C'est comme si le chaos retournait d’où il venait au moment où la Fatale reste une force qui va. Ce qui n'a pas échappé - chacun dans leur musique - à Bataille et Quignard comme à Nicole Hardouin.

Jean-Paul Gavard-Perret

Nicole Hardouin, "Lilith, l'amour d'une maudite", préface d'Alain Duault, couverture par Colette Klein, éditions Librairie-Galerie Racine, juin 2020, 82 p., 15 E..

11/09/2020

Dave Bopp entre deux "eaux"

Bopp.pngDave Bopp,  "floating icebergs with a taste of antimatter crazy physics", galerie Mark Muller, Zurich, du 29 aout au 16 octobre 2020.

 

Dave Bopp vit et travaille à Stuttgart. Il utilise différents types de peinture analogique. Mais s'il travaille avec les ordinateurs et leurs programmes il se réapproprie l'image numérique en créant un processus de création indépendant des machines

 

Bopp 2.pngL'artiste devient  pour une part un catalyseur des développements numériques mais il les module et modère pour créer une puissance de surplus des possibilités et accélérations de telles mutations. Les oeuvres dépassent donc autant les anciens modèles que les procédés nouveaux afin de créer leur propre langage.

 

Bopp 3.pngLa peinture reste pour lui le médium qui permet plus que toute autre approche de matérialiser différentes stases de perception et de  créer un contre-feu à la représentation du réel et du quotidien. Dave Bopp  explore en conséquence l'expérience de la peinture comme pure apparence de peau mais aussi comme un potentiel important de narration et de diverses associations.

 

Jean-Paul Gavard-Perret