gruyeresuisse

14/07/2020

Mario Del Curto : extension du domaine botanique

Curto 2.jpgMario Del Curto est un photographe et réalisateur vaudois. L’idée de cette série est née il y a plus de dix ans. Après un premier travail autour de la notion de « Mondes miroirs » et les univers hors du commun d’artistes « bruts », lartistepropose un projet autour des jardins utopiques parfois étranges.

Curto 3.jpgLe créateur envisage le jardin - qui marque la volonté de l’être humain d’exercer son emprise sur la nature - comme milieu fabriqué, clos et maîtrisé. Il embrasse un tel sujet de la manière la plus vaste qui soit en une sorte d'extension de la notion même de jardin.

Pour Del Curto les jardins répondent aux grands problèmes du temps et la perte de repère et de contact avec notre environnement originel au moment où l'écosystème se transforme sous le joug des changements climatiques et la diminution des ressources énergétiques.

Curto.jpgL'artiste étend ainsi la notion de jardin et il la pousse vers ceux qui semblent les plus imprévus comme par exemple celui - botanique - de Nantes où se rassemblent sur un terrain réduit des spécimens qui ne cohabitent pas à l’état sauvage, et proviennent parfois des quatre coins du globe pour le reproduire à une échelle gérable, administrable.

Jean-Paul Gavard-Perret

Mario Del Curto : Humanité Végétale, Editions Actes Sud, 2020, 480 p., Exposition au Centre de culture contemporaine de Nantes, jusqu’au 30 aout 2020.

12/07/2020

La fantaisie insolente de Marcos Carrasquer

carrasquer 2.jpgDécouvrir l'univers de Marcos Carrasquer c'est entrer dans un monde aussi postmoderne par les thèmes que classique dans la maîtrise du graphisme. S'y retrouve - en une certaine pratique à la fois du confinement et de Durer à Daumier, toute une tradition revue, corrigée et surtout enjouée dans ce qui tient parfois d'une sorte de journal intime fantasmé et politisé. Il jouxte un certain chaos, ne l’ordonne pas mais l’atomise: ça sent l’huile rance, l'alcool, le sexe. 

Carrasquer 4.jpgOn mate ce qu’on peut dans le brouhahas des lignes mais il ne faut surtout pas aller trop vite. Il convient de savoir laisser le regard savourer TOUS les moindres détails. Cela suinte d’un gai savoir hétérosexuel parfois surjoué. Il n’y a du trop plein et du léger volontairement emphatiques. Les femmes sont appétissantes et elles auront "chose faite" de quoi s'occuper question ménage... Mais on se doute qu'elles ne sont pas venues pour un tel ouvrage.

carrasquer 3.jpgTout dans ces "vignettes"  brille de perfection par imperfections notoires. Ou si l'on préfère l'impeccabilité passe par le capharnaüm. Rien de glauque pour autant. Il y a - en cherchant bien - quelques groseilles à maquereaux. Mais les héros ne sont en rien d'un tel lignage. Ils ne roulent sans doute pas dans des berlines allemandes. carrasquer.jpgIls tournent au besoin des joints qui ne sont pas de culasse. Après trois ou quatre coïts le sommeil prend de tels don juan venus parfois du fond des âges ou de la science-fiction. Pendant les plages de veille, ils s’empiffrent devant la télé en attendant des seins lourds comme un dictionnaire en deux volumes. Bref il ont de la lecture et l'on comprend que la vaisselle va ne cesser de s'entasser dans l'évier.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marcos Carrasquer, "Et si c'est pas maintenant, quand ?", Centre d'Art Contemporain André Malraux, Colmar, du 15 juillet au 25 octobre 2020. Et en permanence Galerie Polaris, Paris.

Jean-Louis Perrot : le multiple inachevé.

Perrot.jpgPablo Betti & Jean-Louis Perrot, "Ilusion fondamentale", Galerie Rosa Turestky, Genève, aout-septembre 2020.

 

A côté des toiles monochromes du Genevois d'adoption Pablo Betti qui fait de ses monochromes un miroir de l'universel et pour lequel tout souvenir possède une couleur que l’épaisseur de la peinture laisse émerger en un «dessous» caché et chic, pour Jean-Louis Perrot la masse du fer crée un équilibre "entre l’aliénation qui cède et la force qui se régénère" comme l'écrit l'artiste. Aux formes "sacrées" du bronze de la plasticité classique font place des suites de mouvements implicites entre envol et chute.

 

Perrot 2.pngPerrot reste le sculpteur du déplacement. A coté de ses dessins plus anthropomorphes, le langage dans l'espace et au moyen du fer dépasse la démarche initiale et se dégage de tout académisme. Un dépouillement formel porte vers l'envol, la masse et au service d'une paradoxale apesanteur. Les tiges de fer tendues et oxydées créent un point de suspension entre ce qui retient et aspire. Tordant la matière comme la mémoire  surgit un multiple inachevé.

 

Perrot 3.pngEt si à l'origine il y eut chez Perrot du "bricolage", peu à peu le plasticien a épuré sa pratique par élimination de tout effet de re-présentation. L'objet devient signe plus que chose là où si le processus compte le but importe : le fer brut ou travaillé, rouillé ou grenu, transforme le monde dans une poésie des sphères.  Un défi - par l'insurrection de la matière dite non noble - permet qu'éclatent les veines de l'aube.

 

Jean-Paul Gavard-Perret