gruyeresuisse

22/06/2020

Thomas Paquet : objectif lune

Paquet Bon.jpgThomas Paquet est un artiste franco-canadien que l'on pourrait pour classer (trop facilement peut-être) parmi les minimalistes. Son approche s'articule autour des notions d'espace et de temps. Refusant la pléthore d'informations et la vitesse qu'impose le monde numérique il explore la matière avec patience et considère la photographie comme un art dont on ne peut ignorer la "façon".

 

Paquet 2.pngC'est pourquoi le film argentique est souvent au cœur de son processus de création. Il utilise des techniques alternatives (Polaroid, impressions au collodion humide, tirage à la gomme bichromatée) pour casser la représentation de la réalité.  Bref il brouille les frontières entre science et poésie, matérialité et abstraction, objectivité et subjectivité.

Paquet 3.pngSon oeuvre "Eclipse Lunaire 21-01-19" reste un exemple parfait de ce travail. Paquet passe de la perception d’un phénomène rare (l'éclipse) au fait de réellement voir ce phénomène. L’idée était au départ de capter la trajectoire de la lune pendant ce moment particulier et de traduire la dynamique du cosmos. Mais, dit l'artiste "Soudain, j’ai vu apparaître deux traits, comme des coups de pinceaux qui auraient été créés par les astres". Et ces traits deviennent l'équivalent du trou rouge sur la peau de Dormeur du Val de Rimbaud. Jaillit une illumination magique. Elle dépasse le phénoménal pour que la magie apparaisse et transcende autant le réel que l'irréel.

Jean-Paul Gavard-Perret

Thomas Paquet, "Eclipse Lunaire 21-01-19", Galerie Thierry Bigaignon, Paris, 2020.

20/06/2020

Vicky Martin et l'image "saccharine" des femmes

Martin bon.jpgVicky Martin est une photographe reconnue dans son pays d'origine (Royaume uni) comme à l'international. Son travail continue remporter de nombreux prix et nominations. La plasticienne explore l’identité et les émotions qui sont créées par ses scénarios. Ils mélangent le réel et l'imaginaire avec humour. De tels récits explorent l’attitude envers la beauté. Certains soulignent la nécessité de passer ouvre les attentes sociales, d’autres explorent comment ces stéréotypes entrent en conflit avec ce que signifie être une femme.

Martin.jpgDivers conflits entre la réalité et son fantasme forcent le regardeur à se poser des questions. Chacun y apporte ses propres perceptions et grilles de lecture. L'objectif de l'artiste est toujours le même : "Mon intention est de transmettre ces émotions et de les combiner avec des sentiments contradictoires d’ambivalence et de défi, car mon personnage est submergé par la pression sociale pour se conformer à l’idéal féminin." à travers portraits et natures mortes.

 

MarTin 2.jpgVicky Martin illustre la poursuite de cet idéal inaccessible de l’identité féminine. Dans cette série la créatrice ramène aux années 50 qui ont souvent conduit des femmes à ressentir des sentiments intenses de solitude et d’isolement. A cette époque elles ont été façonnées pour devenir "une image saccharine de la femme parfaite, de la femme parfaite et de la mère parfaite." dit-elle. Sa protagoniste et ses clones continuent de ressentir la même pression dans la société actuelle.

Jean-Paul Gavard-Perret

Vicky Martin, "(great) Expectations", www.vickymartinphoto.co.uk

Annie Leibovitz : éloge dela vie

Leibovitz.jpgAnnie Leibovitz pour sa nouvelle exposition  explore l’importance du sentiment d’appartenance au nom d'un humanisme qui s'oppose à tous les replis identitaires. Il comprend des images d’un projet réalisé par l’artiste avant la pandémie du coronavirus et des photographies récentes prises pendant le confinement. S'y mélangent portraits et photojournalisme avec humanisme et humour.

Leibovitz 2.jpgL'artiste explore en un premier pan des lieux habités par ses "modèles". N'y demeurent que des maisons vides, des paysages et des objets qui appartenaient aux disparus chéris.  Se découvrent les fleurs pressées de l’herbier d’Emily Dickinson, la surface usée du bureau de Virginia Woolf, des spécimensd'oiseaux préservés par Darwin, le squelette de serpent à sonnettes exposé sous verre sur sa table basse de la maison de O’Keeffe. Près de sa maison elle photographie aussi la petite colline rouge qui apparaissait si souvent comme un symbole monumental du sud-ouest américain dans ses peintures.

Leibo 3.jpgElle a photographié aussi pour ce projet les paysages de sa propre maison dans le nord de l’État de New York, où elle vécut le confinement. Tout cela donne un prolongement original à son oeuvre. Annie Leibovitz ne propose pas le théâtre du monde mais son double. A ce titre elle n’a cessé de répondre à l’injonction de Robert Bresson : "Emmenez moi loin de l’intelligence qui complique tout". Mais de fait son oeuvre reste un fantastique réveil pour l'esprit.

Jean-Paul Gavard-Perret

"Annie Leibovitz. Nature morte", Hauser & Wirth, New York, exposition en ligne, été 2020.