gruyeresuisse

26/06/2020

Pierre Andreani en pointillés

Andreani.jpgIl suffit de quelque lignes (en pointillés) à Pierre Andreani pour se tirer et portrait et bilan. Le tout dans une complexité inhérente à tout homme. Refusant tout laïus l'auteur va à l'essentiel. Cet exercice de brièveté peut être pris pour une précaution oratoire. Mais c'est bien plutôt un exercice de synthèse. L'homme y devient parfois sinon un porc du moins un animal peu épique.

Andreani 2.jpgSes équipées mentales ou amoureuses se sont révélées parfois du purs fiascos. Pour autant malgrè une certaine aigreur pas de quoi en faire un fromage car après tout au possible nul n'est tenu - pas plus les hommes que les femmes. Neige ou pas il arrive que chacun se prenne un sapin en pleine poire et que les lunettes (de ski ou d'aisance) servent à moins voir. "C'est voir mieux" disait Beckett. Il n'avait peut être pas tord, car après l'embolie l'embellie peu renaître. Il suffit pour cela d'en changer...

Jean-Paul Gavard-Perret

Pierre Andreani, "Embolie ou la résurrection", Editions Furtives, Besançon, 2020.

25/06/2020

L'esthétique de l'élégance : Philip-Lorca di Corcia

Di Corcia 2.jpgPhilip-Lorca di Corcia s'amuse à jouer des stéréotypes de la peinture comme du cinéma par ses photographies. Pour la réouverture de sa galerie à Paris David Zwirner présente des images tirées d’une série de onze projets éditoriaux réalisés par l’artiste pour "W Magazine" parfois publiés parfois inédits..

Di Corcia.jpgLe photographe met en scène mannequins professionnels ou des personnes rencontrées au hasard et au fil de ses voyages afin de créer des narrations pleine de surprise, ironie, glamour et histoire d'amour ratée. Le tout dans des exercices d'harmonies volontairement surfaits pour souligner le faux dans le vrai comme le vrai dans le faux.

Di Corcia 3.jpgLa vie réelle semble "cinématographiée" dans des mises en scène appuyées à la Edgar Hopper ou à la Dadid Lynch. C'est beau, intelligent, astucieux - trop peut-être. Mais avec toujours un détachement critique du réel hautement stylisé dans une parfaire maîtrise technique. Les intrigues surviennent dans la nudité de l’égarement et le déplacement du regard au delà des miroirs entre morcellements et attentes et en une succession de possibles plus ou moins douteux. A la parure fait place la sommation. C’est une dessication : une partie du réel s’éloigne et la plus belle nous revient de manière narrative et poétique.

Jean-Paul Gavard-Perret

Philip-Lorca di Corcia, David Zwirner Gakerir Paris, juin-juillet 2020.

23/06/2020

Pusha Petrov | Emmanuel Wüthrich : éphémérides

Wut.pngPusha Petrov | Emmanuel Wüthrich, "Passer", Espace d'Art Contemporain, Les Halles, Porrentruy, du 28 juin au 13 septembre 2020

 

Le jurassien Emmanuel Wüthrich expose pour la première fois la totalité de ses 18 années de travail quotidien autour du cyanotype (procédé photographique permet d’obtenir un négatif en exposant une surface photosensible aux rayons ultraviolets) dont il expose ici l'intégralité. Le septième volet du cycle "Passer" propose aux visiteurs des milliers de prises de vues d’instants uniques - un espace-temps compris entre le 1er janvier 2002 et aujourd’hui. Elles sont disposées sur deux murs de l’espace d’exposition. D'où cet immense calendrier des jours, semaines, mois, années qui donne l'impression d'une fatalité du temps précieuse car éphémère.

 

Wut 2.pngL’image obtenue - un négatif monochrome bleu de Prusse de 8x10 cm. - révèle une empreinte unique de lumière. Et ce projet, toujours en cours d’évolution, compte aujourd’hui plus de 6750 prises de vues. De telles traces témoignent du temps  en une constante universelle mais également une évocation du temps qu’il fait, ou faisait, comme un garde-fou d’une mémoire vacillante. L’artiste présente l’année 2020 dans sa boîte, exposée fermée : cette mise en scène renvoie à la période de confinement que le monde vient de connaître.

 

Wut 3.pngL’artiste jurassien a désiré collaborer avec la Roumaine Pusha Petrov rencontrée en 2019 lors de sa résidence à la Cité internationale des arts à Paris. Les deux artistes se retrouvent autour du procédé du cyanotype pour créer une œuvre originale éditée à l’occasion de l’exposition. Ils abordent une problématique similaire afin de questionner notre rapport aux objets et créer une réflexion commune autour de la notion de transmission en proposant des cyanotypes sur des courroies en cuir plates. Agrafées les unes aux autres, ces lanières prennent place au centre de l’espace d’exposition et poussent encore plus le spectateur à s’interroger sur la valeur donnée aux objets et au monde qui le cerne.

 

Jean-Paul Gavard-Perret