gruyeresuisse

19/11/2019

Juliette Pinpernelle : l'image luciole

Pimpernelle.jpg

Juliette Pinpernelle joue avec le voyeur tout en développant un érotisme festif. Soudain le corps fait son métier quasiment à découvert. Il  s'agit de tenir en entier sur les hanches. Tout est nature, lèche blizzard et loch lèvres. Pas d’oreiller pour de telles fausses confidences et un marivaudage plus sérieux qu'il n'y paraît. Là où la photographe se fait spectatrice d'elle-même mais au delà d'un simple "selfique" auto-complaisant.

 

Pinpernelle 2.jpgLa sexualité se déploie loin des espaces sacrificiels. Nous somme loin d'un théâtre de la cruauté là où la créatrice se projette dans un jeu subtil et drôle. Le corps est dans une intimité légère. Entre pudeur et impudeur. Le voyeur se voit "soumis" à  une expérience sans prétention affichée mais beaucoup d'humour et de grâce. Qu’importe alors si la vérité de l'image est un mensonge : il est ici beau et c'est l'essentiel.

Jean-Paul Gavard-Perret

18/11/2019

Le passé empiété de Mathilde Coq

Coq.jpgMathilde Coq brodeuse - et bien plus - ouvre à une démesure féminine. Ce qui n'empêche pas que sous les robes et des symboles (au besoin phalliques) se cache une petite fille et une princesse aussi. Néanmoins les princes charmants ne sont pas seuls à faire glisser les jupes des femmes. Au besoin celles-ci le font seules pour le redevenir jusqu'au bout des doigts et des ongles.

 

Coq 4.jpgExiste là une revendication à "transparêtre" dans un mystérieux miroir d’absolu et de chair. Car Mathilde Coq ose bien des audaces mais toujours de manière impeccable. Et si la pulsion fait naître des fleurs de désir l'artiste les infuse. La voyeuse ou le voyeur est dérobé au monde objectif et à elle ou lui-même. Se créent des portes et des empreintes au souffle parfois clair parfois indistinct entre le contact et la distance et de l'ordre d'un courant d’air, un passé empiété où l'atmosphère prend corps dans la chimère.

 

Coq 5.jpgSe respire la chaleur. Quant à la mélancolie elle est remisée dans une valise doublée des fils de soie de l'artiste. Agenouillée elle cherche les perles de son rire tandis que ses reins se cambrent. Et nous entrons dans un roman qui raconte un temps neuf où le plaisir du corps et de la pensée s’appellent et se ressemblent en une troublante délectation. La clé de certaines amours ouvre des vertiges. Ils chassent les nuages du lit des cieux pour les parures brodées de ciel de lit.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Marie Morel et les si reines

Morel.jpgMarie Morel a choisi de "charger" ses toiles pour faire jouer les figures en différents effets de répétitions là où les corps s'enlacent dans une animalité douce. L'amour se déconstruit et se reconstruit avec humour. Personne ici ne compte pour des prunes. Sauf celles de Cythère. L'artiste abat les cartes (dames plutôt as de coeur) et pour séduire il n'est pas besoin de plonger dans le silicone de leurs vallées et collines.

Morel 2.jpgLes muses s'amusent entre elles. Mais leurs jeux ne sont pas dangereux - sauf bien sûr à ceux qui se laissent prendre. Et ils sont sans doute nombreux. Ce que l'artiste dessine et peint laisse à la fois rien et tout à désirer. Les femmes (souvent sirènes) sont moins captives que captivantes. Elles deviennent les sujets d'images fixes où elles dansent. Et si de telles images se veulent "innocentes" c'est juste pour supprimer ce qui détournerait l’attention ailleurs que face au mythe érotique qu'elles fomentent pour le plaisir.

La créatrice ne prétend pas transformer le monde : elle se contente de suggèrer une féminitité fière de ses charmes. Elle sait les exposer de manière décomplexée. L'implicite plus que l'explicite tient lieu d’érotisme. Car à croire montrer ce que tout le monde connaît rend les images chiquées ou fausses. Il vaut mieux jouer du suggestif : à vider l’étang pour voir les poissons frétiller finirait par les faire crever.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marie Morel, "Peintures érotiques", Galerie Béatrice Soulié, du 28 novembre 2019 au 15 janvier 2020..