gruyeresuisse

23/11/2019

"Libre(s)" au CACY : donner la main dans la nuit

Cacy.pngKarine Tissot et Barbara Polla,  "libre(s)",  CACY et Musée du fer de Vallorbe et Théâtre de le Tounelle à Orbe du 23 novembre 2019 au 9 février 2020.

 

Cacy 2.pngBarbara Polla - ici au côté de Karine Tissot -  poursuit sa défense et illustration des prisonniers. Et ce, quels que soient les motifs des privation de liberté. Voire même lorsque cet enfermement semble implicite. Souvent en effet le dehors est un dedans  et les corps eux-mêmes peuvent être privés - par exemple -  de leur vrai genre. L'exposition devient une manière de "donner la main dans la nuit des êtres". Aux certitudes de la bien-pensance, fait place la fécondité de la dialectique. Si bien qu'il arrive de se demander si les asiles ne sont pas faits moins pour enfermer les aliénés que pour les protéger des agressions du réel.

 

Cacy 3.jpgLes deux commissaires d'exposition poursuivent donc la question "D’où alors, peut venir la liberté ?". Elles savent qu'il n'existe pas de réponses univoques ou définitives. Les possibles clés fluctuent dans l'espace et le temps. Et les artistes de l'exposition le prouvent.

Cacy 4.jpg23 sont réunis  dont Robert Montgomery, Laure Tixier, Céline Cadaureille, Nikos Stathopoulos, Frank Smith, Robert Gonzenbach, Giovanni Battista Piranesi. Se formalise une proximité qui est moins lointaine que beaucoup l'imaginent. "Libre(s)" devient le roman vrai de celles et ceux qui évoquent combats, vexations, humiliations, mais surtout des victoires sourdes.  Peu à peu elles émergent car l'art permet ce passage.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/11/2019

Patrick Lopreno et les reclus

Lopreno 3.pngPatrick Gilliéron Lopreno est un photographe suisse de Genève. Elève de Klavdij Sluban, il voyage dans son pays au fil des monastères, prisons, vignes, etc. Après avoir obtenu un Master of Arts en Histoire Contemporaine dans sa ville, il sest formée à la photographie au sein de l’agence de photo-journalisme Grazia Neri à Milan.

Lopreno 2.jpgEn 2010, il commence un travail sur l’enfermement au sein des prisons de Bochuz et de Champ-Dollon. Cet ensemble a été exposé sous le titre "Puzzle Carcéral"  et a gagné un Award  au 14th European Newspaper Award. Il participe, dans cette même thématique, à l'exposition "Libre(s)" au centre d'art contemporain d'Yverdon (CACY) sous le commissariat de Karine Tissot et Barbara Polla.

 

Lopreno.jpgAvec son livre "Outre Noir" il s'empare d'un autre type de réclusion : celui de la vie monacale et de la Solitude. Le titre choisi est en référence à Pierre Soulages, car les notions de lumière et d’obscurité sont essentielles et premières pour Lopreno. Toutes les images sont réalisées en argentiques et re-travaillées en post-production. Les Monastères étant difficiles d'accès, il a fallu au photographe des mois de rencontres avec les différents Abbés Principaux pour obtenir une confiance mutuelle. Il y répond par un travail de rigueur et d’intégrité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Le cadastre et le territoire : L'Almanach ECART

Ecart.jpgElisabeth Jobien et Yann Chateigné, "L'Almanach ECART. Une archive collective, 1969–2019", Editions art&fiction (Lausanne) et HEAD -Genève), 2019, 45 CHF.

 

Résultat d’une étude interdisciplinaire entreprise par un collectif de chercheurs, cette expérience éditoriale permet de plonger dans l’univers du groupe genevois Ecart - palindrome du mot "trace" qui fut fondé par John Armleder, Claude Rychner et Patrick Lucchini en 1969.

Proche de Fluxus le groupe constitua tout un réseau international de l'avant-garde avant de se dissoudre en 1982. Pour fêter ses 50 ans ce travail d'ensemble permet de comprendre comment explorer de manière inédite l’art d’une époque, ses remises en question esthétiques et ses inventions poétiques et politiques.

Ecart 3.jpgL'Almanach Ecart le prouve à travers près de 400 documents d’archives accompagnés d’une dizaine d’essais éclairant la richesse des archives Ecart. Ils sont l'oeuvre de Laura Bohnenblust, Lionel Bovier, Nicolas Brulhart, Yann Chateigné, Katarzyna Cytlak, Elisabeth Jobin, Dora Imhof, Adeena Mey, Émilie Parendeau et Reiko Tomii.

Ecart 4.jpgCes textes illustrent et analysent comment "Ecart" - s'appuyant sur l'art conceptuel et le minimalisme - s'ouvrit à la multidisciplinarité en proposant expositions, performances, concerts, conférences.

Armleder et les autres tentèrent de lutter contre les lois du marché, la recherche de moyens alternatifs de production et de diffusion ou encore la place et le rôle de l'auteur. Cette recherche alternative passa entre autre par les publications et mail-art dont le livre fourmille d'exemples. Il s'agissait de réviser les démarches artistiques, leur moyen de création et de diffusion dans ce qui devint un espace original interactif et collaboratif.

Ecart 2.jpgTout fut donc fait d’"écarts" bouillonnants, aussi drôles que glissants, sérieux qu’impertinents. Il y eut là un matelas de publication et une "matelathématiques" de propositions contre l'inertie. Il ne s'agissait pas d'expliquer les ressorts de l'art mais de les faire sortir afin que surgissent des bonds de dedans à travers propositions, calculs, dispositifs et actions. Et ce, pour transformer la tiédeur de l'art en surchauffe

Jean-Paul Gavard-Perret