gruyeresuisse

24/11/2019

Arabesques et cambrures : Juliette Pailler

Cailler 2.pngBretonne d'origine,  Juliette Pailler vit dans les Alpes depuis longtemps et vient d'ouvrir une galerie à Chambéry. Elle y propose ses bijoux : pièces multiples ou pièces uniques. Ces dernières sont des broches formées au marteau avec la technique de la dinanderie et illuminées par l’application de feuille d’or, d’argent ou de laque.

Pailler.pngTous ses bijoux, de forme organique ou architecturale, accordent à l’éros un destin particulier et subtil. L'artiste orfèvre en pertube l'économie par le minimalisme de son travail des surfaces et des tiges. Chaque pièce sort de l’instrumentalisation décorative. L'artiste la modifie en simplifiant les «informations » visuelles.

Pailler 3.pngL’apparence, ses feintes et vraisemblances sont remplacées par ce qui tient du spectral ou du symbolique. L'artiste revient aux formes primales. Portées, ces oeuvres s'animent tout en atténuant ce qui inutile. Le bijou n'est plus seulement une arme de séduction ou un fétiche. Il peut se porter sur une peau nue.

Jean-Paul Gavard-Perret

Juliette Pailler Galerie, Rue Basse du Chateau, Chambéry.

Rinny Gremaud et Mathieu Bernard-Reymond : de l'obscur à la lumière

Gremaud 1.jpgRinny Gremaud et Mathieu Bernard-Reymond, "Splendide", galerie Heinzer Reszler, Lausanne, du 30 novembre 2019 au 11 janvier 2020

«Comment savoir quand nos sens doivent se reposer ? À partir de quand en a-t-on marre de voir, d’entendre, de sentir ?» Telles sont les questions sur lesquelles s’arriment Rinny Gremaud et Mathieu Bernard-Reymond dans leurs mises en scène ou en abîme. Elles prouvent que lorsque  "le mal de l'image est fait" il est toujours possible de rebondir. Et les deux artistes proposent des moyens de faire redémarrer leur système.

Gremaud 2.jpgIls l’activent au nom de connaissances et de souvenirs. Celui par exemple d'un vieux pin. "Chaque année, je disais à mon frère : « Dis donc, il penche de plus en plus cet arbre. »"  Il a fini par tomber. Dans sa chute il a ouvert un trou de plusieurs mètres. Et par de tels anthrax il arrive que s'ouvre un imaginaire. Si bien que pour les deux artistes chaque objet devient l'objet d'une fuite dans le cosmos par tout un jeu de lumière impressionniste et expressionniste. Il y a là des collines et des galaxies où le regard se perd.

Gremaud 3.jpgC'est une manière de remonter l'espace entre les temps anciens et les avatars et aventures de la technologie moderne. Des objets anodins dans des parures d'étoiles créent un espace où temps et lieux se mêlent en des déflagrations poétiques optiques. Les plasticiens inventent leur propre ordre dans l’attente d’une assomption ou de la cassure. Et, après tout, qu’importe le sens ? Nulle direction à prévoir : il s’agit de réagir à l’instinct avec le peu qu’on sait et que le temps accumule à mesure qu’il accélère jusqu’au moment où sa sédimentation est emportée avec le vivant. Cela n’a rien de « farcesque » (Montaigne) mais devient la preuve que l’obscur crée la lumière

Jean-Paul Gavard-Perret

10:05 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

23/11/2019

Valérie Horwitz : une forme de liberté

W.pngValérie Horwitz, in "LIBRES", Cacy, Yverdon du 23 novembre 2019 au 9 février 2020.

Grâce à ses interventions pédagogiques en milieu carcéral Valérie Horwitz a créé plusieurs séries : "Peines mineures" (2019) et auparavant "Couleurs B", "L'image, le monde" et "Fragments d'ombres". L'artiste - que Barbara Polla a su remarquer dans ses recherches sur la prison - est intervenue au quartier des femmes mineures des Baumettes (Marseille) en 2017 d'abord pour appréhender le contexte puis créer un atelier photo sur plusieurs mois.

W2.pngUne détenue d'origine serbe - Samantha - est devenue le vecteur de son travail. La photographe s'est mise à son écoute comme de celles qui sont souvent, par leur culture et valeurs, bien diférentes d'elle. Pour les "dire" elle sait "donner plus de place au corps. Le corps qui fait signe, le corps comme langage". Chaque image devient un instant capturé (mais libre) en particulier dans la cour de promenade : "pas de surveillantes, moins de contraintes d’espace, et une lumière naturelle. Les filles s’adossent au barreaudage pour profiter des derniers rayons de soleil".Valérie Horwitz et ces jeunes femmes parlent de leurs corps. Il est d’abord question de respect et de croyances puis d'appels à la liberté.

W3.jpgAvec Samantha elle se livre à un dialogue photographique où le corps de la détenue, sinon se libère, du moins se déploie. Cela vaut tous les discours. Aux marges du privé et de l’érotisme la photographe poursuit une quête paradoxale. Elle saisit les reflets dérobés au fond de la caverne des femmes prises dans des filets. Elle est capable de mettre une grâce dans leurs formes afin de rétablir leur charme clôturé par l'enfermement et une sorte de disparition. Le tout dans un travail d’empathie afin de saisir ce qui échappe.

Jean-Paul Gavard-Perret