gruyeresuisse

25/07/2019

Lionel Vinche : rougets de l'île

Vinche.jpgLionel Vinche et André Pieyre de Mandiargues, Fata Morgana, Fontfroide le Haut.

 

La brève nouvelle inédite d’André Pieyre de Mandiargues prouve que la littérature peut toujours aller plus loin en traitant le sujet apparemment le plus anodin. Le maître du surréalisme a trouvé en Lionel Vinche un sacré compagnon d'inconduite entre les eaux plus ou moins profondes et les marchés continentaux (lyonnais dans le cas présent).

Vinche 4.jpgLa connaissance poétique bascule dans la déraison que cultive les deux créateurs. Ils font plier la pensée de courts-circuits en courts-circuits et  traversent les eaux mentales ou usées pour atteindre un fond inconnu dont les images sont les alluvions. Elles élargissent la compréhension et l’intellect là où la poésie a déjà fait le ménage pour traquer un monde lumineux et drôle loin de toutes les piges mystiques héritées de Platon.

Vinche 3.jpgAvec Vinche le regardeur apprend à se perdre et se retrouver même lorsque le rouget rejoint la solitude et qu’il doit l’adopter comme on adopte un jeune chien au poil frisé. Il existe peu de peintures aussi vivifiantes. Surgit une dynamique dans cette façon de faire surgir le réel dans ce qui le lie au dépouillement en une texture particulière, aussi drôle qu’indicible et sans noyer le poisson.

Vinche 2.jpgLe beau texte de de Mandiargues est magnifié par la scansion personnelle de l'artiste. Son approche ouvre une extrapolation à l’alchimie du verbe, ses suspensions d’ellipses et la farce dont le hors champ permet paradoxalement de pénétrer cette intrigue. Quite à enduire le rouget d'une sorte de mascarat.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/07/2019

Les dérisions représentatives de Jean-Frédéric Schnyder

Schnyder 2.jpgJean-Frédéric Schnyder, Galerie Eva Presenhuber, Zurich, du 1er septembre au 5 octobre 2019.

Jean-Frédéric Schnyder (né en 1945) reste un des artistes suisses contemporains les plus importants. Il est connu sur la scène internationale au moins depuis "Wanderung", un cycle de peintures petit format montrant des vues d’autoroute (Biennale de Venise, 1993). Il a entamé son travail artistique dès la fin des années 1960, en fabriquant d'abord des objets opiniâtres et fantastiques en fil de fer, bambou, étain ou céramique propres à suggérer des cultures populaires et des contes.

Schnyder 3.pngL’exposition propose un voyage à travers ses oeuvres. Elles déconcertent par leur dérision et les jeux qu'elles engagent sur le sens de leurs monstrations. La peinture comme Volonté et comme Représentation entame soudain bien des détours. Les œuvres sont le plus souvent des petits formats et zn séries. La technique semble le fait d'un amateur naïf tant elles sont "mal" peintes en des palettes plâtes, pâles. S'y retrouvent des références à Van Gogh, Anker, Hodler voire Malévitch.

Schnyder 4.jpgParfois certaines séries rappellent la peinture la plus surfaite et décorative (chiens , couchers de soleil, paysage) volontairement kitsch et onirique dans laquelle derrière les petits chalets de la forêt apparaissent les signes d'un champignon atomique, d'une croix gammée  pour créer le désenchantement ironique. Tout repose sur le décalage entre ce qui est représenté et le protocole choisi. Dès lors le regardeur est obligé d'engager une réflexion sur ce qu'il voit afin de cacher ce que de tels "clichés" suscitent. Existe là toute une critique de la peinture et du monde.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/07/2019

Les cycles cosmiques de Robag Wruhme

Whrume.pngLa musique de Robag Wruhme (du moins dans ce dernier album) surprend par l'apaisement quelque peu austère qu'elle procure. Il y a loin de celui qui sous le nom de "Machiste" était au début des années 2000 au firmament de la house music minimaliste avec l'album "Wuzzebud KK" (Wighnomy Brothers).

Après son "Thora Vukk" (2011), Robag Wruhme se dirige vers un genre qui mélange ambient, house et IDM. Sans trop de sophistication dans la production (même si elle est particulièrement soignée), ce nouvel album se veut (et reste) avant tout diaphane, nostalgique au sein parfois d'auto-remix ("Volta Copy") et des relectures (d'Oxia entre autres). Wrhume 2.jpgExiste là des formules contagieuses aux sonorités mystérieuses qui déplacent les lignes de ce qui s'entend dans l'électro. Là où le compositeur sait que trop de notes les tuent et qu'il ne convient pas au penchant de suivre les chemins battus où l'on sait où la musique mène en ne faisant que se répéter.

Surgit un espace-temps captivant. Il échappe aux courants majeurs du temps  selon des formules qui creusent le silence pour sauter dans une sorte de vide sidéral proche de l'anticipation où des sons étranges viennent le disloquer. Ici la musique ne court pas le monde : elle emporte bien plus loin au sein de l'étendue muette des espaces infinis que les claviers et synthétiseurs viennent prendre à revers là où rien n'est forcément calé ou coulé dans le marbre. Robag Wruhme abandonne toujours les formules fanées pour découvrir du neuf et la beauté musicale reste toujours bizarre.

Jean-Paul Gavard-Perret

Robag Wruhme, "Venq Tolep", Pampa Records / Bigwax, 2019.

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