gruyeresuisse

28/07/2019

Antonia V. Baramova : l'image la plus nue

Baramova 2.jpgReprenant l'idée de Valéry ("ce qu'il y a de plus profond dans l'homme c'est sa peau") Antonia V. Baramova propose un visage sans visage de la nudité sous le mode le plus minimaliste qui soit. A chaque regardeur (plutôt que voyeur) d'interpréter ce qu'il voit. La photographe ne cherche pas à prouver : elle propose des lignes et des surfaces de "réparation" qui sont des "marges" à suivre. La nudité telle qu'elle apparaît ici efface le temps ou le retient.

Existe une magie suprême d'une face cachée mais lumineuse d’avalanche ou d’Ascension incarnée que l’artiste sait comprendre sans s’en emparer, traduire sans la réduire, mettre à nu sans déflorer. Renaît la lutte - entre les corps et le Corps, le monde et les mondes, entre l'Esprit et les esprits - un désir peut-être de réconciliation entre vues et voyeurs.

Baramova.jpgAntonia V. Baramova nous plonge dans des univers fluides, des féeries froides mais sans doute brûlantes. En ce minimalisme plastique et narratif une ligne suffit à l’horizon. Autour des effets de gaze, s'inscrit une image au-delà de l'image, une image cherchant le sens de la Présence. Un rien «dénaturalisée» l’apparence apprend à se méfier de sa propre séduction. Le «réalisme» ou plutôt la figuration rapproche inconsciemment d’un souffle de l’amour dont on ne saura jamais rien sinon ce que la photographe en suggère.

Jean-Paul Gavard-Perret

27/07/2019

Les abbés gores de Labégorre

Labégorre.jpgLes portraits "religieux" de Serge Labégorre ne seront pas pris en odeur de sainteté. Par leurs figurations, papes, évêques et autres dignitaires suggèrent des âmes troubles, souvent perdues et certainement secrètes. Les visages, les postures et les mains trahissent ce que les êtres sacrés cachent d'impitoyable. La piété : ils l'ignorent. Sous les apparats de leur pompe les prélats sont des fauves. Ils soignent tous leurs (im)postures mais leurs visages les dénoncent.

 

 

Labégorre 2.jpgCeux qui viennent trouver la paix de l'âme seront surpris. Qu'ils fassent comme les visiteurs de l'Enfer de Dante : renoncer à tout espoir. En ce sens la peinture de Serge Labégorre est impitoyable. Un abbé assis sur une sorte de banc des accusés reste impassible. Nul regret pour ses fautes commises. La dissimulation est évidente. C'est un verrouillage de maison close.

 

 

 

Labegorre 3.jpgChaque dignitaire se contrôle comme il le peut tel un expert en dessous de table dont Labégorre esquisse parfois le plateau. Les cardinaux sont au mieux impuissants au pire, sous leur visage cireux pas le moindre signe vertueux. Le crucifié est soumis au même régime sec. Son visage ressemble plus à celui d'un des deux larrons du calvaire qu'à l'image christique "officielle". Le visage est sans grâce et c'est peu dire. Ailleurs, il regarde assommé la cruauté et l'ignominie de ses mandataires aux fragrances secrètes. Et avec son "Evêque noir" le peintre nous propose moins un saint qu'un tueur. Il y a là de quoi satisfaire Francis Bacon tant par la forme que le fond. Ici le monstre noir avance encore vers nous face avec ce qui lui reste de force. Courage, fuyons. Le dard d'un tel faux bourdon peut piquer encore.

 

Jean-Paul Gavard Perret

 

Serge Labégorre exposera en 2019 en Haute Savoie puis sera celui qui inaugurera  "La Maison Forte", Vallée de l'Arve

26/07/2019

Brigitte Lutzenberger : l'espace et le silence

Lustenberger 2.jpgBrigitte Lutzenberger, Galerie Christophe Guye, Zurich

Brigitte Lutzenberger est née à Zurich. Après un master en histoire de la photographie dans sa ville natale elle a obtenu un second master à la Parsons New School of Design de New York en photographie et média. Elle s'intéresse aux jeux d'absence et de présence par différents effets d'interpénétrations, d'effluves et elle explore de la sorte des thèmes tels que la mémoire, la mort et leurs états transitoires.

Lustenberger.jpgReconnue dans son pays comme à l'étranger Brigitte Lutzenberger crée par ses scénographies une oeuvre forte en résonnance au poids des corps ou des choses (fleurs entre autres) et leur fantôme ou aura. Elle a déjà exposé au Musée de l’Elysée de Lausanne, à Berne et Lucerne (Kunsthalle), à Cologne et au Centre International de Photographie de Milan. Lauréate de plusieurs grands prix elle poursuit l'élaboration de ses techniques.

Lustenberger 3.jpgA travers ses expérimentations elle crée un univers fascinant entre le baroque et le classicisme. Mais les genres (nature morte, nu, portrait) sont réinterprétés dans divers types de captations à la fois fluides et complexes. L'artiste sort l'image de l'image par évacuation de son sens premier par ses reprises qui accordent de l'étrangeté là où des sortes de voiles donnent de la gite aux présences. L'espace et le silence transfigurent les apparences. Nous sommes soumis à un régime particulier de la perception des images  : elles semblent courir devant nous vers une limite qui semblait ne pas pouvoir être franchie.

Jean-Paul Gavard-Perret