gruyeresuisse

15/06/2019

Les lapins levés de Claudia Comte

 

Comte.pngClaudia Comte, "Bunnies and ZigZag", Galerie Joy de Rouvre, Genève du 16 mai au 29 juin 2019;

 

 

 

Comte 2.jpgLa jeune Lausannoise Claudia Comte s'intéresse à la mémoire des matériaux et de ce qu'ils cachent parfois après plusieurs milliers d'années. Elle tire du marbre immergé ou du bois flotté ou fossilisé des formes que parfois elle scanne ou reprend en trois D. afin de leur donner une nouvelle vie. Par l'imaginaire de la créatrice elles deviennent des formes premières de notre monde au moment où il subit des agressions encore jamais connues jusque là.

Comte 3.jpgSon approche est aussi minimaliste que ludique afin de proposer d'étranges totems sans tabou à la fois par la sculpture, la peinture ou des installations multimédias. Le langage des choses trouve là une nouvelle grammaire. Les lapins levés ont de belles oreilles. Mais Claudia Comte refuse les débordements intempestifs. Ils ne seraient que des fuites ou des facilités, bref des défauts de langage. En ce sens existent des noces blanches plus que des messes noires en un jeu dans le zig et le zag. Il n'a néanmoins rien de factice ou de frelaté.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Je ne vois que toit (XLVIII)

Divoy bonbon,bon.jpgGambergerie

 

Toute réflexion faite je m’étiole. Quand je le dis à Pépette elle feint la surprise. Mais depuis qu'elle m'a retrouvé elle soigne ma décrépitude et ma fin. Comment lui en vouloir ? C'est sa matière de se venger de tout le mal que je lui ai fait. "Allons, allons un peu de nerf" dit-elle en sortant de son sac viennoiseries ou gâteaux secs. Et d'ajouter : "C'est moi qui les ai faits". Elle croit sans doute me rassurer. Mais un goût acide laisse préjuger des substances mortelles qu'elle ajoute en secret.

Divo suite.jpg"Mange, mange" répète-elle-elle. Je m'exécute sans me faire prier tandis que in petto elle récite la sienne en espérant que le glyphosate fasse son effet. L’estomac plein j'ai la bouche pâteuse. Lorsqu'elle reste nous nous enfermons jusqu’au lendemain chacun avec ses rêves. Dehors des chiens crèvent et à l'étage du dessus un jeune couple s'envoie en l'air, tandis que du dedans ses gâteaux me désherbe. En bonne âme et infirmière elle patiente, attendant la trépas de celui qui fut son assassin en herbe.

Divoy suite 2.jpgNous adorions les champs où nous gardions les vaches en réfléchissant à tout et rien et rêvant de l'amour. Par inadvertance nous y avons succombé comme deux enfants ivres. Mon état d’innocence fut donc entravé par une autre nécessité d'autant qu'à ma demande elle me montra si souvent ses affaires que les miennes finirent en feu. Enfin vous voyez ce que je veux dire. Mais sitôt fait elle a pleuré de rage et de dépit. Mon halètement lui fut insupportable. Ce n'était pour moi que le premier chapitre d'un roman sans importance. Je faisais mes gammes mais à l'époque bien chanter m'importait peu. Je souffrais de bronchite avec plein de petits sifflets.

Lhéo Telle (aka Jean-Paul Gavard-Perret).

Photos de Michèle Divoy.

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14/06/2019

Tristan Lavoyer : art et cinéma

Lavoyer.jpgTristan Lavoyer, "Ulysse l'handicapé", Quark, Genève, mai-juin 2019.

Tristan Lavoyer explore la part encore en cours des relations entre l’art et le cinéma. Ses images racontent ce qui est resté en des suites ou une mémoire d'un mythe pour en relever soit de l’utopie de certaines amnésies ou de divers types de ses "symptômes". C'est aussi la manière de changer la fonction du cinéma pour l'obliger à composer avec d'autres histoires et mediums qui dépassent les cadres historiquement admis. Le tout dans le but de provoquer la coexistence d’un temps historique (celui d'Ulysse) avec la période contemporaine.

Lavoyer 2.jpgIl s'agit moins de créer de nouveaux objets que de les réinventer en les distordant au moyen d’une histoire reprise, déboîtée. Lavoyer crée son propre "cinéma d’exposition" ou "troisième cinéma" dans une déflagration du présent dans le passé et vice-versa. Le spectateur est contraint à quitter la salle de cinéma et son dispositif pour une généalogie troublée de la représentation déplacée en lieu d'exposition. L’imaginaire est au service d'une transition fluide entre deux époques nettement différenciées dans ce qui tient ici à la fois de dénis de l'histoire d'Ulysse mais aussi de sa sur-vivance par les dispositifs artistiques et filmiques.

Lavoyer renoue avec une dimension performative en rapprochant l’entre-deux qui sépare les médiums jusqu'à transformer un mythe littéraire en métahistoire là où le temps prescrit d’une séance plus ou moins collective, est remplacée par une autre expérience de perception et de mémoire.

Jean-Paul Gavard-Perret