gruyeresuisse

20/06/2019

Je ne vois que toit (LV)

Divoy.jpgL'"a" quand ? là où ?

 

Il faut chercher le petit "a" de l'amour dans le corps de la femme. Il cause le désir. Néanmoins sa propriétaire attend de l'homme des mots pour le dire.  De l'aleph jusqu'à z. Mais depuis que le malaise dans la civilisation (le père n'existant plus et la castration s'évanouissant) a changé d'objet, bricoler l'âme-son ne suffit plus à faire discourir le pécheur en eau trouble ou limpide. L'objet prend le pas sur l'essentiel. Ce n'est plus le symbolique qui est important, mais le bijou, la perle du culte. Ravie sans appâts rances elle captive. Captive d'histoires d'O elle ravit. Poisson (rose) s'envole. Puis s'endort dans le lit de la rivière ou dans le bocal sur le buffet. Qu'importe s'il pleure, nul ne voit pas ses larmes.

Lhéo Tell ( aka Jean-Paul Gavard-Perret)

Collage Michèle Divoy.

 

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Et l'Europe découvrit Ray Charles

Charles.pngCet album est plus qu'un témoignage précieux. Il marque une date dans l'histoire non seulement du jazz mais de la Pop que l'artiste annonce à sa façon dans ces quatre concerts donnés à la fin  de quatre soirées  du festival. Chacun à sa couleur, son âme : le deuxième est approximatif et le troisième parfait.

Charles 3.jpgLe maître de ce qu'on appela la "Great Black Music" est au sommet de sa forme. Le jazz "pur" glisse avec lui vers le blues, la soul, le funk. Le "Genius" est déjà une star aux USA mais son arrivée dans son tour européen lui donne une nouvelle dimension. Et les 4 CD montrent toute l'énergie, la voix puissante et les accompagnements qui donnent à ces sessions un caractère d'exception même si la voix de Charles est encore en formation et ne connaît pas les déchirements plus tardifs.

Charles 2.jpgTout amateur de musique Jazz et/ou Pop sera captivé par ses 4 versions qui s'enrichissent de morceaux inédits et de guest stars. Ray Charles captive et séduit. Les albums sont chauds. Ils sont indispensables aujourd'hui comme hier. A savoir au moment où l'Europe s'emballe pour "What'd I Say" et où l'artiste quitte le label Atlantic et le jazz hot pour ABC-Paramount en s'orientant vers un public plus large. Ici, et dans la pinède d'Antibes, un piano, un orchestre à la Count Basie (dont un standard est systématiquement repris en début de concert)  et les fidèles Raelettes accompagnent une voix incomparable que la Suisse allait découvrir quelques semaines plus tard à Genève et Zurich. Elle ne cesse de troubler et d'émouvoir soixante ans plus tard.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ray Charles in Antibes 1961, Frémeaux et Associés, Vincennes, 2019, 4 C.D.

Je ne vois que toit (LIV)

Bloy 2.jpgDurassique parque

 

Selon une tradition, aimer donne la vocation à jouir dans le pas tout pateux. Et nous voici renvoyé au ravage durassien : être ravi(e), capturé(e). Pour la femme amoureuse il s'agit d'"amer" (selon le néologisme lacanien) l'âme en attendant que l'absent attendu lui donne rien. C'est d'ailleurs ce qu'il lui accorde. Elle en est comblée. La voici rendue vivante loin de l'adhésif qui la collait au corps de l'autre.

Bloy.jpgElle fait donc quelque chose du rien et transforme la solitude en une manière de se "mêmer" dans l'autre. Phallus vs solitude si l'on peut dire. Et la voici devenue (dixit toujours Lacan) "hommo-sexuelle". Elle n'attend plus d'être aimée ou ratrappée de désir par la queue. Preuve que le rien ne se pratique que pour lui-même dans sa traversée. Il s'agit d'attiendre à l'inconsistante comète de l'ex-stase. Bref d'exister et ne plus se faire le mauvais sang. Soyons toutes et tous la "femme pauvre" de Léon Bloy qui donnant tout, orchestre sa condition littérale et tue la culpabilité passé, présente et à venir. 

Lhéo Tell ( aka Jean-Paul Gavard-Perret)

Photo de Sylvie Harberberg-Aflalo

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