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13/03/2019

La religion de l'apparence : Giancarlo Botti

Botti.jpgGiancarlo Botti (1931 - 2008) a su photographier celles et ceux qu'on nomme désormais « people ». Il a saisi la vie privée (ou presque) des stars des années 60-70 : Romy Schneider, Bardot, Jeanne Moreau, Gainsbourg et bien d'autres. Maître des narrations photographiques léchées il remplaça le réel par un songe.

Chaque acteur et actrice deviennent des matières des rêves du regardeur. Chaque photo est un ex-votos capable d’édulcorer la crasse du réel.

 

 

Botti 2.jpgTrop vraie pour être prise comme argent comptant une féerie fait racine en des scénographies plus ou moins paradisiaques.

L'artiste cherchait moins une vérité qu'une manière de répondre, par l'apparence, à l'attente du voyeur qui se pollinise à de telles visions. Entre autres lorsque les Eve du star-système se dépouillent de leur "feuille". Elles deviennent des médaillons en fleurs ou des cierges d'un genre érotique qui nous sortaient pour un moment de la médiocrité du réel. Y prendre plaisir ne mangeait pas de pain. Ou si peu. Et apaisait des peines.

Jean-Paul Gavard-Perret

Chronique d'un silence : Jean-Claude Bélégou

Bélégou.jpgLe photographe Jean-Claude Bélégou oppose à juste titre les eaux dormantes et courantes. Au flux des secondes et "leur large respiration de lumière qui traverse et irradie le paysage tout alentour" s'opposent les premières, tapies "dans des dépressions, souvent clos d'arbres et buissons, envahis d'herbes, feuilles mortes, joncs". C'est pourtant un lieu de gestation et d'existence sourde car si elles appellent "les noyades silencieuses que l'on raconte aux soirs d'hivers" en jaillit une lumière là où la passivité apparente fait le jeu du songe et de la paix. Elle commence à couler dans les pensées.

Bélégou 3.jpgCertes de telles mares obscures sont sources de mélancolie mais elles confèrent une sagesse propre à un espace fait pour les moments où la solitude et le silence confèrent une paix. Le miroir stagnant devient une fenêtre sombre de l'âme en souvenir du passé.

 

Apparemment rien ne change, tout s'enfonce. Sur les rives indécises le temps s'arrête. Les arbres et buissons confèrent des couleurs profondes à l'espace "du dedans". Les rêves n'ont pas besoin d'autres lieux. Au "fleuve d'oubli" de Baudelaire répond l'écran placide de la présence. Bélégou en soliste s'y fait virtuose des cloîtres de la nature. Ils répondent aux champs des questions,  trouvent des réponses. Elles ne font pas de vagues mais sont à la limite immédiate du mystère dont le fond reste inconnu. Il ne faut pas y jeter des pierres : elles rideraient son évidence.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Claude Bélégou, "Le silence des eaux dormantes". Voir le site du photographe

12/03/2019

Crad Kilodney : de la volupté (enfin presque)

KILODNAY 3.jpgCrad Kilodney fut un écrivain du genre clerc obscur. Il savonna les planches où la décence croyait se reposer. Ses héros ou héroïnes - même coincés du bas du corps comme du haut de l'échelle sociale - ont très vite mal à leurs animaux (du moins ceux qu'ils cachent à l'intérieur d'eux-mêmes). La conformité à lkilodnnay 2.jpga morale catholique, romaine ou luthérienne est tournée en ridicule. Elle semble parfois remonter le haut de son nez et certaines bretelles jusqu'à ce que reprenne aux hommes l’envie de recommencer.

 

 

Les corps s’enfoncent dans les bois dormants mais restent éveillés. Et c'est peu dire. Le pouvoir de lévitation de certains ustensiles leur donne un statut de tireur d'élite et de jardinier des mousses tendres.Un flux les fait glisser des grands lacs canadiens pour rejoindre l'océan des voluptés. Les contes (tirés du recueil "Suburban Chicken Strangling Stories") scénarisent autant des hauts de coeurs que des toisons pubiennes. Des uns aux autres le chemin est relativement bref.

 

Kilodnay.pngDes couples illégitimes portent des pantalons de smoking ou des robes de dentelles pour swinguer du valseur avant de jouer les Fregoli ou Grüss dans des alcoves. Fini le temps où ils étaient trousseurs sur banquette arrière de Ford d'occasion. Crad Kiloldney met la gomme pour montrer combien chacun rue, lit-gote, composte, taurée, salive le point G dans ses contes X. Des Sissi impératives s'enflamment jusqu'à ce que le sperme roux coule des Falstaff enfarinés.

Jean-Paul Gavard-Perret

Crad Kilodney, "Trois Contes", Traduits par Philippe Billé, Cormor en nuptial, 2019, 64p, 15 E., 2019.