gruyeresuisse

30/10/2018

Dunia Miralles la Sorcière bien aimée

Miralles.jpgDunia Miralles, "Folmagories", L'Age d'Homme, Lausanne, 2018.

"Cumulatrice de paradoxes", Dunia Miralles auteure, metteur en scène, performeuse, offre aujourd'hui de petits plaisirs soupoudrés de souffre. Le conte fantastique lui permet de poursuivre la recherche de ce qui se cache dans les plis de l'inconscient. Après "Swiss Trash", "Fille facile" et "Mich-el-le, Une femme d’un autre genre" (qu’elle a également adapté au théâtre) la punkette de la Chaux de Fond paufine un univers fantastique.

 

 

 

Miralles 2.jpgChaque texte devient un fol asile, une maison de coucous. S'y mélangent entre la réalité et le merveilleux (ou l'horrible), sorcières, vouivres, feux-follets, diables mais aussi d'autres chimères moins opaques (quoi que...). En hommage à la littérature magique et morbide qui a endiablé sa jeunesse (Andersen, Stephen King, Poe, Baudelaire... ) l’auteure retrouve et tricote (mais pas au point de croix) ses sujets de choix en un mixage d'angoisse, de folie (amoureuse - et pas seulement).

 

 

Miralles 3.jpgIl s'agit pour la créatrice de brouiller les cartes qui donnent l'atout en exercice de liberté. Les Vénus venus d'ailleurs brûlent d'amour sauvage pour le Taureau, le démon n'est pas une bête mais un être qui glisse son esprit dans l'instinct. C'est un principe actif comme tous ceux que la créatrice affectionne pour détruire la conformité des dogmes. Une fois de plus elle montre son dégoût de l'ordre et les idées qu'il recouvre. Sa littérature est un ailleurs : la porte qui y mène est le feu des enfers intérieurs.

Jean-Paul Gavard-Perret

29/10/2018

Gene Mann : la fureur et le silence

Mann.jpgGene Mann, "Archéologie du silence", Galerie Aubert Jansem, Carouge, du 3 novembre au 23 décembre 2018. 

Gene Mann crée de manière compulsive - « maladive » comme aurait dit Duras. Et c’est bon signe. La créatrice ne peint pas pour décorer mais pour s’emparer du silence. Elle sait que ce qui se prend pour lui dans l’être est traversé de monstres mais aussi de désirs. A l’absence elle préfère la présence sourde. Elle jaillit en bouillonnements hétérogènes et hybrides dans un jeux de narrations intempestives.

Mann 2.jpgLa créatrice prouve comment l’art joue, raconte, mute en des œuvres qui apparaissent parfois comme des rêves éveillés et utopiques, parfois comme ses cauchemars. L’artiste y assume son instinct de compétition et d’ambition même s’il génère des angoisses qui servent de vecteurs de création. Elle rappelle aussi que des fantômes planent toujours sur les civilisations – et c’est pourquoi son travail est aussi apprécié en Europe (Suisse) qu’en extrème-orient (Japon). Face à eux elle active sans cesse sa liberté de faire dans une pratique de l'ouverture extrême jusqu’à introduire une philosophie en image dans l’art.

 

Mann 3.jpgLa peinture devient l’expérience et mémoire du corps. Gene Mann enduit ses blancs de maculations signifiantes sans jamais écraser le désir. Les traces giclent et se déclinent en couleur,  ou en noir et blanc pour rythmer l’espace de zébrures, de valves & vulves. L’infante du silence plutôt que d’esquisser une anamnèse, offre un travail en expansion où la  communauté du silence se transforme en opéra de formes que – tel un compositeur – l’artiste donne à entendre

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

28/10/2018

Christian Gonzenbach : répétitions et variations

Gonzen.jpgChristian Gonzenbach, « Appareil Reproduction », Art Carouge, 3-4 novembre.2018/

Pour Art Carouge Christian Gonzenbach crée une installation monumentale sur la place de Sardaigne. Il s’agit d’une machine/sculpture moins « célibataire » qu’il n’y paraît puisqu’elle permet de fabriquer des sculptures. L’ « Appareil reproducteur » est formé de poutres massives assemblées dans un mécanisme simple. Il permet en la manipulant de transformer le regardeur en créateur selon un travail de manutention qui va à l’encontre de ce que les techniques virtuelles du numérique et des imprimantes 3D proposent.

Gonzen 2.jpgA travers cette énorme structure de bois  ( et l'artiste n'en est pas à son coup d'essai) se produit un retour à des gestes primitifs et jouissifs. Ils permettent de réviser les concepts de création, d’œuvre originale. Le geste que propose cette machine capable de permette la production d’une œuvre unique pose en outre la question de sa valeur. En conséquence Gonzenbach brise bien des rapports admis et mélange des données offertes comme irréductibles. Elles sont redistribuées dans le jeu de la répétition et de la variation ?

Gonzen 3.jpgCe nouveau médium aussi obsessionnel que parfaitement cohérent par sa potentialité recycle en quelque sorte de manière ludique l’histoire des formes. Elles acquièrent un statut original. Plutôt que d’exceller dans le type purement conceptuel, l’artiste propose donc une expérimentation avec des subordonnées multiples. L’œuvre est fascinante, poétique, drôle et intelligente. Se produit un échange avec le public. L’art pour autant ne bascule jamais dans l’à-peu-près d’un simple actionnisme. Ce qui en sort dégage de l’étroitesse des genres et pourrait faire l’objet d’un magasin de curiosité.

Jean-Paul Gavard-Perret