gruyeresuisse

11/10/2015

les cerveaux vulnérés de Jan Fabre

 

Fabre.jpgJan Fabre, Sacrum Cerebrum 7 novembre 2015 8 janvier 2016, Art Bärtschi & Cie, 24 rue du Vieux-Billard, 1205 Genève

 

Les fulgurations de Jan Fabre touchent les bords des représentations afin que la raison raisonnante défaille. La sculpture sous prétexte d’impeccabilité commune perd ses repères mais le « message » reste clair : atteindre des espaces ignorés et iconoclastes. L’artiste avance par sauts successifs dans le cerveau comme dans le sacré demandant toujours davantage à l’impossible à l’art à la fois par une dérive spéculative et un corps à corps avec le réel comme avec l’histoire des images. A sa manière Fabre lui offre un contrepoint fascinant.

fabre 2.jpgPlutôt que de caresser un lyrisme crépusculaire l’artiste mord les énigmes selon une lumière que tout regard imaginait si mal ou si peu. L’œuvre devient une cosa mentale dans tout un jeu de correspondances qui ne se perdent jamais dans le rêve. Elles surgissent là où la mort se montre et où le feu se soulève. Reprenant des images saintes Jan Fabre les mutile non sans grâce et beauté et en une atmosphère d'amour ravagé, un immense Chaos sans faire de son travail une œuvre militante. La légende religieuse est dans l’œuvre  comme la viande dans l’argile. Elle demeure sans bouger, tressaille dans l’immobilité. Tout est clos et pourtant tout éclate de manière impie, drôle et coruscante en illuminations terrestres intempestives. Une fois de plus cette exposition rappelle que Jan Fabre s’impose dans le cercle des créateurs majeurs capables de dire la nuit du religieux et le jour du monde là où la création devient un chant ravageur et orphique.

Jean-Paul Gavard-Perret

09/10/2015

Dieu n’existe pas, je l’ai rencontré

 

Savary.jpgLouis Savary, « Je suis poète. Ite Missa Est », Editions les Presses Littéraires, 2015, 15 E.

Pour Louis Savary, Dieu, brillant par son absence, est donc partout même « sous le paillasson »« il cherche la clé du paradis ». Nul ne sait s’il le voudrait terrestre mais le doute est plus qu’obligé tant les plaies de l’Humanité s’agrandissent en son nom. Preuve que « Dieu / est un loup / pour l’homme ». Mais pas pour le poète. Ce dernier sait que la déité « est née / du désir de l’homme / elle ne s’en remettra jamais ». Et l’humanité sans doute non plus même si elle essaie certains péchés de chair dont Savary rappelle le risque :  « N’essayez jamais / de tripoter une religieuse / Dieu ne supporte pas / qu’on trousse ses servantes ». Et ce même si l’homme espère la résurrection des seins.

Savary 2.pngDès lors qu’importe s’il le divin existe ou non. Qu’importe aussi l’impénétrabilité de ses voies. Elles continuent à faire fantasmer plus d’une et plus d’un. Et c’est bien là le problème : quand « l’obscurantisme / gagne du terrain / l’image de Dieu / reprend des couleurs » et impose sa gravité.  Fantasme ou non Dieu n’aime pas le rire et encore moins qu’on se moque de lui. C’est pourquoi à l’heure où l’on vaticine interminablement sur la notion de blasphème  Savary met les pendules à l’heure et tous les croyants d’accord. Chez lui la divinité n’a pas de casaque. Elle demeure celle - quel qu’en soit le plastron - dont certains attendent tant de futur mais elle reste une machine à emmagasiner du passé.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

14:34 Publié dans Humour, Lettres | Lien permanent | Commentaires (0)

08/10/2015

Ivresse et pesanteur : l’érotisme selon Erwin C. Dietrich

 

 

Dietrich.jpgErwin C Dietrich au LUFF, 14-24 octobre 2015, Librairie Humus, Lausanne.

 

 

Erwin C. Dietrich fut dès les années 50 un producteur et réalisateur de films ainsi qu’un écrivain. Le natif de Saint Gall a multiplié en tant que metteur en scène ou scénariste des œuvres « particulières » presque exclusivement érotiques et reléguées - parfois à tord parfois avec raison au rang de série B ou X. A partir de la fin des années 60 elles connaissent un certain succès voire un succès certain. Citons « Le ranch des nymphomanes »,  « Le corps et le fouet », «  Sexe au ventre », « Gretchen sans uniforme »,  « Greta la tortionnaire », «  Les aventures érotiques de Robin des Bois ». Sous divers pseudonymes  ( dont Manfred Gregor, Michael Thomas) il a réalisé ou produit lors de ses grandes années jusqu’à 10 films par an et a permis l’éclosion de réalisateurs tels que Jess Franco ou Antonio Margheriti. Le premier n’a pas hésité à le nommer «  le Roger Corman européen »…

 

Dietrich 2.jpgLe Luff propose une exposition d’une trentaine d’affiches de ses films érotiques et d’exploitation qu’il a produits ou réalisés. Le tout  rendu possible par les collections communes d’Ascot-Elite, de la Cinémathèque suisse et de la Fondation F.I.N.A.L.E. (La Fondation Internationale d’Arts et Littératures Erotiques). On peut  rire d’un rire sardonique face à de tels films et leurs affiches. Mais celui-là n’est rien d’autre qu’un tremblement face au dérangement que propose l’œuvre. Par l’érotisme elle a  néanmoins pour fin de nier la mort par un tel jeu. Il dépasse pour Dietrich toute autre activité puisque comme l’écrivait Bataille « La clarté point dans la parfaite ténèbre ».  Touchant à la mystique du péché, le créateur en a fait sa tasse de thé car il sait combien beaucoup y laisse leur temps et leur pensée. L’humanité entière  et voire jusqu’aux abstinents y sont engagés.

 

Jean-Paul Gavard-Perret