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15/12/2014

Franz Erhard Walther : bandes et sarabandes

 

 

 

Walther 3.jpgL’œuvre de Franz Erhard Walther se déploie entre sculpture minimaliste, art conceptuel, peinture abstraite et performance. L’artiste multiplient manières et matières en impliquant le corps dans de multiples variations et comme « réservoir de possibles ». La réflexion du créateur s’articule sur la question de  ce qu’une oeuvre d’art peut faire comme de ce que l’on  peut en faire - au-delà de son apparence et de sa nature. Dans ce but le plasticien multiple les tensions. Le tissu par exemple est une matière malléable et « architecturante »  qu’il façonne par pliage, dépliage, habillage des formes. Selon Walther  le textile  facilite l’appropriation physique de la sculpture et offre un « retour au point de départ, où rien n’a de forme et où tout recommence à se former ». Walther 2.jpg

 

Le tissu représente donc un processus d’apparition, d’émantation, d’ordre et de possible chaos. Le créateur à la fois  y rassemble le monde et le défait en un principe de discontinuité plus heureux que douloureux où tout reste ouvert et possible.  L’image engendre une sorte ivresse : elle emplit l'espace par une poétique particulière et en mouvement. L’assaut de l’être ne cesse de rebondir par lambeaux et pans physiques. En de telles « scénographies » les corps deviennent des acteurs dans un « actionnisme » qui n’a plus rien de délétère ou mortifère. La vie bouge par bandes et sarabandes et selon divers flux.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret


L'œuvre de Franz Erhard Walther visible jusqu'au 15 janvier 2015 au Mamco.

 

06:03 Publié dans Genève, Images | Lien permanent | Commentaires (1)

13/12/2014

La matière et les mots : Anouchka Perez

 

 

 

 Perez.jpgAnouchka Perez perce bien des remparts pour faire jaillir des images nues. Elles creusent le regard comme la fumée les poumons. S’y respire un lointain proche pourtant. L’œuvre produit des brèches géométriques à travers l’espace. Emane un plaisir inexpliqué par divers déplacements en épures.  Le geste de la création permet d’investir l’espace sans l’occuper totalement. Il y a là un cri, un lamento. Il semble échapper à la gravitation de l’attraction terrestre ou du sens. L’artiste emprisonne moins qu’elle ne délivre entre capture et liberté, embrassement et syncope, symétries et perspectives. Tout se joue dans le champ de l’ambivalence. L’espace est poétique dans son  déroulement comme dans ses bandes.

 

 

 

Jouant avec les mots comme avec les matières, Anouchka Perez les fragmentent, les superposent. Si bien que l’œuvre en ses différentes tensions traverse l’art conceptuel et minimaliste, la philosophie et la poésie. Dédié au signe ce travail le dépasse en diverses  permutations où le mot lui-même (« Support » par exemple) permet de penser la matérialité de l’art, sa technique, son énergie selon une perspective proche de celle d’un autre artiste suisse : Peter Wuttrich.

 

 

 

Perez 2.jpgLe signe et la matière sont détournés, découpés, dépecés, démontés et deviennent les éléments de constructions décloses. Installations, images inventent une conceptualité drôle et sérieuse. L'apparence n’est plus écorce, enveloppe, carapace. Elle devient catapulte au sein d’un jeu de rôle complexe. On ne sait plus qui est quoi, quoi et qui. L’image d’abri de l’être devient une auberge espagnole et  à la belle étoile. Anouchka Pérez ramène donc à un art quasi rupestre mais avec légèreté et fun. Ses propres mots, leur montage font ce que généralement ils ne font pas. Leurs mouvements sous un autre horizon se mêlent aux tressaillements de l’espèce et font rêver d’un orgasme durable.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

Anouchka Perez, En Suspens, Cabanon, Lausanne, 2014.

 

 

 

12/12/2014

Sonia la Lynchéenne

 

 Kacem.jpgSonia Kacem & Pedro Wirz, Screening Basel, Sonia, Güterstrasse 271, Bâle, décembre 2014.

 

Sonia Kacem crée des espaces fascinants dont l’aspect conceptuel renvoie néanmoins à un effet narratif souligné parfois par certains titres des installations de ses vidéos (ou de ses installations). De tels travaux peuvent faire penser à des sculptures froides et à une vie héroïque mais perdue. Néanmoins l’art reste conceptuel : y domine le langage mais il existe un équilibre entre lui et un référent. Les œuvres surgissent comme des énigmes. Une certaine froideur et distance induites par la mixité culturelle et le mouvement incessant des expériences de la créatrice domine pour suggérer une vision profonde du monde. Pour Sonia Kacem l’objectif reste toujours le même : faire de l’image un accès à la conscience afin de voir « pour de bon ». La plasticienne cultive pour cela urgence et patience en un labeur incessant. Proche du cinéma d’un Lynch elle fait preuve d’une énergie rare afin de proposer des images volontairement nues, volontiers « passives » et à la beauté mystérieuse dans un concentré aussi paradisiaque que violent au sein d’une forme de  dématérialisation. L’œuvre est à suivre absolument. Et de plus en plus. Une grande artiste est entrain de naître

 

Jean-Paul Gavard-Perret