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01/12/2014

Petit manuel pratique de l’intempérance selon Marie-Laure Dagoit

 

 

 

 Dagoit bon.jpgMarie-Laure Dagoit, « Entretien des lingeries », Editions Derrière la salle de bains, 2014.

 

 

 

 

Pourquoi avoir inventé les dessous sinon afin de signer leur union avec un absolu terrestre dont la clarté se marie à l’obscur ? Encore faut-il en prendre soin. D’où la nécessité du livre de Marie-Laure Dagoit. Il devient un manuel d’usage aux intempérantes qui abusent de leurs charmes par effet de voiles. Ils se « dérobent » afin de suggérer ce qu’on ne saurait voir. Voire… Mais tout dépend du bon usage pour les entretenir. Il faut choisir l’homme qui les tache comme le teinturier qui leur donnera l’apprêt afin de les remettre à l'ouvrage et au service du péché pour (faire) succomber à sa tentation. Le vice sans doute les détachera ou les épluchera pour rejoindre l’  « Universal » technicolor qui lui est dû. Preuve que le plaisir vient aussi de ce qui s’interpose entre l’être et son infini provisoire. Il résiste à l’usure avant que se cueillent les fruits défendus.

Jean-Paul Gavard-Perret


 

 

 

 

 

Les métamorphoses d’Elisabeth Eberlé ou les maisons des limbes

 

 

 

 Eberlé 2.jpgD’un trou de taupe l’artiste zurichoise sort une comète aux spasmes blancs dans la crinière brune. Selon diverses techniques d’impressions et de translations aux obsessions nocturnes la plasticienne ramène aux secrètes lumières insolites. Des empreintes sur des vergers des brumes créent des corridors de clarté de formes aux identités abyssales à deux dimensions : l’une intime, l’autre océanique. Une transparence passe au suraigu et un fantôme noir au manteau de braise rend l’ombre moins profonde.

 

 

 

Eberlé.jpgRestent des maisons des limbes, des espaces chancelants (inapprochables ?), des lueurs d’ornières où ressurgit un réel sauvage mais dont le végétal trouve une nouvelle dimension. Stries et pelotes sortent du goudron sombre pour atteindre  l’aube des contrées de l’informe. Fleurs brèves d’un jardin noir, empreintes écloses au bord glacé de l’ombre. Tout y est.  S’agit-il d’un miroir d’angoisse ? Non. Il s’agit plutôt d’une sorte de nostalgie de l’irréel en chute libre au fil du temps. Tout passe au noir du noyau des horloges. L’irrésolu se révèle hors pathos en d’étranges rondes ou châteaux. Reste la lumière obscurément promise en des retours noirs ruminés par le blanc.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

09:06 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)