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23/03/2014

Jérôme Richer et la littérature en mouvement

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Richer 2 bon.jpgDe Jérôme Richer : « Mon corps dans la bataille »,  « Nous sommes vivants », « Si t’es venue à Limoges  pour critiquer t’aurais mieux fait de rester en Suisse », «  Je me méfie de l'homme occidental (encore plus quand il est de gauche », « Une histoire suisse ».L’œuvres est publiée aux éditions Campiche et Alna et l’écrivain  poursuit une activité de metteur en scène. Sa compagnie est en résidence au Théâtre Saint Gervais à Genève.

 

 

 

 

 

 

 

Ecrire ne sauve rien, pourtant il suffit de quelques textes, de quelques poèmes pour faire le bilan ou tout au moins le point sur une vie, sur sa trajectoire. Jérôme Richier le prouve à travers sa propre écriture, ses lectures-performances comme avec ses ateliers. Avec « Mon corps dans la bataille » - montages de textes anciens ou inédits d’autofiction - l’auteur met en mots et en scène les contradictions du monde qu’il porte (comme chacun de nous) en lui.  Ce travail est présenté dans la région de Limoges jusque dans des milieux carcéraux  ou des écoles. Ce texte est relié à des ateliers d’écriture où  l’artiste propose des prises de parole des détenus et des écoliers pour mettre en voix le monde et tenter des rencontres.

 

 

 

Richer.jpgIl arrive que par oxydation de la langue, la littérature - en marche et en marge - torde le coup à la vision platonicienne des "choses".  Que tout passe par la langue est en effet ici important : il ne s'agira pas à coups d'évènements, de vignettes ou d'images de se rincer l'œil et de rendre la lecture apaisante sous forme d’onguent. Surgissent le regard des homme sur des femmes, des femmes sur les hommes et des deux sur le monde. Dans la caverne que creuse et habite l’écrivain et dramaturge  le corps s’impose désassemblé puis reconstruit avec  sa part maudite et ses larmes d'Éros mais avec ses joies aussi. Dès lors la littérature n'induit plus l’appel (vain) à une sorte d'éternité mais à une fragilité, à quelque chose d'éphémère où l’être finit par se mouvoir et bouger.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Fabian Marti : irréfutables masques

 

 

 

 

marti.jpgChez Fabian Marti de la tête il ne reste qu’une coque. Elle ondule entre la tradition africaine et la science-fiction. Son appendice nasal, sa bouche comme ses orbites font des efforts pour se montrer encore dignes de l’espèce humaine mais ils en deviennent les ornements mélancoliques. Depuis longtemps de tels hybrides ont ravalé leurs dents de sagesse. La chair tenant mal de coup elle est traversée d’impeccables prothèses. Si bien que le « blair » aguerri de l’homme de base est tombé dans l’oubli comme s’il s’était gobé et son absolu supposé avec. Un œil est parfois sobrement embroché pour être en connexion directe avec le vide goulu. Aucune contre-offensive n’et donc à craindre de tels compagnons ou miroirs. Ils servent d’écluses à des circuits autant archaïques que cybernétiques. Sidérée par l’implacable destinée de ce qu’ils sont devenus, en invalides de guère leur résignation n’exclut pas une certaine beauté d’après le déluge. Elle est fort éloignée  de celle des  filles des barrières mais qu’importe. Faisant sourdement la nique à tout possible exploit et le regard barré par une horizontale terroriste de  telles figurations prouvent qu’elles sont le résultat d’une abyssale erreur de direction et de dévolution. Le créateur s’en amuse. Ses conglomérats aux résolutions numériques permettent des retouches pour les aligner aux circonstances dégagées de toute naïve normalité. Leurs perspectives complexes qui pourraient le cas échéant nous dépasser. Il se peut même que ce temps soit arrivé.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 


 

11:59 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

22/03/2014

Les surfaces éclatées de Tobias Madison

 

Madison BON.jpgTobias Madison, Kusnthalle, Zurich.

 

 

 

A la suite deBeuys  Tobias Madison cherche à incarner la manière dont la matière elle-même  travaille la réversion figurale et la logique habituelle de l'imaginaire en transformant le support-toile comme l'espace d'installation en de véritables lieux " morphogénétiques ". L'œuvre est à la fois proche et étrange. Car ce qu'on appelle  " toile " ou "espaced"  se met à "flotter", à fluctuer sans indiquer le passage du fantasme à son reflet imité. La surface ou le volume  se dévoilent de manière plus éloquente que lorsqu'ils sont simplement "tendus", dressés. Ils ne peuvent plus être le territoire de l'illusion sur laquelle le leurre de l'image vient se placer. Des "débris", des "crans", des blocs surgissent des "cris en trombes lentes " comme l'écrit Michaux dans " La vie dans les plis ".

 

 

 

Madison bon 2.jpgLe soyeux et le lissé laissent place à l'accident. Il devient l'ornement de ce qui jusque là servait de support à l'ornement. Tobias Madison propose donc mieux qu'un lifting aux surfaces et volumes. Ils ne sont plus les crucifiés intouchables sujets à un  culte de piété faciale. Ils éclatent pour  s’ouvrir sur un immense inconnu propice à de nouveaux délices. Par la déformation l'artiste parvient comme l’écrit Beckett dans " Le Monde et le Pantalon " à une "malfaçon créatrice voulue". La toile, la sculpture, l'installation vont donc vivre de leurs morceaux en leurs disjonctions inclusives afin d'aller chercher chaque fois un peu plus loin la lumière à travers des loques. Elles "inter-loquent" le spectateur, elles le sortent de l'idéalisme de la clôture et du fermé.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret