gruyeresuisse

30/09/2021

L'âme à tiers 

Oeufs.jpgSouvent les amoureux se débattent non sans ambiguïté en préférant le réduit de leur cage à la coquille de la prétendue pureté. Que leurs Parques soient prenantes ou blêmes n'est pas leur problème. Chez eux l'un est père OK, l'autre mère courage - sans cela l'âme à tiers de  l'amour est soluble dans ses larmes.
Une élémentaire absence de vertu doit laisser espérer qu'un mâle au trou ou une mémélusine sorte son histoire d'amour de toute terreur mystique. Car ce qui nous habite n'a rien à voir avec un dieu sauf à penser qu'en volatile nous possédons une spiritualité.
ame.jpgSortant d'une sexualité hermaphrodite et auto-suffisante, l'oiseau jaillit parfois  pour passer du paroxysme de l’idéal à l’abîme des sens avant que les effets se retirent ou qu'ils reculassent et qu'importe le joint de culasse.
Qui ne peut honorer ce qui s'ébroue sous la phanère ou l'aigrette dans l'espoir d'une certaine brouette  rappelle que bien des raies alitées font des succès damnés. Ils renvoient à deux chaos : celui de nos marais, celui des nos étendues continentales.
A une virgule près, ils nous rappellent que sous effet d'un émoi langoureux et quel que soit notre sexe nous sommes "en territoire, conquis" mais jamais "en territoire conquis". A nous de faire avec. Accouchons de nos chimères.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

16:00 Publié dans Humour, Lettres | Lien permanent | Commentaires (0)

Les évaluations affectives d'Eva Zornio

Zornio 3.jpgEva Zornio, 'Life lives in gaps / La vie vit dans les vides, (avec Eve Chariatte, Axelle Stiefel et Anaïs Wenger), E.A.C. Les Halles, Porrentruy, du 4 octobre au 28 novembre 2021.

 
Zornio.jpgEva Zornio a créé "affective evaluation" (Æ) en 2018. "Entité fictionnelle et fonctionnelle à géométrie variable", Æ enquête sur les relations  biologiques, sociales, politiques, philosophiques, affectives et fonctionne selon un mode basé sur des notions de performativité et d’interaction. Le tout fondé sur différents dispositifs : la start-up techno scientifique, l’unité de recherche en science affective, le centre de soin ou encore l’accueil des publics dans les institutions culturelles.
 
 
Zornio 4.jpgDéveloppant le champs des sciences affectives et afin de connaître les possibilités du corps, cette exposition permet d'interroger de quelle manière s'appréhende une oeuvre d’art, comment l'expérience esthétique est liée aux affects et de voir s'il est possible d'en mesurer la trace physiologique par la plasticité. Plusieurs travaux ont déjà été menés, dont notamment l’"Etude sur l’empathie" à la Fondation Ricard en 2019. Avant de pénétrer dans l’exposition, les visiteurs étaient invités à répondre à un questionnaire afin d’appréhender les œuvres à venir. Analysées, les données récoltées ont ensuite été transformées.
 
 
Zornio 2.jpgPour la première exposition solo de la créatrice,  elles apparaissent sous la forme de graphiques dépouillés de toute légende. Imprimés sur de grande plaques transparentes, leur matérialisation semble hésiter entre big data et peinture minimale. En une telle mise en scène ce qui constitue des indices d’expériences passées : un fauteuil à bascule démesuré, un portrait de l’artiste en Directrice exécutive. Ce mobilier déplacé de travers révèle les accidents, les aberrations et les déséquilibres qui sont généralement oblitérés lorsque les discours et faits scientifiques sont rendus publics afin d’être "fonctionnalisés" et normalisés.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

29/09/2021

Tony Conrad : surveiller et punir

Conrad.jpgTony Conrad (1940-2016) par la musique, cinéma, vidéo, peinture, enseignement ou encore média-activisme, interroge institutions et codes culturels normatifs et autoritaires en maniant cadrage,  montage,  perspective.  Existe là une critique et offensive radicale pleine d’humour qui échappe à toute classification et ce,  depuis le début des années soixante.
 
Conrad 2.jpgPeu connu du grand public Tony Conrad s'est voulu  comme antithèse des positions de Andy Warhol qui avait dit « qu’à l'avenir, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale ». Il commença dans le collectif musical Theater of Eternal Music qui réunissait  La Monte Young, Marian Zazeela, Angus MacLise et John Cale du Velvet Underground. Mais très vite il s'en éloigne pour explorer le champ du cinéma expérimental. Avec l’humour qui le caractérise, il poursuivit sa réflexion sur l filmique en faisant subir aux pellicules de celluloïd vierges diverses « cuisines » : frits, cuits, marinés ou en Sukiyaki, etc.
 
Conrad 3.jpgEn parallèle, sa série des "Yellow Movies" (1972-1973) lui permit de faire converger son obsession pour l’expérience de la longue durée et ses expérimentations cinématographiques. Ces grands aplats de peinture à la laque blanche bon marché sur papier et aux proportions d’écrans de cinéma sont destinés à jaunir avec le temps et considérés par l’artiste comme des « films » au potentiel de durée infinie. Il s'est engagé ensuite dans une critique des médias dans un esprit d’activisme social. Puis il se lance dans une forme d’unification et de relecture de la totalité de son propre travail. Il donne des concerts ou des conférences dans le monde entier, redimensionne d’anciens travaux tout en s’engageant dans différentes nouvelles séries d’œuvres. L’exposition du MAMCO se propose de retracer ce parcours d’activisme exceptionnel.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Tony Conrad, Exposition, MAMCO Genève, du 6 octobre 2021 au 30 janvier 2022.