gruyeresuisse

31/07/2021

Sybil Albers : retour aux sources

Albers 3.jpg"The collector Sybil Albers", exposition (curation Beat Wismer) et édition (Ines Bauer), galerie Mark Müller, Zurich, du 5 au 26 aout 2021.
 
Passionnée par l’art de son temps, Sybil Alber - décédée en 2019 -  a toujours défendu la création contemporaine.  Au fil du temps elle a constitué une collection à la fois exigeante et ouverte avec l'artiste suisse Gottfried Honegger qui fut son compagnon pendant plus de 40 ans. Elle le rencontre au début des années 1970 et s'installe avec lui à Paris. Elle travaille à la galerie Durand-Dessert où elle découvre les œuvres de Hans Haacke, Mario Merz, Alan Charlton ou François Morellet. L'amour de l'art et l'engagement de Sybil Albers ont été déterminants dans la création de l'Espace de l'Art Concret.
 
Albers 4.jpgLe couple commence alors à acheter des tableaux. Leur collection particulière s'enrichit tout aussi bien de grands noms de l'abstraction géométrique que d’œuvres de jeunes artistes. Le design y tient également une place essentielle, témoignant de la conception démocratique de l'art  et de ses implications collectives et sociales. Durant les trente années au cours desquelles s'élabore la collection, Sybil Albers ne cesse d'explorer des voies qui, selon elle, correspondaient à une évolution nécessaire. Deux artistes femmes marqueront particulièrement son parcours  : Aurèlie Nemours et Marcelle Cahn.
 
Albers 2.jpgComme le rappela la collectionneuse en 2003, quelques mois avant l'inauguration du bâtiment de la donation Albers-Honegger à Mouans-Sartoux, celle-ci  "est le message que nous aimerions laisser à tous ceux qui ont des yeux curieux. Nous sommes persuadés que l'art, finalement, n'est pas un capital privé, mais le miroir d'une société et c'est pour cette raison qu'une collection de cette importance doit être publique." L'oeuvre retrouve en Suisse le temps de l'exposition un de ses lieux d'élection.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

30/07/2021

Henri Lefebvre : petite fabrique sonore pour un détachement

ours 1.jpgC'est après avoir découvert "Études aux objets 2"de Pierre Schaeffer et "Prologue 3 "de Gérard Grisey, que Lefebvre a écrit ce texte en s'inspirant d’un procédé musical. Passant de ce genre  à la poésie l'auteur transpose forcément les objets dans la scansion d'un chant particulier de la Renaissance nommé "neumes". L'auteur fait parler par ce biais un "corps bavard qui se raconte".
 
Ours 2.jpgL'accumulation dans ce long poème prend un sens particulier. L'auteur, inspiré librement par le neume, en privilégie l’idée de "silhouette mélodique". Dans ce texte chaque bloc de mots, numéroté de 1 à 45, l'auteur "répond à un neume qui renvoie à un détail ou deux se rapportant à la femme détachée" et par essence inaccessible.
 
Ours 3.jpgLes 45 neumes deviennent les éléments de son portrait en une succession de reprises. "Chaque  mot écrit est un mot prononcé et je corrige ensuite le texte jusqu’à obtenir ce que j’appelle le « bon son », c’est-à-dire le son que je ne regrette pas, qui me semble juste, qui épouse le bon rythme. Moins par élégance que pour une adéquation sonore." précise l'auteur. Le tout dans une histoire en cours mais qui ne sera jamais une histoire concrète d'amour. Tout demeure en état d'abstraction en écho au plus abstrait des arts (si l'on en croit Schopenhauer) : la musique.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Henri Lefebvre, "Neumes", L’Ours Blanc n° 30,  Éditions Héros-Limite, 2021, CHF 5, 24 p.
 

29/07/2021

Les chérubins démoniaques Karlheinz Weinberger

Karl 2.jpgKarlheinz Weinberger est un photographe suisse autodidacte et engagé d'abord magasinier chez Siemens. À l’origine, ce photographe amateur en charge du photo-club de l’entreprise réalise, sous le pseudonyme de Jim, des images pour la revue masculine Der Kreis. En 1958, il entre en contact avec des bandes de Halbstarke - « loubards » zürichois. Il photographie méthodiquement ces exclus de la société suisse allemande fascinés par Elvis Presley et James Dean, et les étudie à la manière d’un ethnologue, avec empathie, curiosité et respect.
 
karl 3.jpgCette jeunesse "adopte" celui qui s'intéresse à eux.  Un par un, en couple ou en groupe, ils posent ostensiblement devant l’objectif, fiers de leurs signes extérieurs de révolte. Dès lors Karlheinz Weinberger photographie l’ouvrier immigré, et plus encore, l’exclu et le réprouvé. Son oeuvre est un  hommage sans fin à toutes les formes de liberté. Elle définit des zones de résistance et de plaisir.
 
Karl.jpgExiste aussi dans son travail une des premières prises d'images homoérotiques de rockeurs, de motards, d'ouvriers du bâtiment et d'athlètes, dont beaucoup occupent des postes en dehors des normes sociales. C'est pourquoi son oeuvre demeura longtemps ostracisée ou reléguée au rayon gay des sex-shops avant de connaître une reconnaissance plus que méritée entre autres à travers des expositions à Bordeaux et en Arles.
 
Jean-Paul Gavard-Perret