gruyeresuisse

30/06/2021

Yvan Leclerc : Flaubert par l'image

Flaubert bo,,.jpgLes albums de La Pléiade dans leur méthode immuable possèdent un mérite essentiel. Et cette nouvelle version de celui consacré à Flaubert n'y déroge pas. C'est une manière de recouvrer son univers que l'auteur pris soin de recouvrir eu égard à son idée de l'art et de la littérature. Dès lors le livre permet de montrer ce que Flaubert préservait en se et nous préparant à autre chose
 
 
 
Flaubert 2.jpgConçu par le meilleur spécialiste actuel de l'auteur de "Madame Bovary", il corrige certains "manques" de l'oeuvre ou plonge dans ses réserves. Certains estimeront que de telles images ne gardent que "la mauvaise mémoire" de l'homme et de  sa quête humaine et littéraire.  Mais penser ainsi serait une grave erreur. Surgissent forces et faiblesses de l'auteur et de sa vie. Si bien ques les images réunies ici font ce que les mots de Flaubert ne disent pas.
Flaubert 3.jpgFaute - apparemment - du soleil de l'oeuvre son créateur mûrit néanmoins en de tels miroirs. Yvan  Leclerc permet de saisir l'écrivain avec d'autres considérations et met à jour certains registres qui lui ont été retirés : le théâtre et les travaux de jeunesse (publiés par Flaubert enfant sous le titre d'"Oeuvres complètes")  par exemple. C'est sans doute pourquoi l'image visuelle qui était si décevante pour Flaubert acquiert ici une aura particulière. Elle est propice à la grandeur de l'auteur de "L'éducation sentimentale" en révélant certaines de ses hantises et plaisirs au grand jour.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Yvan Leclerc, Album Flau­bert, 189 illus­tra­tions, Biblio­thèque de la Pléiade, Gal­li­mard, mai 2021, 256 p.-, sous cof­fret illus­tré.

Le bel hier de Florence Delay

Delay.pngFlorence Delay réussit une nouvelle fois sa recherche du temps perdu. Il y a là des balades et des bains de soleil. Le tout avec légèreté.  Cet été infuse sur la terrasse de Miradour avec ça et là des départs vers Bayonne, Hasparren et autres lieux. Il est évoqué avec rigueur là où le bonheur passé semble innerver le présent à mesure que celle qui fut une Jeanne d'Arc inoubliable à l'écran scénarise sa famille, ses rituels joyeux et ses secrets.
 
Delay 2.jpgLa maison de famille, transmise de père en père, redevient le nid du clan pour un temps à l'ombre d'un père aussi savant qu'écrivain. Rien ne semble pouvoir bouger. Le présent fait le jeu du passé comme pour assurer l'avenir. Tout est dit avec circonspection et tendresse. Si bien qu'un tel roman devient un ovni tant son auteure se fait discrète et incisive dans une qualité d'attention qui n'est plus de saison mais qui donne au livre une jeunesse éternelle.
 
Delay 3.jpgLe récit donne racine à une germination qui cultive le refus de réduire le Miradour  à un simple signifiant d'un lieu reçu en héritage. L'auteure dans un travail de recueillement paradoxalement le transforme. Elle ne prend pas la posture de maîtresse du lieu mais d'évocatrice de ceux qui pendant une saison le font vivre chaque année. Elle en respecte leur énergie et leur temps propres dans sa recomposition poétique.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Florence Delay , "Un été à Miradour", Gallimard,  2021, 112 p., 12 €.

28/06/2021

Olafur Eliasson à la fondation Beyeler : l'oeuvre au large

Eliasson  1.jpgLorsque Sam Keller, le directeur de la Fondation Beyeler et Olafur Eliasson ont parlé pour la première fois de l’exposition, l'artiste a pensé :  "Pourquoi n’invitons-nous pas tout le monde au spectacle ? Invitons la planète – les plantes et diverses espèces." Car l'artiste depuis  début des années 1990, s’intéresse à la perception et aux conditions cognitives et culturelles qui la façonnent. Pour lui la vie  commence par une rencontre active avec elle et sa perception.
 
Eliasson.jpgDès lors l'exposition présente un modèle pour un paysage futur. C’est hospitalier. Le plasticien a décidé d’enlever les limites structurelles qui empêchent l’extérieur de l’institution. Et Renzo Piano, qui a construit le musée, a autorisé le  créateur à retirer la façade vitrée du bâtiment. L’exposition reste donc en constante transformation, et quiconque visite le parc entourant la Fondation Beyeler à Bâle peut voir l’œuvre au fur et à mesure de son développement.
 
Eliasson 3.jpgAvec un tel lieu  Olafur Eliasson a laissé échapper le contrôle de l’œuvre d’art en la livrant aux visiteurs humains et non humains, aux plantes, aux micro-organismes, à la météo, au climat - beaucoup de ces éléments que les musées travaillent généralement très dur pour empêcher leur envahissement. Au lieu de cela, l'artiste accueille tous et tout. Il a choisi de ne pas offrir un texte explicatif pour accompagner l’œuvre, car dit-il "Il est important pour moi de ne pas partager une perspective finie sur « Life ». Aux visiteurs d'apporter leurs attentes, souvenirs, pensées et émotions.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Olafur Eliasson, « Life », Fondation Beyeler, Bâle jusqu'en juillet 2021.