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03/05/2021

Boutheyna Bouslama : les livres sont faits pour marcher

 
sUSH.jpgBoutheyna Bouslama, "Livres perdus, nouvelles chaussures", coll. SushLarry, art&fiction, Lausanne, 2021, CHF14.90
 
Boutheyna Bouslama est cinéaste et plasticienne. Après un premier diplôme aux Beaux-Arts de Monaco, la Tunisienne s’installe à Genève. Son travail s’oriente sur ses  histoires et archives personnelles. À partir de cette matière première, elle met en place des dispositifs littéraires qui lui permettent de passer d'une vision personnelle à une prégnance plus large et collective. Elle réalise aussi des courts-métrages et documentaires qui relient étroitement l’intime et le politique.
 
Sush 2.jpgCe livre illustre sa stratégie en montrant comment exister en ayant un pied dans deux cultures - occidentale et proche-orientale. Pour comprendre le titre il faut revenir au propos de l'auteure :  "J’étais une étudiante de 28 ans, genevoise d’adoption, en pleine rébellion contre ses profs et ses parents. Je pensais avoir un futur tout tracé à Genève, en tant que femme artiste qui réfléchit sur sa société." Dix ans plus tard et après avoir travaillé sur la Syrie l'artiste écrit  "je ne suis plus une Genevoise. J’ai eu le plus gros râteau de ma vie, mon expulsion de la Suisse." Néanmoins elle a su rebondir.  Après un départ forcé pour non-obtention de permis de séjour, elle écrit  "Mon ADN a changé, mais il y a eu aussi pas mal de choses qui ont muté pour une meilleure version. Je trouve qu’à 37 ans, on a plus de moyens financiers et plus de couilles que jamais avant, et ça, c’est cool…»
 
Sush 3.jpgL'artiste ne possède peut être pas des "pompes" de princesse mais elle est bien dedans. Et elle s'impose peu à peu entre deux cultures.  Et ce, à  travers 18 lettres qu'elle adresse  parfois à ses parents, parfois à son éditeur, mais aussi à un establishment culturel auquel elle dit son fait. Dans un style radical aux références très diversifiées (de Beyonce à Fellini, de Carrie Bradshaw à Nizar Qabbani) elle revisite  bien des conceptions du féminisme. Elle constate au besoin sans fards le désarroi de l’état du combat  des femmes sous certaines latitudes. Elle souligne des absences coupables, enserre des pseudo-vérités et donne au monde et aux problèmes qu'elle aborde un peu d'air et un souffle neuf.  Soudain quelque chose respire. S'inscrit l'éphémère de ce passage d'une culture à l'autre, ou si l'on préfère d'une paire de chaussures à une autre. Revigorant.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

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