gruyeresuisse

22/04/2021

Cyril Huot : révision des poncifs d'un souverain pontife

Huot.jpgCyril Huot - avec toute la circonspection qu'il convient d'accorder à Roland Barthes - envoie une volée de bois vert à l'Incontournable pâtre de la montagne Sainte Geneviève. Celui dont les cours furent les consommés aux petits oignons de la doxa intellectuelle française sut se démarquer juste ce qu'il fallait des marxistes qui avaient contribué à sa majesté.  Barthes fut ainsi homme de droite autant  que maoïste tout en feignant d'être le moins politique des penseurs (enfin presque) de la French Theory.

 
Huot 2.jpgDans un habile montage par sauts et gambades - histoire de noyer le poisson là où finalement de Pasolini il est peu question - Barthes est acculé à bien des contradictions qui dépassent la seule fin de sa vie - à savoir après la mort de sa mère et même si à partir de là ses révisions furent plus marquées. Le choix d'une telle forme est habile. Elle évite les interminables laïus spéculatifs et ce, au profit de flèches qui remettent en cause les propensions et les analyses de Barthes. 
 
Huot 3.jpgL'intellectuel de garde dès les années 50 rate jusqu'à Beckett. Et Huot de souligner combien "Roland Barthes par Roland Barthes" reste une tache pour celui qui après avoir pris pied et goût dans la dérive en tant que fond de commerce s'est transformé en ersatz d'unanimiste. De fait il existe un monde entre Pasolini et celui qui se voulant toujours plus en situation que situationniste déboucha pour se définir sur une rhétorique du mot d'esprit  en se revendiquant d'être "à l'arrière garde de l'avant garde".  Dans l'espoir sans doute de se retrouver sur une ligne de front qui fut chez lui qu'une ligne d'horizon (de celle qui recule à mesure qu'on s'en rapproche) et de démarcation. d'un tout à l'égo aussi caché que récurrent.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Cyril Huot, "Sans transition - De Roland Barthes à Pasolini", Tinbad Essai, Tinbad, Paris, 2021, 156 p., 18 E..
 

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