gruyeresuisse

23/12/2019

Paysages et portraits d'Anna Pizzolante

Anna.pngEntre images-vérités et scènes fictionnées Anna Pizzolante crée une photo expressionniste aux couleurs défaites ou recomposées. Celle qui croit aux nuits croit aussi aux jours. Elle est sensible à d'autres chemins que le sien. Qu'importe alors si les fleurs n'apprendront jamais à voler (à moins d'ête attachées à une femme qui n'existe peut-être pas). Mais les photos "disent" à leur manière les blessures de la vérité (par le mensonge de la fiction) et le réel du monde qui se délite (femmes ou paysages) à travers ses reportages.

 

Anna 4.jpgDans de telles oeuvres la lumière ne procure pas que de la chaleur mais elles donnent du courage, de la volonté. En filigrane un message semble serpenter : l'amour est le paradis vécu en un enfer perpétuel. Il s'agit de triompher du temps et trouver peut-être une forme de salut. C'est une manière de se changer  par l'attention aux autres.

 

Anna 3.jpg

Sans cesse Anna Pizzolante jette des indices comme des projectiles pour rattraper ce qui fut détruit ou perdue. L'histoire n'est donc jamais finie. La photographie continue à en remonter la trace et à en donner des états pour rêver un éternel retour. Existe une manière de mesurer le silence quelque part entre les ombres et le jour au sein d'une lente obstination afin de créer une fascination inquiète en un pont entre le passé et le présent.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

22/12/2019

Mélanie Leblanc : effet du prince (charmant)

Leblanc.jpgMélanie Leblanc écrit le poème des attentes : « Je sais que tu es tout près – presque je vole – j'ai peine à respirer – ne restent que quelques pas – là derrière cette porte – je vais te trouver – j'essaie de reprendre mon souffle – en vain – voilà que j'ose – je gratte à peine – j'entends ton pas qui approche – suspends mon souffle. » Preuve que chercher à être reste plus important qu'être.

 

 

 

Leblanc 2.jpgL'énergie est attente et latence. Plus même. C'est la recherche de quelque chose de pur et de premier qui effacerait certaines pages du passé. C'est. Ce qui dépouille pour oser la nudité devant un regard d'homme. Bref Mélanie Leblanc descend dans le silence des femmes. Leur blancheur touche les mots presque impossibles, ceux d'avant.

Leblanc 3.jpgC'est son calendrier d'immédiateté. C'est. L'approche du nous qui dépasse. Il crée un savoir des images "avenir" dans la langue. C'est la préséance de l'Aleph, du A de l'amour et de son paradis. Peut-être avant l'enfer car nul ne sait de quoi est fait le charnel obsédant. C'est le récit impossible de ce qui peut arriver. La femme est attente. De ce qui n'existe pas encore. Ou trop.

Jean-Paul Gavard-Perret

Mélanie Leblanc, "Presque je vole", Editions de la Salle de Bains, Rouen, 2019, 5 E..

Les émancipations d'Antigoni Papantoni

Papantoni.jpgAntigoni Papantoni est une jeune phorographe grecque qui vit à Lausanne depuis 2011. Après des études en informatique elle travaille dans le cinéma ( entre autre pour le Réel Documentary Film Festival). En 2014 elle est déplomée de l'école de photographie de Vevey. Son travail se concentre sur le portrait humain et ses racines sociales.

Papantoni 2.jpgElle cultive par ce qui est devenu une double culture à la fois athénienne et vaudoise une sorte de distanciation géographique et temporelle. Elle joue moins sur la nostalgie que l’appréhension critique dans des constructions où le corps garde une prégnance incontestable.

Papantoni 3.jpgC’est pour l’artiste une manière de mettre en abîme - sans jamais s'éloigner de l'une et de l'autre - la vie vaudoise et athénienne. Un tel travail ouvre des réflexions non seulement sur la condition féminine, mais sur rapport au corps, sur la transgression, l'émancipation, la liberté, l’enfermement fantasmatique et la présence à la nature.

 

Jean-Paul Gavard-Perret